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Top 20 des Vidéos sur le Chamanisme, les Enthéogènes et les États Modifiés de Conscience

Il me semblait urgent de proposer un espace virtuel où des vidéos de qualité seraient réunies ensemble afin de garantir que les explorateurs de la conscience bénéficient des bonnes clés pour découvrir cet univers, creuser leurs thèmes favoris à la fois dans le passé, dans le présent et dans le futur, aller plus loin dans leurs recherches grâce à des informations rares et authentiques, mais aussi se marrer avec deux ou trois divertissements bien perchés qui sont en eux-mêmes des expériences de conscience modifiée... Interviews, reportages, conférences, films d’animation, documents d’archives, attention, ça part dans tous les sens !

YouTube est à la fois un souk et un bordel. On y trouve aussi bien des objets rares et précieux que des merdes produites en série façon “made in Taïwan”, sans compter les vidéos putaclic qui te laissent avec l’impression atrocement frustrante d’avoir perdu de précieuses minutes de ta vie que tu pourras jamais récupérer.

J’imagine que tous les domaines rencontrent le même problème, mais concernant le chamanisme, les enthéogènes, et donc les états modifiés de conscience, un paquet de vidéos valent pas un pet de lapin, et il m’a semblé urgent pour le monde des psychonautes de tenter de rectifier le tir…

C’est-à-dire, proposer un espace virtuel où des vidéos de qualité seraient réunies ensemble afin de garantir que les explorateurs de la conscience, novices ou confirmés, bénéficient des bonnes clés pour découvrir cet univers, creuser leurs thèmes favoris à la fois dans le passé, dans le présent et dans le futur, aller plus loin dans leurs recherches grâce à des informations rares et authentiques, mais aussi se marrer avec deux ou trois divertissements bien perchés qui sont en eux-mêmes des expériences de conscience modifiée.

Interviews, reportages, conférences, films d’animation, documents d’archives, ça part dans tous les sens ! Vous trouverez ici des heures et des heures de contenu qui extasiera vos neurones avides de savoir scientifique, votre curiosité affamée de découvertes, et votre âme en quête de sens…

VOICI DONC MON TOP 20 DES MEILLEURES VIDÉOS SUR LE CHAMANISME, LES ENTHÉOGÈNES ET LES ÉTATS MODIFIÉS DE CONSCIENCE !

Y a des vidéos en plusieurs langues, parfois traduites en français directement, ou sinon disposant des sous-titres automatiques.

A la fin de la présentation des vidéos, je vous propose les livres écrits par les intervenants afin que vous puissiez facilement poursuivre votre exploration, ainsi que des liens vers leurs sites web ou d’autres vidéos.

Le slogan du psychonaute, c’est VERS L’INFINI, ET AU-DELÀ, PAS VRAI ? Avec le matos de fou réunit ici, le voyage s’annonce très très bien…

Et après être ressorti de cette furieuse épopée youtubesque dans l’univers de la conscience, je vous garantis que vous aurez la même gueule hallucinée que ce crapaud rose, le cerveau inondé de DMT endogène libérée par votre glande pinéale au fil des heures de visionnage…

Les meilleures vidéos jamais produites au sujet du chamanisme, des substances psychédéliques et des états modifiés de conscience

Top vidéos chamanisme, psychotropes, psychédéliques, états de conscience modifiés

STEPHAN SCHILLINGER : PSYCHÉDÉLIQUES, ENTHÉOGÈNES ET SPIRITUALITÉ

Stephan Schillinger est écrivain et conférencier, mais c’est surtout un putain de monument du monde psychédélique ! Son livre, La Sagesse Interdite, dans lequel il révèle les origines enthéogèniques de la religion, est une référence incontournable pour tout explorateur de la conscience, et lui-même fait figure de phare pour la révolution psychédélique en cours.

Personnellement, j’ai été totalement happée par la conversation qu’il entretient ici avec Balthazar Benadon…

Si je partage l’interview de Stephan en premier (par la suite, le classement risque de devenir assez anarchique, je vous préviens !), c’est parce que si je devais tenter de faire comprendre la richesse et la valeur de la quête psychonautique à quelqu'un qui n'y aurait jamais mis un pied, c'est cette vidéo-là que je lui montrerais. Stephan Schillinger est redoutable dans sa manière posée, réfléchie et extrêmement documentée, tant au niveau historique que scientifique, d'aborder ce sujet parfois complexe à saisir dans toute son ampleur...

La rencontre commence avec des définitions simples et pourtant très détaillées de ce qu'est une expérience psychédélique, puis bifurque vers la différence entre un psychédélique et un enthéogène (100 % d'accord avec vous au sujet du Bufo, les gars, c’est une expérience radicale qui nous propulse illico en pleine conscience universelle, et qu'on n'a pas spécialement envie de retenter dans l'immédiat derrière !), et continue avec les "origines botaniques" de la religion, les breuvages mythiques décrits dans les textes fondateurs des religions orientales, les anciens mystères, les plantes sacrées, les états modifiés de conscience des plus grands prophètes et l’analyse des traditions initiatiques du monde entier, puis aborde enfin la résurgence contemporaine des psychédéliques...

Stephan Schillinger nous partage ses réflexions pointues, ses positions souvent subversives et ses hypothèses révolutionnaires sur la nature de la réalité et la véritable quête de soi, et c’est juste un bonheur, en fait !

Le livre de Stephan Schillinger : LA SAGESSE INTERDITE

Son site web : PAR UN CURIEUX HASARD


RICHARD EVANS SCHULTES - PSYCHOPHARMACOLOGY DOCUMENTARY

Richard Evans Schultes, c’est tout simplement Indiana Jones avec supplément psychotropes ! Sans lui, on serait même pas en train de causer de ces plantes aujourd’hui, et il est considéré comme le plus grand explorateur du XXe siècle… Ce mec, c’est le père de l’ethnobotanique, et c’est lui qui a écrit l’encyclopédie Les plantes des dieux, cet ouvrage de référence absolu. Explorateur infatigable et initiateur d’une anthropologie participative, il voyageait tel un aventurier à la recherche des plantes enthéogènes, et c’est tout bonnement le premier Blanc que de nombreuses tribus ont rencontré !

A une époque raciste et pleine de préjugés, où les anthropologues ne prenaient pas les Indiens au sérieux car tout le monde pensait qu’ils n’étaient qu’une bande de losers attardés, voire des obstacles au progrès, Schultes a accepté de les écouter, de consommer leurs plantes avec eux, convaincu qu’il y avait énormément à apprendre d’eux… En bref, il a compris que les Indiens étaient ce qu’il appelait “un chemin vers la connaissance”, et eux-mêmes le respectaient immensément. Richard Evans Schultes est celui qui a apporté leurs plantes sacrées et médicinales à l’attention du monde extérieur, décrivant l’usage médical de 2000 d’entre elles jusqu’alors inconnues de la science, ce qui fait de lui une véritable révolution !

Réalisé par Wade Davis, anthropologue, explorateur botanique et biographe de Schultes à qui l’on doit le génialissime ouvrage One river, ce reportage est un fascinant parallèle entre l’histoire de Schultes et celle de Davis, marchant dans les traces de son mentor. Cette quête aura d’ailleurs inspiré un film, L’étreinte du serpent, que le monde entier considère comme un joyau.

Du désert américain chez les Navajo à la recherche du Peyotl, en passant par les montagnes mexicaines chez les Mazatèques en quête de Champignons Magiques, jusqu’aux jungles amazoniennes chez les Cofan à la découverte de l’Ayahuasca, ce documentaire passionnant conjugue révélations historiques, images d’archives, pénétration de rituels secrets et interviews super enrichissantes d’acteurs clés du mouvement psychédélique, car il a l’intelligence de croiser les recherches de Schultes, qui débutèrent en 1936, avec les changements que ces nouvelles connaissances commençaient peu à peu à imprimer au monde…

Les intervenants sont nombreux et leurs interviews des pépites ! On croise Weston LaBarre, Gordon Wasson, Albert Hofmann, Jeremy Narby, Timothy Leary, Aldous Huxley, William Burrough, Ken Kesey, et même la CIA qui étudiait elle aussi ces substances, dans l’ombre du terrifiant projet MK-ultra, en pleine époque de guerre…

Ce reportage est mythique, et ça me fait vraiment plaisir de pouvoir partager ici la vie de cet homme si dévoué à sa quête et si respectueux du savoir indigène, dont l’héritage éclaire encore notre route aujourd’hui…

Le livre de Richard Evans Schultes : LES PLANTES DES DIEUX

Le livre de Wade Davis : ONE RIVER

Le film inspiré de cette histoire : L’ÉTREINTE DU SERPENT

Une vidéo qui est en réalité un document d’une richesse démentielle pour les amoureux des plantes : RICHARD EVANS SCHULTES - THE FATHER OF MODERN ETHNOBOTANY


D’UNE MÉDECINE À L’AUTRE - RENCONTRE AVEC LE DR JACQUES MABIT

Jacques Mabit est un ancien médecin occidental qui s’est formé à la médecine traditionnelle amazonienne. C’est le fondateur du célèbre centre de medicina Takiwasi basé à Tarapoto au Pérou, qui reçoit des patients souffrant de toxicomanie ainsi que des personnes souhaitant diéter des plantes maîtresses pour apprendre à mieux se connaître elles-mêmes.

Dans l’univers de l’Ayahuasca, Jacques Mabit est une légende, et bien que certaines de ses positions me laissent perplexe, il n’empêche qu’il est le seul à pouvoir s’exprimer d’une façon aussi claire, précise et détaillée, due à sa très longue carrière et au sérieux de sa pratique, au sujet de l’Ayahuasca et de son corpus de plantes sacrées. Pour la faire courte, cette interview est la plus pertinente et la plus complète qu'il m'ait été donné d'écouter sur l'Ayahuasca, les Plantes Maîtresses et la médecine indigène. Il s’attaque ici à des questions très variées et extrêmement subtiles qui mettent en parallèle la médecine classique occidentale par rapport à la médecine traditionnelle amazonienne.

Ce qui m'a le plus marquée ? Sa réponse à la question de l’échec des cures de désintox occidentales, qui sont incapables de prendre en compte la totalité de l'individu qu'elles prétendent guérir de ses addictions, et son positionnement à l'encontre de la récupération de l'Ayahuasca par les Occidentaux qui se figurent pouvoir la réduire à ses seules molécules chimiques en rejetant le rituel qui l'accompagne comme s'il n'était qu'un folklore primitif.

Selon moi, cette interview devrait être consultée par toutes les personnes qui s’intéressent de près ou de loin à l’Ayahuasca, c’est-à-dire les ayahuasqueros confirmés ou les novices qui n’y connaissent rien, car ses réponses éclairent des aspects de cette médecine dont bien peu d’entre nous ont entendu parlé (je pense aux différents corps, physique, énergétique, spirituel, que soignent les plantes), reviennent sur l’importance et la signification de la purge, dévoilent la nature des entités, le sens des visions…

Bref, cette vidéo est un must, et tous ceux à qui je l’ai montrée le confirment !

Une autre vidéo de Jacques Mabit que j’adore : ENTRETIEN AVEC JACQUES MABIT SUR LE TABAC

Le site web de Takiwasi : CENTRE TAKIWASI - MÉDECINE TRADITIONNELLE AMAZONIENNE


DMT : THE SPIRIT MOLECULE

La star de cette vidéo, c’est la DMT (diméthyltryptamine) en personne ! Une molécule extrêmement simple que n’importe quel organisme peut synthétiser, incroyablement disponible chez les plantes et les animaux (nous compris), mais dont personne ne s’explique la fonction…

Pourquoi la DMT est-elle présente dans notre corps ? Quel est son rôle dans la nature ? Comment se fait-il qu’elle ait de tels effets sur la conscience humaine ?

Au fil de ce reportage qui présente une profusion d’explications chimiques, on découvre que la DMT, d’abord considérée comme un simple bruit physiologique, pourrait en réalité être le langage des plantes, sorte de molécule messagère que celles-ci utilisent pour entrer en relation avec d’autres organismes dans l’environnement…

Mais pourquoi les humains, via leur système nerveux, sont-ils câblés pour recevoir cette expérience ? Y aurait-il des informations importantes à en tirer, à en apprendre ? Puisque rien dans la nature n’existe par accident, on est forcé de se dire que cette foutue DMT possède une réelle fonction, qui pourrait être celle de créer un langage moléculaire sur une base commune, celle de la résonance, entre tout ce qui est vivant… Sans compter que la DMT est sans conteste l’outil le plus puissant pour explorer la question : Qu’est-ce que la conscience ?

Tout au long de nombreuses interviews, étoffées d’images psychédéliques très parlantes, ce reportage basé sur les travaux de Rick Strassman s’attache à nous dévoiler l’histoire de cette “molécule de l’esprit” qui fascine les intellectuels, les scientifiques, les artistes, les philosophes, et évidemment les psychonautes…

Et si les enthéogènes pouvaient finalement conduire à une science de l’esprit ?

Inévitablement, la glande pinéale, cet organe en forme de petite boule, niché en plein centre du cerveau, a droit à son étude aussi, car elle a toujours été l’objet d’un immense intérêt et même d’une certaine vénération au sein du département de physiologie, et son rapport avec la production de DMT est justement le thème des recherches de Rick Strassman, qu’il aborde dans son livre DMT - La molécule de l’esprit.

Il relie cette glande aux états mystiques spontanés. Méditation, jeûne, chant, danse, isolement, traumatisme, NDE, sont connus pour engendrer des phénomènes qu’on nomme “hallucinatoires”, explicables par la présence de composés connus comme produisant des hallucinations. Et les seuls composés qu’on connait qui puissent le faire sont les hallucinogènes, naturellement !

Rick Strassman avance donc l’idée que la glande pinéale, sous un certain stress ou une stimulation secrète, pourrait libérer un flux de DMT endogène qui serait à l’origine des expériences mystiques… Et il a été le premier à commencer les études cliniques auprès de volontaires. Je vous laisse imaginer leurs témoignages imagés dans ce documentaire…

C’est carrément ouf !

Le livre de Rick Strassman : DMT - LA MOLÉCULE DE L’ESPRIT


IBOGA, LES HOMMES DU BOIS SACRÉ

Mallendi, un jeune guérisseur gabonais, nous entraîne dans un voyage initiatique au fond de la forêt équatoriale africaine, sur les traces de l’Iboga, cette plante divinatoire et maîtresse qui envoie les initiés en voyage dans l’univers des ancêtres, et leur permet de renaître en Hommes neufs, riches de connaissances nouvelles grâce auxquelles ils pourront réévaluer leur présent et en tirer des leçons pour leur vie future…

J’aime bien ce type de reportage où on est en pleine réalité du terrain, de la récolte de la plante et sa préparation jusqu’à son incorporation rituelle. On découvre les différentes phases de l’initiation au Bwiti, comment on demande d’abord à la plante la permission de l’utiliser, puis cette sorte de baptême dans la rivière où on se nettoie et confesse ses anciens péchés, avant de se ceindre d’un pagne rouge symbolisant le sang (au début de l’accouchement, la mère perd les eaux, puis ensuite vient le sang), et enfin l’entrée dans la phase initiatique pure et dure avec trois jours de rite, de musique et de prise d’Iboga.

On apprend pas mal de choses, comme la distinction entre l’initiation à l’Iboga et celle au Bwiti, les différentes préparations du Bois Sacré, la volonté qui préside à la rencontre avec lui - celle de s’ouvrir à soi-même, revoir son histoire, et devenir clairvoyant sur son futur -, l’importance de la musique qui élève les vibrations de l’esprit, ces fameux vaccins aussi, réalisés avec une lame de rasoir…

On suit également une Occidentale qui va se faire initier et un ancien toxico qui témoigne.

Et enfin, comme dans le documentaire sur le Bufo Alvarius et celui sur la DMT, la question de l’ibogaïne synthétisée par rapport à la prise d’Iboga pur est abordée, chose qui me semble toujours pertinente pour replacer la médecine dans son contexte traditionnel.


STANISLAV GROF - THE WAY OF THE PSYCHONAUT

Stanislav Grof est psychiatre, et c’est un véritable pionnier de la recherche autour des états de conscience modifiés ! Cet homme est le père fondateur de la psychologie transpersonnelle, l’inventeur de la respiration holotropique et l’auteur de nombreux ouvrages dont le fameux Psychologie Transpersonnelle que je recommande à tout le monde dès que j’en ai l’occasion !

Grof distingue 3 niveaux dans la psyché :

  • Le biographique et l'inconscient individuel.

  • Le domaine périnatal.

  • Le domaine transpersonnel, qui concerne les états de conscience non ordinaires et l'inconscient collectif, et qui couvrent une vaste dimension de la psyché : expérience d'unité, identification à d'autres personnes, conscience de groupe, identification à des animaux, des végétaux et à des processus botaniques, conscience planétaire, expériences embryonnaires et fœtales, expériences ancestrales, expériences d'incarnations passées, expériences spirites et médiumniques, phénomènes énergétiques du corps subtil, expériences de séquences mythologiques, expériences d'archétypes universels.

Stanislav Grof a révélé la structure profonde, le modèle archétypal du processus de vie tel qu’il s’incarne et se réincarne en nous en tant qu’individu. Ses travaux ont été salués par Joseph Campbell lui-même, auteur du Héros aux mille et un visages, qui comprit, grâce aux découvertes de Grof, pourquoi toutes les cultures du monde nourrissent le fameux monomythe et les rites de passage qui le jalonnent…

Ce modèle archétypal du processus de vie, c’est celui des quatre matrices périnatales, que l’enfant rencontre peu de temps avant sa naissance, rattachées aux expériences de naissance et de mort. Celles-ci démarrent avec l’expérience de l’unité cosmique, quand il ne fait qu’un avec son environnement (le ventre de sa mère), transitionnent vers l’enfer sans échappatoire (quand les contractions commencent mais que le col de l’utérus n’est pas encore ouvert), puis vers le purgatoire avec la libération en vue, où on est à la fois la victime, le bourreau et le témoin (quand l’enfant est engagé dans le canal pelvien), et culminent enfin vers la liberté et un nouveau sentiment de connexion (quand le gosse est enfin dehors en train de téter sa mère !). Pour faire simple, Grof est celui qui a donné sens à l’expérience psychologique et psychédélique, même la plus horrible !

Ne rigolez pas, ces matrices expliquent un tas de bad trip, et apporte une signification à nos vies et même à nos déviances (toxicomanie, scatophilie) selon ce qu’on a vécu durant ces moments-là…

Au travers d’interviews, de reportages de ses stages où on voit les gens en plein voyage, le tout brillamment mis en scène avec des images évocatrices, on découvre le passé de cet homme, qui commença sa carrière de psychiatre en administrant des électrochocs 25 fois par jour (à l’époque, on pensait que les convulsions provoquées artificiellement pouvaient soigner la maladie mentale) et provoquait des comas à l’insuline 15 fois par jour aussi (soi-disant que ça traitait la schizophrénie !), jusqu’à ce qu’enfin le LSD débarque et qu’il commence à l’expérimenter sur ses patients, de même que la psilocybine et la mescaline.

Et c’est ainsi, en prenant soin de ses patients sous psychotropes, qu’il découvre les matrices périnatales.

Ses études sur le LSD aboutissent à l'idée que certains problèmes psychiatriques, classés comme psychoses, sont en réalité des expériences spirituelles et que les substances psychédéliques pourraient devenir de merveilleux outils de guérison en psychologie et en psychiatrie…

Mais ceci n’est que le commencement de ce que vous allez découvrir dans cette incroyable vidéo !

Le livre de Stanislav Grof sur les matrices périnatales et les expériences de conscience associées : PSYCHOLOGIE TRANSPERSONNELLE

Le livre sur ses propres expériences avec les psychédéliques : QUAND L’IMPOSSIBLE ARRIVE


AYAHUASCA KOSMIK JOURNEY EN VR VERSUS LA RÉALITÉ DE LA TRANSE

Jan Kounen, cinéaste-ayahuasquero à qui l’on doit le célèbre reportage D’autres mondes, a eu une idée folle : simuler une cérémonie d’Ayahuasca en réalité virtuelle ! Son but ? Comme il le dit lui-même, ramener et partager de l’info autour de cette médecine, parce que la VR permet de manière beaucoup plus précise de retranscrire la nature de l’expérience, à savoir d'être plongé dans un monde de manière vertigineuse.

Et c’est vrai que la transe de l’Ayahuasca et les visions qu’elle provoque sont difficilement traduisibles, que ce soit avec des mots ou au travers d’un simple film. Par nature immersif et tridimensionnel, l’univers de l’Ayahuasca est vraiment une autre dimension, que seule la réalité virtuelle pouvait mettre à la portée de ceux qui n’en ont jamais pris. Comme poursuit Jan Kounen, la VR s’imprime comme une expérience vécue.

Et il semble bel et bien que c’est ce qu'a ressenti mon pote Ben, en faisant l’expérience d’Ayahuasca Kosmik Journey avec son casque sur le tête. Quand il m’a contactée pour me mettre au courant de sa découverte, les mots semblaient buter sur sa langue, tant ce qu’il avait vécu l’avait bouleversé. J’ai donc eu l’idée de l’interviewer en podcast tandis qu’il était au cœur du jeu, pour creuser avec lui au sein de son expérience. Mais ce n’est pas n’importe quel podcast… 

Vous allez VIVRE Ayahuasca Kosmik Journey en même temps que nous, grâce à la vidéo complète du film diffusée ici, en suivant les impressions d’un novice (Ben) pénétrant dans l’univers de l’Ayahuasca, accompagné d’une ayahuasquera (moi), qui va l’aider à comprendre ses visions et explorer la profondeur de ses impressions…

Prenez une grande inspiration et cliquez sur le lien : Bienvenue dans le royaume de l’Ayahuasca !

Les livres de Zoë Hababou (ouaip, c’est moi !) : LA SAGA BORDERLINE


INTERVIEW DE FREDERIKA VAN INGEN : LES PEUPLES RACINES

Frederika Van Ingen, écrivain et journaliste ayant été à la rencontre de très nombreuses cultures et traditions à travers la planète, est sans conteste la personne la plus qualifiée pour nous parler des Peuples Premiers. Tout au long de son incroyable interview, elle évoque avec simplicité et naturel les connaissances rares et parfois surprenantes qu'elle a acquises auprès d’eux.

Ainsi, Frederika nous apprend que tous les Peuples Racines se rejoignent sur l’idée que l’Homme n’est pas au-dessus du reste de la création, mais juste une espèce parmi d’autres. La sagesse de ces peuples, c’est de savoir observer la nature et les animaux afin de comprendre la vie, car dans leur vision du monde, les animaux sont les enseignants des humains. Tout ce qui vit sur Terre, Hommes, animaux, plantes, sont les cellules d’un corps vivant, chacune pourvue d’un rôle. En tant qu’Homme, notre devoir est de le trouver, savoir quelle est notre place, à quoi on va contribuer, car au contraire des autres êtres, nous, les Hommes, ne sommes pas finis, ce qui implique qu’on doive chercher notre mission.

Si la nature est un grand livre dans lequel tout est écrit, notre but est d’apprendre à le lire pour déchiffrer le savoir qu’il renferme…

Dans cette vision globale du monde, on est tous reliés, et c’est justement cette idée de “relation” qui est la clé permettant de comprendre la philosophie et la médecine de ces peuples, tout en nous ouvrant vers une nouvelle appréhension de ce qu’est la “santé”. En effet, selon eux, la santé ou la maladie ne doivent pas s’envisager au niveau individuel comme on le fait en Occident, car l’individu ne représente qu’une cellule d’un organisme bien plus grand.

L’important se situe dans la relation qu’on a au monde. Chez les Peuples Premiers, quand une personne va mal, ce n’est que le symptôme d’un dysfonctionnement dans le groupe. Tout déséquilibre provient du fait que notre relation avec quelque chose de beaucoup plus large n’est pas harmonieuse, la médecine a donc pour mission de s’attacher au rééquilibrage de notre lien avec la nature, afin de le réparer (c’est une idée qu’on retrouve aussi dans la vidéo sur l’alchimie).

C’est là que Frederika aborde la question du nettoyage des énergies, but des rituels pratiqués par ces communautés, qu’il s’agisse de prévention ou de soin, mais l’idée est de savoir fluidifier les énergies qui nous ont traversés avant qu’elles ne se cristallisent et ne deviennent néfastes, notamment par le chant et la danse.

Et puis Frederika nous parle aussi de ces chamans colombiens, les mamas, qui vivent dans une grotte depuis le jour de leur naissance jusqu’à leurs 18 ans, ce qui les rend aptes à percevoir le monde et utiliser leur conscience d’une manière tout à fait incroyable ! Elle nous apprend aussi comment, globalement, on devient chaman, comment le savoir sur les plantes a été acquis…

A l'heure actuelle, tenter de comprendre ces traditions, qui ne sont rien d'autre que nos racines oubliées, et oser un retour vers elles, est selon moi la seule démarche de conscience en mesure de nous sauver.

Le livre de Frederika Van Ingen : CE QUE LES PEUPLES RACINES ONT A NOUS DIRE

Son site web : FREDERIKA VAN INGEN


BUFO ALVARIUS AND 5-meO-DMT

Je vous demande de faire un accueil chaleureux à notre petit héros du jour : le Bufo Alvarius ! Résident discret du désert du Sonora, qui couvre le nord du Mexique et une partie de l’Arizona, cet étrange spécimen vit sous terre la majorité de l’année, ne sortant qu’à la saison des pluies pour s’alimenter et se reproduire…

Comme vous pouvez le voir sur la photo, il est pourvu de glandes proéminentes qui contiennent une substance capable de nous transporter en quelques secondes dans la Conscience Globale : la 5-meO-DMT ! Le fameux Easter Egg du jeu de la vie, c’est ici et nulle part ailleurs qu’il se trouve ! Planqué dans la tête d’un crapaud du désert… Ouais, je suis d’accord avec vous. Y en a un qui doit se marrer, là-haut.

Petite précision : je ne tiens pas à encourager le business complètement forcené qui a lieu actuellement avec le Bufo. S’il est vrai que le crapaud ne souffre pas lors de l’extraction du liquide que contiennent ses glandes et qu’on le relâche gentiment ensuite, il n’empêche que je suis férocement contre l’élevage en ferme et la maltraitance qu’il connait dans ce contexte-là, et aussi contre la récolte sauvage qu’il subit dans le désert-même, à cause de gens qui ne le respectent pas et le font souffrir ou le tuent inutilement. Cet animal et la substance qu’il détient ne sont pas à notre disposition. Se rendre au Sonora pour fumer une fois du Bufo récolté respectueusement par les Comcaac (aussi appelés Seris), qui est la communauté vivant là-bas, oui. User et abuser de cet animal sans aucune considération pour son bien-être et les conséquences désastreuses que notre consommation de son venin pourraient avoir, non. Bien, à présent, reprenons notre analyse.

Ce documentaire est vraiment cool ! Ce que j’apprécie ? Il explore notre pote le crapaud du désert sous tous ses aspects en offrant la parole à un paquet de monde, et en plus, il est marrant !

Milieu naturel du Bufo, chimie du cerveau, différence entre 5-me0-DMT extraite du crapaud ou synthétisée en labo, expériences mystiques, intégration des enseignements, mais aussi sauvegarde de l’animal, ce reportage accompli un tour d’horizon très complet sans nous ennuyer une seconde, grâce à ses variations entre interviews, explications scientifiques, parties documentaires et extraits humoristiques.

S’il n’apprendra peut-être rien de neuf aux initiés, c’est un bon point d’entrée pour ceux qui n’auraient jamais rencontré le Bufo et l’expérience ineffable d’unité cosmique qu’il provoque. Sans jamais tomber dans le sensationnalisme (très fréquent dans beaucoup d’autres reportages qui traitent du Bufo Alvarius), c’est un compte-rendu très plaisant, réalisé avec sagesse et sensibilité, qui ravira les curieux tout en rouvrant les souvenirs des connaisseurs…


CORINE SOMBRUN - LA TRANSE CHAMANIQUE, CAPACITÉ DU CERVEAU ?

Corine Sombrun, c’est cette femme qui, de base, partait simplement faire un reportage sur le chamanisme en Mongolie pour la BBC. Mais en assistant à une cérémonie, voilà qu’au son du tambour, elle se met à trembler, à hurler comme un loup, et à sentir son corps se transformer en animal, processus sur lequel elle n’a aucun contrôle. Le chaman, très en colère, lui grogne : Mais enfin, pourquoi tu m’as pas dit que t’étais chaman, sacré nom d’une pipe ?

De là part son initiation à la frontière de la Sibérie (qu’elle ne peut pas refuser car le chaman la prévient que si elle ne devient pas ce que les esprits ont décidé pour elle, elle va avoir de gros gros problèmes…), où elle se rend plusieurs mois par an durant 8 ans, guidée par une femme chamane, Enkhetuya, de l'ethnie des Tsaatans, chargée de lui enseigner les techniques de transe. Son expérience donnera naissance à plusieurs livres, mais aussi à une fructueuse collaboration avec des scientifiques, premier protocole de recherche sur la transe étudiée par les neurosciences… testé sur elle-même avec des électrodes branchés sur le cerveau !

Cette courte conférence n’est qu’un avant-goût assez mignon des fabuleux travaux de Corine Sombrun, mais je me suis dit qu’une vidéo qui ne dure pas une heure vous changerait un peu comparé au matos bien balèze que je vous balance depuis le début. Pour aller plus loin, vous n’avez qu’à cliquer sur les liens qui suivent :

Le livre de Corine Sombrun sur son initiation : MON INITIATION CHEZ LES CHAMANES

Son livre sur la transe : LA DIAGONALE DE LA JOIE

Une interview plus poussée de Corine Sombrun : LES SURPRENANTS EFFETS DE LA TRANSE

Son site web : CORINE SOMBRUN


LA REVANCHE DES CHAMANS

Pour être tout à fait franche, cette vidéo m’a mise un tantinet mal à l’aise. Réalisé par Laetitia Merli, docteure en anthropologie, hypnothérapeute et vidéaste qui a notamment suivi Corine Sombrun dans ses aventures en Mongolie, ce reportage nous présente les chamans de Touva, en Sibérie, berceau du chamanisme, qui, après des décennies de persécutions soviétiques, reviennent sur le devant de la scène.

On rencontre Kara Ool, grand chef chaman du centre Adyg Eeren (Esprit de l’Ours), responsable d’une dizaine de chamans de tout horizon qui vivent au centre. Adyg Eeren fonctionne comme un dispensaire qui propose des rituels et des guérisons, semblant s’attaquer principalement aux blessures de la vie quotidienne, et parfois à la formation de nouveaux chamans. Très différent du cliché qu’on s’en fait, la réalité de terrain parait de prime abord dénuée de tout folklore, s’inscrivant plutôt dans l’application d’une médecine pratique, réaliste, dans laquelle l’aide des esprits intervient sans fioritures.

Mais bien que le discours du grand chef clame une amitié chamanique au-delà des frontières dans le but d’aider l’humanité, qu’il déclare qu’il faut soutenir les chamans car ceux-ci soutiennent la nature, et que le boom et la mode du chamanisme en Occident est une bonne chose qui, à la longue, contraindra les gouvernements à aller dans le même sens, y a un truc qui me gène chez lui. Peut-être son côté mercantile camouflé, et son âme que je sens désabusée derrière ses beaux discours... J’ignore si ces impressions viennent seulement de moi, de ce chamanisme sibérien que je ne connais pas, ou alors s’il s’agit bel et bien d’une réalité révélant les bouleversements profonds que rencontre le chamanisme traditionnel en réponse à la frénésie qu’il connait en Occident.

Quoi qu’il en soit, à travers ce documentaire, j’avais envie de dévoiler une autre dimension du chamanisme moderne, assez éloignée des fantasmes romantiques qui polluent notre imagination. Je vous laisserais donc vous faire votre propre idée après le visionnage.

Les deux interviews de Laetitia Merli que j’ai réalisées : MÉDECINE DU TAMBOUR VS MÉDECINE DES PLANTES SACRÉES

Le livre de Laetitia Merli : DE L’OMBRE A LA LUMIÈRE, DE L’INDIVIDU A LA NATION - ETHNOGRAPHIE DU RENOUVEAU CHAMANIQUE EN MONGOLIE POSTCOMMUNISTE

Son site web : LAETITIA MERLI


APPRENDRE À PARLER AVEC LES PLANTES : LA DIETA (FEAT. ZOË HABABOU)

Balthazar Benadon avait depuis longtemps, semble-t-il, envie de réaliser une vidéo sur la diète de plantes maîtresses. Quand il a découvert mon travail, il m’a rapidement contactée pour m’interviewer, persuadé que j’étais une interlocutrice suffisamment expérimentée et éloquente pour partager mon expérience et mes connaissances avec passion et authenticité auprès de sa communauté de psychonautes.

Dans cette interview, j’explique donc ce qu’est une plante maîtresse ou enseignante, cette catégorie de plantes dotées d’un esprit dont les chamans se font des alliées en les diétant, afin que celles-ci leur transmettent une partie de leur savoir et de leur pouvoir, et leur apportent leur aide dans leur travail de guérisseurs.

Mais il se trouve que la pratique de la diète de plantes maîtresses n’est, de nos jours, plus seulement réservée à l’initiation des curanderos. De nombreux Occidentaux, dont je fais partie, se tournent désormais vers cette pratique afin de soutenir leur quête personnelle de sens, qui implique naturellement de se connaitre soi-même, et d’explorer le phénomène de la conscience, qui passe donc par l’étude de la conscience humaine, mais aussi celle d’autres êtres tels que ces fameuses plantes…

En tant que longue pratiquante de la diète, j’évoque donc le processus assez difficile dans lequel on s’engage avec une plante - isolement, restrictions et interdits alimentaires et comportementaux, engagement total de la volonté, et même dévotion - et ce que l’on est en droit d’en attendre, qu’il s’agisse d’un changement dans la relation qu’on entretient avec soi-même, mais aussi avec le monde.

En vrac, je parle aussi de la différence qui existe entre boire de l’Ayahuasca hors diète ou en pleine diète, je creuse les caractéristiques et les enseignements de certaines plantes enseignantes comme le Chiric Sanango, l’Ajo sacha, l’Ayahuma, le Chullachaki, le Bobinsana, et enfin, je parle de liberté intérieure et de connaissance de soi, qui sont, selon mon expérience, les plus grands bénéfices que trouve celui qui décide de devenir ami avec une plante…

Le site web de Balthazar Benadon : LA GAZETTE DE L’ABIME

Mon article des Plantes Maîtresses sur ce blog : PLANTES MAITRESSES AMAZONIENNES - L’INVENTAIRE ILLUSTRÉ


SAGESSE LAKOTA AVEC ERNIE LAPOINTE, ARRIÈRE-PETIT-FILS DE SITTING BULL

Ernie Lapointe, Homme Médecine Lakota, arrière petit-fils de Sitting Bull, partage sa culture autour de la quête de vision et de la sundance, nous raconte comment on devient Homme ou Femme Médecine, et nous parle des différences essentielles entre Indien et Homme blanc : si le natif américain est élevé dans le respect du vivant, l'Homme blanc est élevé dans la peur…

Bien que relativement court comparé aux autres vidéos partagées ici, le témoignage d’Ernie Lapointe n’en demeure pas moins dense et très inspirant ! En quelques minutes, il établit la différence entre spiritualité et religion, nous parle de spiritualité vivante, de la pipe sacrée qui ouvre la communication avec les esprits et nous permet de recevoir leurs message, nous demande d’être humble, tourné vers l’avenir et non le passé, nous apprend que prier c’est parler avec son cœur, explique le principe des offrandes qui consiste à donner et recevoir dans le commerce avec les esprits, nous dit qu’on est tous connectés, puis enchaîne sur la quête de vision, qui signifie en réalité “pleurer toute la nuit en espérant recevoir des visions”, la sundance sacrificielle qu’on entreprend en offrant sa sueur, son sang et ses larmes afin d’avoir des visions du futur et ainsi pouvoir le sauvegarder…

Ernie nous enseigne aussi que comprendre qui on est constitue la première marche vers la spiritualité, et qu’il ne faut jamais avoir peur, car c’est d’elle que naissent tous les maux de l’humanité, racisme, envie, jalousie, j’en passe et des meilleurs... Respect du vivant, des animaux, de la nature, des êtres humains… Même si ces mots peuvent sembler simplistes (l’essentiel n’a pas besoin de fioritures), Ernie a une façon de les dire qui les rendent beaux et vibrants, et quand il parle de connexion, va savoir pourquoi, ça résonne.

J’adore quand il dit que l’arme des Lakota est l’humour, parce que parvenir à faire rire, c’est faire comprendre, ancrer l’enseignement dans le cœur des gens. Il revient souvent sur cette idée que céder à la peur, c’est la laisser nous contrôler. Et puis, il rappelle cette leçon qu’on connait tous déjà sans vraiment parvenir à l’appliquer : chacun doit être son propre professeur, les messages ne viennent pas de l’extérieur, chacun doit faire l’effort de se regarder lui-même et c’est ainsi, paradoxalement, qu’on arrivera à être solidaires…

Et enfin, il dit que les Lakota sont tournés vers le présent et donc vers le futur, mais que le passé doit cesser d’être rabâché car ça ne fait que le répéter.

Le livre de Ernie Lapointe : SUNDANCER - SAGESSE ET VISIONS D’UN NATIF AMÉRICAIN


MARCOS DRAKE : ENTHÉOGÈNES, GUÉRISON, PEUPLES PREMIERS, SPIRITUALITÉ

Marcos Drake, qui se définit lui-même comme curandero et rebouteux, je le connaissais ni d’Eve ni d’Adam, c’est mon pote Stephan Schillinger qui m’a branchée sur cette chaîne, Lueur, où est diffusée son interview. Et je dois dire que la révélation a été totale ! Sous ses faux airs de gros nounours tout tendre, ce mec envoie du lourd et dénonce à tout va la bêtise et l’hypocrisie d’une société à la dérive : la nôtre.

Quand on lui demande quels sont les risques de la prise d’enthéogènes, il répond sans sourciller qu’on a tendance à confondre la vie et le système sociétal esclavagiste, et que les enthéogènes travaillent à nous retirer nos œillères tout en nous faisant sortir de la caverne, ce qui fait qu’y a de fortes chances qu’après leur prise, on refuse de jouer encore selon les règles, c’est-à-dire, taffer pour payer l’essence afin d’aller taffer.

Puis il enchaîne sur la récupération des substances psychédéliques par le système médical, qui, sous couvert de réhabilitation bienveillante, contrôle religieusement leur distribution, tout en cherchant à leur retirer leur aspect enthéogène (qui génère le sentiment de Dieu en soi), justement, chose que Stephan Schillinger dénonce également vertement. Marcos critique ce système qui ne cherche pas la guérison mais plutôt à atténuer les symptômes, coupant l’herbe sous le pied d’une saine prévention qui éviterait que le problème s’installe. Selon lui, le fait qu’on guérisse totalement n’intéresse pas le système (mention spéciale à la distinction entre soigner et guérir : “soigner” : nier le soi ; “guérir” : retrouver la joie). Au fond, celui-ci nous soigne dans l’unique but de nous réintégrer au plus vite dans la chose qui précisément nous fait mal. Il dit que ce système de “santé” nie les gens en les considérant d’un point de vue mécanique, dans la seule intention qu’ils retournent taffer et consommer.

C’est sur notre rapport complètement erroné à la vie que Marcos Drake nous ouvre les yeux (enfin, pour ceux qui squattaient encore dans le coaltar, mais y en a de moins en moins...), l’origine des pathologies se trouvant bien évidemment dans le système social et notre façon de vivre, dans cette perte de sens, de joie de vivre, dans cette négation des messages du corps et donc de soi, ce manque de temps pour les écouter, qui caractérisent la vie moderne au sein de ce putain de système…

Et que fait-on avec les enthéogènes ? On a décrié et vilipendé ces substances, on les a interdites, même aux Peuples Premiers qui les utilisaient depuis des millénaires, et voilà que maintenant on fait semblant de les découvrir, leur trouvant soudain toutes les qualités du monde, sans se préoccuper une seconde du mal qu’on a fait à ces Indiens devenus pauvres et/ou alcooliques qui n’ont même plus droit à leur culte !

On recommence les mêmes conneries avec les enthéogènes qu’avec le système de santé habituel. Attendre d’être en fin de vie ou en souffrance très grave pour avoir le droit d’y avoir accès… Comme le dit Marcos, tout ça, c’est rien que du palliatif, alors qu’ils devraient être utilisés en amont pour déprogrammer ce qui provoque la maladie, justement. Quand elle est trop installée, c’est trop tard ! Dans la vie traditionnelle, ces substances sont utilisées longtemps avant la catastrophe ou la mort, comme un reset avant la pathologie, ou en tant que rite de passage.

Bref, je pense que vous m’aurez comprise. J’aime le fait que ce mec remette les pendules à l’heure sur la façon dont on se réapproprie les psychédéliques tout en reniant sans vergogne le savoir et la propriété des indigènes. Et là, je vous ai fait un résumé de seulement la moitié de l’interview…

Et il y a un épisode 2 !

La suite de l’interview de Marcos Drake : MARCOS DRAKE, PARTIE 2 : ENTHÉOGENES, GUÉRISON, PLANTES, PANPSYCHISME

Son site web : MARCOS DRAKE


JAN KOUNEN - D’AUTRES MONDES

Bon, OK, ce documentaire de Jan Kounen est over connu, et c’est même lui qui est en grande partie responsable du “tourisme chamanique” que subit le Pérou depuis une quinzaine d’années. D’après ce que j’ai compris, Jan s’en mord les doigts, vu que ses intentions n’étaient pas du tout de transformer l’Ayahuasca en attraction spirituelle et les chamans en businessmen, mais au contraire, de faire connaître la richesse et la valeur de la culture des Shipibo et de leur medicina au monde, et tenter de les sauver en préservant leur savoir de la disparition dans les poubelles de l’Histoire…

Certes, c’est loupé, mais il n’en demeure pas moins que ce reportage, aussi problématique soit-il, reste un document très précieux et authentique témoignant de l’univers des Shipibo et de leur médecine, tout en nous offrant l’expérience touchante d’un Gringo en pleine découverte des plantes et de lui-même.

D’autres mondes est mythique, pas moyen que je le cale pas ici, navrée, et puis je connais encore quelques personnes qui l’ont jamais vu.

On y suit donc Jan Kounen, réalisateur encore jeunot, au tout début de son parcours d’ayahuasquero, qui raconte en voix off ses expériences, ses émotions, son voyage sans retour dans le monde de l’Ayahuasca. On le voit en cérémonie, on écoute ses pensées les plus intimes, on le suit dans sa quête tout d’abord scientifique puis davantage mystique. On découvre le bouleversement dans sa conception de la réalité qu’il expérimente, et aussi la vie quotidienne de la communauté indigène où il se trouve.

Beaucoup de chants shipibo, ce que j’apprécie énormément, des interviews de sommités du monde psychédéliques tels Stanislav Grof et Jeremy Narby, mais aussi de son maestro shipibo Kestenbetsa, des représentations graphiques des visions qu’il approfondira plus tard dans son film Blueberry et dans son jeu de réalité virtuelle Ayahuasca Kosmik Journey, qui contribuent à faire de ce documentaire une expérience assez immersive.

Bref, si ce reportage a eu l’effet qu’il a eu sur le monde, c’est pas pour rien, il méritait donc de figurer ici.

Le livre de Jan Kounen qui raconte son parcours : CARNETS DE VOYAGES INTÉRIEURS

Son tout nouveau livre : DOCTOR AYAHUASCA


DES PUTAINS DE LIMACES COSMIQUES - UN FILM D’ANIMATION PSYCHÉDÉLIQUE

Je vous le dis tout net, je vais pas m’étendre trois plombes sur ce film d’animation réalisé par Balthazar Benadon et Clément Hébert, car il est hors de question que je déflore la merveille que vous allez découvrir en cliquant sur la vidéo. Je me contenterai donc de dire qu’il s’agit de la rencontre entre un psychonaute et une entité spirituelle.

Le pitch, c’est ça : Balthazar (qui raconte ici une expérience réelle en prêtant sa voix au personnage principal du film), suivant les conseils avisés de Terence McKenna, décide de prendre une dose héroïque de champignons hallucinogènes, seul, dans le noir et dans le silence. S’ensuit un voyage hors de l’espace-temps bouleversant qui le mènera à la rencontre d’une entité mystérieuse, avec laquelle il s’engage dans une discussion métaphysique sur la nature de la conscience et de la réalité…

Et si ce n’est peut-être pas la réaction attendue par les créateurs, cette animation m'a curieusement émue !

Je sais pas si c'est la voix de Balthazar, tellement habitée, ces dessins dont le style est si particulier qu’ils rendent l'expérience vraiment intime, l'histoire en elle-même, celle d'un mec qui prend son courage à deux mains et décide de se rendre, seul et un peu effrayé, dans une autre dimension où tout peut arriver, ou encore la présence troublante et les enseignements de cette entité qu'il rencontre, qui résonnent d'une telle profondeur, rayonnent d'un tel éclat de vérité qu'un pauvre être humain ne peut que... ouvrir de grands yeux et acquiescer sans émettre un son ! Et puis cet humour, aussi, toujours présent bien que très subtil, dont Balthazar Benadon a le secret…

Mais au-delà de ça, il y a aussi ce qui se passe derrière la vidéo. Ce qu'elle représente, ce qu'elle symbolise. La volonté de faire vivre, de partager avec les autres, une expérience ineffable qui, de surcroît, risque souvent d'être mal perçue, mal comprise. Et surtout, la beauté de retranscrire ce vécu au travers de l’expression artistique, langage visionnaire, onirique, métaphorique, seul idiome en mesure de témoigner fidèlement de ce qu'il est, en s'adressant à une partie de nous qui comprend grâce à l'intuition plutôt qu'avec la logique.

C'est un travail admirable. Merci les gars !

L’interview de Balthazar que j’ai réalisée : LA VOIE DE LA TRANSGRESSION


OLIVIER CHAMBON : ÉTATS ÉLARGIS DE CONSCIENCE

Olivier Chambon est un médecin-psychiatre qui a basculé dans la marmite des psychédéliques sans espoir de retour ! Auteur de nombreux ouvrages qui sont des putains de références sur l'utilisation thérapeutique des psychédéliques, tels La médecine psychédélique, La révolution psychédélique et L’éveil psychédélique, cet homme est un brillant représentant du post-matérialisme, mais surtout un pionnier des méthodes de soins comportementales et cognitives pour les patients psychotiques chroniques.

Dans cette interview, il expose les éléments qui montrent aujourd'hui que la conscience est indépendante du cerveau et qu'elle survit à la mort physique. Il évoque notamment les cas d'expériences de mort imminente, le chamanisme, et d'autres phénomènes qui élargissent notre conscience et permettent de l'ouvrir à d'autres réalités.

Olivier Chambon nous parle de son parcours, de sa découverte de l’hypnose et de l’EMDR, des expériences extraordinaires qui l’ont mis sur la piste d’autres dimensions et incité à vouloir aller plus loin. Il évoque son étude et sa pratique du chamanisme, la façon dont il a intégré dans sa vie la méditation, le yoga, le Qi Gong, qui l’ont conduit à un approfondissement de la conscience dans son quotidien, mais qui l’ont surtout globalement amené à une autre vision de l’Homme, c’est-à-dire sa vie, ses épreuves, sa vraie nature, son essence…

En l’écoutant, on apprend que l’être humain dispose de 3 cerveaux remplis de neurones, logés dans les intestins, le cœur et la boite crânienne, recevant ou captant la conscience telle une télé le ferait avec les ondes, plutôt que la créant. Selon lui, contrairement à ce que la majorité du monde pense, le cerveau a besoin de la conscience pour vivre, alors que l’inverse n’est pas vrai, comme tendrait en effet à le prouver les NDE où le cerveau est out, mais la conscience plus vivace que jamais !

J’aime cette idée qui dit que l’état modifié de conscience, c’est pas celui sous psychotropes, mais au contraire celui de la réalité ordinaire, dans laquelle la conscience est rétrécie à la mesure du cerveau, l’étendue du réel comprimée et déformée par ce filtre réducteur qu’il est, ce qui fait qu’on ne capte qu’une toute petite parcelle de la réalité, comme une télé foireuse ne capterait qu’une seule chaine alors qu’il en existe plein d’autres, de multiples réalités invisibles et subtiles…

Une fois de plus, Olivier Chambon prend donc de plein fouet les partisans du matérialisme qui ne croient que ce qu’ils voient, tout en les teasant au passage avec le microscope et les champs électromagnétiques qui sont la preuve qu’avec de nouveaux instruments, on peut voir l’invisible… Il développe même l’idée que grâce à la physique quantique, on sait que les champs d’énergie sont bien plus importants que la matière tangible et que ce sont eux qui la structurent, la matière n’étant qu’une conséquence du déploiement de champs de conscience intelligents autodéterminés, utilisant l’énergie de manière structurée pour créer de la matière, justement.

Ça vous dépasse ? Alors regardez son interview, et au-delà de la complexité apparente des théories présentées ici, vous découvrirez un discours touchant et plein de bon sens, aussi motivant que rassurant, et indiscutablement fortifiant !

Les livres d’Olivier Chambon : LA MÉDECINE PSYCHÉDÉLIQUE, LA RÉVOLUTION PSYCHÉDÉLIQUE, L’ÉVEIL PSYCHÉDÉLIQUE

Son site web : OLIVIER CHAMBON


CHAMANISME ET PSYCHÉDÉLIQUES - ROMUALD LETERRIER ET STEPHAN SCHILLINGER

Romuald Leterrier, je l’adore ! Pour moi, c’est lui qui a écrit les meilleurs livres français sur l’Ayahuasca ! A la base, il est ethnobotaniste, mais son intelligence, son expérience du chamanisme, sa sensibilité et son intuition font de lui quelqu’un qui va bien plus loin que la simple étude des plantes, comme en témoigne ce livre, De la jungle aux étoiles, tellement foisonnant dans les pistes qu’il explore qu’il est impossible d’en faire un résumé.

Cette vidéo est une discussion passionnante entre Romuald et Stephan Schillinger, abordant des thèmes autour de l'Ayahuasca qui ne sont pas souvent traités...

Des exemples ? Eh bien, ce délire messianique qui s'empare fréquemment des nouveaux usagers de la Plante, qui voient leur ego spirituel (si si, ça existe !) enfler brutalement après une séance pleine de visions célestes (Romuald précise que les indigènes s'en cognent, de nos visions. Eux, ils s'intéressent au corps, à la purge, à la "détox transpersonnelle" que provoque une Ayahuasca qui travaille bien, car pour eux, rappelons-le encore, c'est une MÉDECINE).

Ils parlent aussi de la fascination ressentie par les Occidentaux pour ce monde du chamanisme, de la projection qu'ils font autour du personnage du chaman, souvent idéalisé, considéré comme un sage, un archétype de l'Homme de Savoir et de Pouvoir, et qui font face à une brutale redescente quand ils captent que ce n'est pas le cas...

Romuald nous met en garde de ne pas reproduire les mêmes erreurs que les hippies lors de la découverte du LSD, ce qui pourrait à terme provoquer la disparition de la liane... En se positionnant comme traditionaliste, il évoque les possibles dérives sectaires qui pourraient découler de l'usage de l’Ayahuasca en Occident, et insiste sur l'importance de la diète de Plantes Maîtresses, unique gage de la compétence d'un chaman, que bien peu d'Occidentaux comprennent...

Cette rencontre est tout simplement géniale, donc je vais m’arrêter là et vous laisser la découvrir par vous-mêmes.

Si vous voulez aller plus loin avec Romuald Leterrier, voici une autre interview de lui que j’ai beaucoup aimée : CHAMANISME ET PLANTES DE VISION | ROMUALD LETERRIER

Et voici le livre merveilleux dont je vous parlais : DE LA JUNGLE AUX ÉTOILES


CARLOS CASTANEDA - INTERVIEW WITH THEODORE ROSZAK

Nan, nan, ne commencez pas ! Je vous entends grogner d’ici, et gna gna gna, Carlos Castaneda c’est un menteur, il a tout inventé, Don Juan n’a jamais existé, et si oui c’était pas un Yaqui, blablabla… STOP ! Soyons honnêtes deux secondes, voulez-vous ? Les 3/4 d’entre nous, si on est là aujourd’hui sur ce blog, à causer substances psychotropes, réalité non ordinaire et conscience élargie, c’est grâce ou à cause de ce mec et de ses livres, d’accord ? Alors venez pas jouer les hypocrites et contentez-vous d’apprécier le document rare que j’ai dégoté pour vous et que je vous partage ici…

A vrai dire, je me demande si cette interview de Carlos Castaneda n’est pas la seule qui existe ! Et je sais pas vous, mais moi, j’ai pas l’impression d’écouter un menteur. S’il s’est certainement arrangé avec la réalité comme tout écrivain qui se respecte, les paroles qu’on entend quand il évoque sa rencontre avec Don Juan, la façon dont celui-ci l’a regardé, l’humour de cet homme qui se définissait lui-même comme “homme de connaissance” ou “celui-qui-sait”, résonnent comme un témoignage véritable, document précieux qui révèle le jeune anthropologue qu’il était à l’époque, face à cet étrange sorcier qu’avait toujours un train d’avance sur lui… Et si tout ça n’est rien d’autre que du fake, eh bien, soit, profitons de revivre l’épopée de ces livres qui nous ont transformés via la bouche de leur auteur !

Guidé par les questions précises de son interlocuteur passionné, Castaneda explique comment il s’y est pris pour accumuler tant de notes (aidé par le principe de récapitulation), parle des discussions fascinantes qu’il a entretenues avec Don Juan, raconte son expérience de vol après s’être transformé en corbeau, revient sur ce concept de réalité non ordinaire qui nous a tous marqués.

Il explore l’idée que ses expériences montrent que la réalité n’est qu’un consensus, la réalité ordinaire n’étant qu’un minuscule segment de la gamme totale du réel. Il dit que si on pouvait coder ou stimuler la réalité comme le fait un chaman, peut-être qu’on serait capable d’étendre notre connaissance de ce qu’on appelle “réel”. Prendre un stimuli comme “voler” pour le réadapter, c’est ça que Castaneda nomme “coder”.

Car ce que les Occidentaux définissent comme “hallucination” ou “démence”, les chamans, après des millénaires de pratique, le reclassent autrement. Castaneda dit que Don Juan lui a enseigné une autre façon de coder la réalité, la mettant dans un cadre propice lui offrant une autre interprétation. Cette histoire de vol, par exemple, et les réponses que Don Juan apporte aux interrogations de son apprenti, révèlent selon lui la sophistication du système de pensée de son maître, qui ramène l’expérience au ressenti. En effet, si la totalité de la réalité est perception, le réel n’est rien de plus qu’une construction, un consensus, donc ce que tu sens, c’est ça l’important !

Enfin, il parle aussi de sa rencontre avec le Mescalito, l’Esprit du Peyotl, qui a marqué des générations de lecteurs, moi la première, et conclut sur l’explication de la signification du “mourir comme un Homme” de Don Juan…

LE LIVRE de Carlos Castaneda, pour les quelques rares chanceux qui n’auraient pas encore goûté à sa prose : L’HERBE DU DIABLE ET LA PETITE FUMÉE (premier d’une longue série)


ALCHIMIE ET CHAMANISME - PASCAL BOUCHET

Vous vous demandez ce qu’une vidéo sur l’alchimie vient foutre là ? Mais les gars, pourquoi vous croyez qu’on consomme des psychotropes et qu’on se met dans des états inimaginables, à dégobiller au fin fond de la jungle, à s’évanouir après avoir fumé du Bufo, à se foutre en transe à base de Temazcal, de champis et de tambour, si ce n’est pour découvrir la pierre philosophale à l’intérieur de nous ? Faites-moi confiance… Cette vidéo va creuser, densifier et donner du sens à la quête que vous, les psychonautes, poursuivez.

On va donc causer alchimie avec Pascal Bouchet, que je ne saurais présenter autrement que comme un alchimiste, donc, et un écrivain-conférencier, qui va éclairer nos lanternes et nous apprendre que l’alchimie est loin de se résumer au trifouillage de métaux, loin s’en faut !

Selon Pascal, les alchimistes sont des philosophes de la nature, à la recherche de sa sagesse. La subtilité, c’est qu’il s’agit d’une science qui n’étudie pas la nature, mais vient de la nature elle-même, de la vie. Pascal Bouchet distingue deux voies en alchimie, deux castes sacrées radicalement différentes, deux orientations qui cherchent la pierre philosophale : les forgerons et les chamans.

L’un transmute les métaux, l’autre guérit l’être humain avec la médecine universelle.

On retrouve donc les protocoles chamaniques, car la racine de l’alchimie n’est ni plus ni moins qu’une quête ésotérique, philosophique, spirituelle, qui descend dans la matière…

L’école hermétique est liée à Hermès, le Mercure. Messager des dieux et patron des anges, intermédiaire entre l’Homme et la divinité, la Terre et le Ciel, ce type fait passer la conscience d’un état à un autre, c’est un initiateur, un passeur, ce qui fait de lui une excellente figure de chaman.

Ce que recherche l’alchimie dans la médecine universelle, c’est arriver à nettoyer, résoudre tous les maux. Ici, la maladie est prise au sens large, et la santé dans le concept de la médecine universelle englobe tous les aspects de nous : physique, psychique, émotionnel, mental, spirituel. L’un des fondements de l’hermétisme est que l’Homme est un microcosme fait à l’image du macrocosme, un univers modèle réduit. Alors quel est le taff de l’alchimie ? Condenser l’esprit universel pour le capturer dans notre microcosme. Pascal Bouchet nous dit que toute maladie, physique ou psychique, n’est que le phénomène d’une coupure entre microcosme et macrocosme, ce qui correspond tout à fait à la vision des Peuples Premiers qu’on découvre dans l’interview de Frederika Van Ingen…

L’alchimie, tout comme le chamanisme, part du principe que tout est vivant, que toute chose a un esprit, et que la matière est un reflet, une manifestation du spirituel. Selon ce point de vue, le monde matériel n’est rien de plus qu’un miroir de ce qui se passe dans le monde des esprits, donc le travail de l’alchimie est de relier les choses à leur esprit, rétablir, retisser le lien avec le macrocosme.

Ceci explique le travail des chamans, qui vont chercher les maladies à leur source, sur le plan spirituel, c’est-à-dire au niveau de l’esprit des maladies, au lieu de taffer sur leur manifestation.

Mais Pascal Bouchet évoque aussi cette lutte avec le dragon, racine de l’ego, que beaucoup de psychonautes ont expérimenté… Il parle du feu secret des sages, enfoui dans les ténèbres du corps, que la seule manière d’éveiller est de transpercer le dragon, c’est-à-dire déchirer le voile des illusions, affronter la peur de la mort… Selon lui, c’est le dragon, le gardien du seuil que le chaman doit affronter pour récupérer ses pouvoirs. En effet, quand un chaman veut devenir chaman, il doit éveiller le chaman qui est en lui, parvenir à le retrouver.

Car en définitive, l’obtention de la médecine universelle, n’est-ce pas de devenir soi-même la médecine universelle ?

L’interview de Pascal Bouchet que j’ai réalisée : PLANTES CHAMANIQUES & INITIATION ALCHIMIQUE

Le livre de Pascal Bouchet : LA VOIE DE L’ALCHIMIE


LE BONUS INATTENDU : MIDNIGHT GOSPEL !

Attention les yeux, voici Midnight Gospel, la série d’animation métaphysique sous psychotropes la plus chéper que votre pauvre cerveau aura un jour la chance d’expérimenter ! Quand un pote à moi m’a montré l’épisode dont vous avez l’extrait ici, j’ai HALLUCINÉ face au génie, à l’audace et surtout face à la profondeur que ce putain de dessin animé est capable de manier !

Réalisé par le comédien et podcasteur Duncan Trussell et le créateur Pendleton Ward, cette série disponible sur Netflix (on se demande ce qui leur a pris, sérieux) met en scène le bonhomme violet que vous voyez sur la photo, Clancy, qui voyage dans le multivers grâce à son simulateur en forme de vagin, afin d’aller interviewer des gens bizarres pour son podcast de l’espace, au cœur de situations complètement apocalyptiques !

Mais le truc vraiment terrible, c’est que les gens qu’on entend causer, c’est des vrais gens que Duncan Trussell a réellement interviewés pour son podcast, et j’aime autant vous dire qu’il est loin de choisir n’importe qui ! Lui-même gros consommateur de substances psychotropes et sacrément versé dans tout un tas de pratiques spirituelles, les conversations qu’il entretient avec ses invités tous plus fascinants les uns que les autres se révèlent être des putains d’enseignements philosophiques, métaphysiques, ésotériques et spirituels qui te scotchent à ton canapé et font travailler ta matière grise comme un monstrueux flash de DMT !!!

Cycles des réincarnations au cœur d’une prison spirituelle, mort de l’ego, DMT, simulation de la réalité par notre perception, personnage qu’on joue sans s’en rappeler comme si on était en pleine VR de World of Warcraft (c’est l’extrait que je vous ai mis, qui s’appelle L’annihilation de la joie), exploration de la toxicomanie et de la méditation en pleine apocalypse zombie (Le goût du roi), magie cérémonielle et quête de l’illumination sur une planète sous-marine (Des chasseurs déracinés), et enfin, l’épisode le plus bouleversant de la série où Clancy retrouve sa mère défunte pour parler avec elle du cycle qui conduit de la vie à la mort (La souris d’argent)…

Les mecs, cette série est une expérience de conscience élargie à elle toute seule, et c’est CARRÉMENT IMPOSSIBLE de pas avoir envie d’aller découvrir ensuite les invités que Duncan reçoit, tant ils sont génialement oufs, sans compter Duncan lui-même !

Et franchement, autoriser la diffusion de ce genre de dinguerie parfaitement hors des rails de la pensée mainstream et surtout totalement hors de TOUT CONTROLE, c’est pour moi le signe très certain que notre voix commence à se faire entendre…

Et ça, ça fait putain de plaisir !

La série d’animation Midnight Gospel sur Netflix : MIDNIGHT GOSPEL

Le site web de Duncan Trussell, où vous trouverez ses podcasts en intégralité et les liens vers ses tarés d’invités : DUNCAN TRUSSELL


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Chamanisme, Gonzo Zoë Hababou Chamanisme, Gonzo Zoë Hababou

Rencontre avec un Chaman Shipibo

Quand le fameux Balthazar de La Gazette de l’Abîme m’a contactée pour m’annoncer que ma contribution à ce média serait bienvenue et qu’en plus, j’avais CARTE BLANCHE, en deux temps trois mouvements j’étais devenue une bête furieuse à l’affût de son prochain carnage chamaniquo-gonzo… Mais le truc, c’est que j’avais envie de m'attaquer à quelque chose d'inédit. Ça me disait rien de sortir un vieux texte convenu sur l’Ayahuasca qu'apprendrait rien à personne. Donc j’ai fait jouer mon réseau, que j’ai allègrement maudit quand je me suis retrouvée avec quatre pages de questions toutes plus intelligentes les unes que les autres… Jusqu’à l’illumination. J’ai appelé Balthazar. Il a dit banco.

Quand Balthazar Benadon - le mec qui m’avait interviewée au sujet de la diète de Plantes Maîtresses pour sa chaine Youtube La Gazette de l’Abîme - a sorti un blog, j’étais aux anges (parce que j’adore les blogs). Mais quand il m’a proposé d’y participer en lui pondant un article, ma cote de joie a direct pété tous les scores !

La Gazette de l’Abîme, c’est donc à la fois une chaîne Youtube dédiée à l’exploration de la conscience et au voyage psychédélique qui propose des interviews, des témoignages, des films d’animation, mais aussi des conférences et des entretiens, ainsi qu’un site qui est en réalité un média visant à unifier la communauté psychédélique francophone autour du partage et de la réflexion. En gros, un espace de parole où tout le monde peut s’exprimer sur ce sujet qui nous enflamme, le psychonautisme.

Alors quand le fameux Balthazar m’a contactée pour m’annoncer que ma contribution à ce média serait bienvenue et qu’en plus, j’avais CARTE BLANCHE, en deux temps trois mouvements j’étais devenue une bête furieuse à l’affût de son prochain carnage chamaniquo-gonzo…

Mais le truc, c’est que j’avais envie de m'attaquer à quelque chose d'inédit. Ça me disait rien de sortir un vieux texte convenu sur l’Ayahuasca qu'apprendrait rien à personne. Donc j’ai fait jouer mon réseau, que j’ai allègrement maudit quand je me suis retrouvée avec quatre pages de questions toutes plus intelligentes les unes que les autres… jusqu’à l’illumination.

J’ai appelé Balthazar. Il a dit banco.

Interview imaginaire d’un chaman shipibo disparu par son ancienne disciple ayahuasquera

Rencontre avec un chaman Shipibo

L’entretien que vous allez lire est fictif. Si le chaman qui répond ici aux questions de l’auteure a réellement existé, le dialogue rapporté dans ces lignes n’a eu lieu que dans l’imagination de son ancienne disciple. Cependant, la véracité des informations révélées au cours de cet entretien ne doit pas être remise en question.


Wish et moi on s’est calés sur le plancher de la maloca, une bonbonne de flotte et un sachet de mapachos à portée de main, histoire d’avoir des munitions pour tenir tout le long de cette foutue interview. Vu le nombre de trucs que les gens voulaient savoir, on savait qu’on était bons pour y passer la soirée. Mais c’était l’occasion de papoter entre nous de notre sujet préféré, l’Ayahuasca, alors c’était pas si terrible que ça.

— Bon, j’imagine que le premier truc à faire, c’est de te présenter, nan ?

— Ça me paraît logique. Mais si je m’y colle, toi aussi va falloir que t’y passes.

— Tu fais chier…

— C’est simple, regarde : Je m’appelle Wish. Je suis chaman Shipibo.

— C’est un peu light…

— C’est suffisant pour le moment. A toi.

— OK. Je m'appelle Zoë. Je suis écrivain-ayahuasquera.

— Tu vois, rien de plus facile.

— Ça fait longtemps que t’es chaman ?

— Tout dépend de comment on voit les choses. Chez nous les Shipibo, on sait d’avance lesquels d’entre nous vont être curanderos. Les abuelos le voient dans les cérémonies. Du coup, quand un futur chaman est dans le ventre de sa mère, celle-ci doit boire de l’Ayahuasca avant même que le gosse naisse.

— Tu veux dire que la mère se tape des cérémonies quand elle est enceinte ?!

— Nan, pas des cérémonies. Elle boit juste une petite gorgée d’Ayahuasca, comme ça, de temps en temps. Histoire que le bébé soit imprégné avant même sa naissance.

— Attends, avant d’aller plus loin, faut qu’on précise un truc. Là d’où je viens, y a des gens qui s’offusquent qu’on emploie le terme “chaman”, qui vient pas d’Amérique du Sud, pour désigner les curanderos qu’utilisent l’Ayahuasca. C’est quoi ta position là-dessus ?

— Je m’en tape. Tu peux m’appeler chaman, curandero, magicien ou n’importe comment. C’est que des mots, tout ça. L’intérêt du terme “chaman”, c’est qu’à peu près tout le monde sait direct de quoi on cause. C’est un truc d’Occidentaux de se formaliser comme ça sur un putain de mot. On s’en cogne, nous, tu sais.

— D’accord. Merci pour la précision. Continue ton histoire de bébés.

— Bah ensuite, quand le môme est sorti, on lui colmate le nombril avec de la sève de Piñon Colorado. C’est un très bon cicatrisant, mais c’est surtout une plante maîtresse. Comme ça, une fois de plus, il a en lui l’essence de la medicina, tu comprends. Le nombril est un point majeur chez l’être humain. C’est son centre, c’est là qu’est concentrée son énergie. D'ailleurs, quand on chante un icaro, c’est là qu’on le fait. C’est là qu’on insuffle la médecine ou qu’on s’emploie à retirer le mal.

— Pourtant je te vois pas en train de me chanter au niveau du ventre tous les quatre matins ? Et puis avant la cérémonie, c’est plutôt vers le haut que tu me souffles du tabac. La tête, les épaules, les mains…

— Avant la cérémonie, c’est différent. C’est pour te protéger. Et aussi pour voir où t’en es avec l’Ayahuasca. Quand je te souffle sur la tête, si la fumée reste longtemps collée à ton crâne, ça veut dire que l’Ayahuasca t’aime et qu’elle te veut. Et je te garantis que c’est pas une question de cheveux. Ça marche aussi avec les chauves. Ensuite, pour ce qui est du nombril, t’as pas besoin que je vienne chanter pile dedans pour que mes icaros soient dirigés vers lui… Mais c’est bien là que je chante.

— D’accord. Continuons avec les bébés chamans.

— Tu veux savoir quoi ?

— Ben, comment on passe du bébé rafistolé avec du Piñon Colorado au vrai guérisseur, quoi.

— C’est un chemin atrocement long.

— Atrocement ?

— Ouais. En fait, la plupart d’entre nous n’ont pas spécialement envie de devenir guérisseur officiel de la communauté. Enfin, disons qu’à l’époque, c’était pas le cas. Maintenant, avec la folie que c’est devenu, tout le monde rêve que de ça, mais sans être disposé à faire les sacrifices qui vont avec… et surtout sans que ce soit dirigé vers la communauté elle-même.

— C’est un sujet qu’on abordera plus tard. Parle-moi plutôt du truc à l’ancienne.

— Traditionnellement, t’as donc un moutard tout à fait basique dont tout le monde sait à quoi il est destiné, sauf lui, dans le sens où y a de fortes chances qu’il rechigne avant d’embrasser sa destinée. Moi par exemple, et je suis loin d'être le seul, il a fallu un truc comme une maladie qui m’a presque tué avant que j’accepte de suivre ma vocation.

— Raconte.

— C’est une très longue histoire… Pour résumer, j’étais un vrai petit con à l’époque, et devenir curandero, ça me disait carrément rien. Une nuit pourtant j’ai fait un rêve qui m’annonçait mon futur. C’est un truc qu’arrive souvent aussi, ça. Les esprits nous appellent en rêve, c’est leur méthode préférée pour faire connaître leurs intentions. Et quand tu racontes ton rêve à ton abuelo, il te le décrypte et fait le point sur ce que les esprits attendent de toi. Bref, malgré ce rêve, je voulais toujours pas être chaman, et je me suis enfui de la communauté. C’est là que j’ai été frappé par le Chullachaki, l’esprit gardien de la forêt, et sans mon grand-père, je serais mort. Il est parvenu à moyenner avec lui en buvant de l’Ayahuasca chaque nuit jusqu’à ce que je me rétablisse. Il m’en a fait boire à moi aussi. J’avais huit ans. En gros, il a négocié ma guérison contre ma promesse d’embrasser ma vocation. Et il est devenu mon maestro.

— Putain, y aurait tant à creuser… Ce truc de frôler la mort par exemple, paraît que c’est quasiment indispensable pour devenir chaman…

— Ça fera l’objet d’une prochaine interview !

— T’as raison, essayons de rester focus. Je crois que ce qui intéresse vraiment les gens, c’est de savoir comment ça se déroule, l’initiation chamanique traditionnelle.

— C’est hardcore !

— Ça t'as traumatisé ou quoi ?

— Presque ! Sérieusement, faut être fort dans sa tête pour supporter un trip pareil. T’as intérêt à avoir une putain d’assise mentale, et les couilles bien accrochées, c’est moi qui te le dis. Y a des tas de fois où j’ai eu l’impression de devenir fou... Même en tant qu’indigène, alors qu’on a ça dans notre culture depuis tout bébé, ça reste un truc de malade. C’est peut-être aussi que j’étais trop jeune, mais bon, une fois lancé, il était pas question d’interrompre l’initiation en plein milieu...

— Allez, balance !

— Bah t’es là, paumé dans la jungle, tout seul comme une merde, à te vider par tous les côtés. Tu prends une plante, et elle te fait dormir comme un mort trois jours durant, avec des rêves comme t’en avais jamais eu de ta vie. T’en prends une autre, et elle te fait dégueuler encore et encore, alors que tu bouffes quasiment rien. Encore une, qui te donne des visions incroyables, des trucs épouvantables de puissance qui te collent au plafond. Et encore une, qui t’affaiblit à un point insurmontable, que tu peux même plus te lever ou bouger la tête pour changer de position dans ton hamac. Et puis une autre, qui elle, la salope, te donne des envies de baiser inimaginables, et t’es là comme un con avec ta trique qui menace de te crever ton ben, et tu penses sérieusement à aller enculer un arbre tellement t’en peux plus.

— Mais whaaaaat ?!!

— Je déconne pas ! C’est vraiment chaud comme truc. Mais bon, l’idée c’est qu’en gros tu vas t’isoler dans la jungle, dans un tambo, pendant plusieurs années, pour que les esprits des plantes t’acceptent et deviennent des alliés qui mettront leurs énergies à ta disposition pour que tu puisses voir et guérir.

— OK, on va essayer de classer ça correctement. Isolement. Diète de plantes maîtresses. Guérison. Pourquoi un tel isolement ? Tu vois vraiment personne pendant des années ?

— Seulement ton maestro. Le truc de l’isolement, c’est pour plusieurs raisons. Toute pratique qui vise la connaissance requiert un temps où on s'exclut volontairement du monde, ça, on n’a rien inventé. Quand t’es tout seul dans la selva, sans parler et sans distractions, ton être va commencer à faire le tri en toi. Tes pensées vont se modifier. Ton esprit va entrer dans une phase que la vie ordinaire interdit. Une sorte de silence intérieur, tu vois. Peu à peu, tu commences à t’habituer à regarder la jungle comme une extension de toi-même. En allant te balader, ça devient normal pour toi de te sentir comme une infime particule d’un gigantesque organisme enveloppant tout ce qui est, jusqu’aux être inorganiques comme les rochers ou l’eau de la rivière, le vent dans les cimes et la foudre qui tonne. Tu réalises que toi-même t’es qu’un fragment de tout ça, et que ta conscience porte en elle toute la conscience du monde, tout simplement parce qu’y en a qu’une seule, de conscience. La forêt te parle par signes, et les synchronicités dont tu fais l’expérience sont de plus en plus fréquentes. Ça s’arrête plus, en fait. La diète éveille en toi un instinct. Tes intentions produisent des signes qui se manifestent dans la jungle, et ces signes te renseignent sur ton âme. Certaines de tes pensées semblent faites de la même énergie que la vie elle-même, comme si la vie pensait… ou se pensait à travers toi. Et c’est comme ça que tu commences à communiquer avec ton être profond, la selva entre vous comme une sorte d’interface, de traductrice, sur laquelle vous projetez vos questions et vos réponses. En parlant avec le monde, c’est avec toi-même que tu parles, et inversement. Tout devient si étroitement lié, la conscience, l’énergie, la nature... À travers toi, c’est le monde qui parle avec lui-même. C’est ça que tu découvres. C’est ça, le but de l’isolement. C’est ça, devenir chaman. Ne plus se sentir séparé du monde. Mais évidemment, c’est une voie très difficile, parce que c’est bien plus flippant de se confronter à soi-même, à l’intérieur, plutôt que de chercher un sens à la vie en la considérant depuis l’extérieur. Tant que tu refuses de subir cette confrontation, et ça vaut pour tout le monde, chaman ou pas, tout ce que tu fais en croyant poursuivre un but, c’est que de la gnognotte, que du pipi de chat. Ça signifie que t’éludes le véritable combat, parce que tu cherches tes réponses en dehors de toi, par peur de creuser vers l’intérieur. Mais le problème, c’est que tant que tu l’as pas fait, la vie restera pour toi… absurde.

— La vache, c’est super puissant ce que tu dis…

— Toute personne qui souhaite devenir chaman est forcée d’accomplir ce travail-là. Ça n'a pas de sens, sinon. L’autre truc intéressant avec l’isolement, c’est que ça favorise les rêves. Ils deviennent plus profonds, plus significatifs. La diète fait remonter beaucoup de choses, comme tu le sais. Elle rend poreuse la paroi entre les mondes. Des échanges se créent entre eux, c’est ça qui permet d’amplifier ta conscience. En ouvrant des mémoires, les tiennes et celles de l’humanité en général, elle t’amène à voir ta personnalité et le monde autour de toi sous un jour nouveau. Elle ouvre tous tes sens, même ton sens intérieur, celui qui perçoit avec les yeux de l’âme. Du coup, c’est normal que les rêves affluent. C’est ça qui te rend plus libre et plus vrai, dans un sens. Et fragile aussi, bien sûr. Mais pour ce qui est des rêves, quand t’es en diète, faut profiter de l’éclairage qu’ils apportent. Les laisser travailler en profondeur. Ne pas hésiter à dormir quand t’en as envie. Les rêves sont de bons maîtres, ils ont des tas de trucs à nous apprendre.

— Ouais, ça je sais.

— Les actions symboliques des rêves ont autant de poids que les actes dans la réalité ordinaire, c’est pour ça que quand tu t’approches de la vérité, les rêves se font de plus en plus nombreux et de plus en plus intenses. Ça veut dire que ta personne entière est engagée dans le processus d’évolution, qu’aucune partie de toi n’est en sommeil ou en repos, et ça t’offre la possibilité de continuer le travail d’une autre façon. Quand tu diètes, les songes ont de plus en plus de présence en toi, même dans la journée, et ils en viennent à faire partie de toi comme de véritables souvenirs, au point d’occuper la même place dans ta conscience que des actes réels. Je sais que c’est difficile à comprendre pour les gens de ta culture, mais c’est vrai, pourtant. Alors à toi de voir si tu préfères faire les choses avec ta conscience classique ou dans tes songes, ou même pendant une cérémonie. Ça aura le même effet, à un niveau psychologique et à un niveau factuel. L’esprit est partout de toute manière, alors ça revient au même. Et donc, au bout d’un certain temps, les esprits des plantes commencent à te chuchoter leurs messages…

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Pensées Percutantes #2 : Feu Sacré. Idées mortelles. I Ching et Mutations.

Les jours se transforment en semaines, tu ne dors plus que quatre ou cinq heures par nuit, tes yeux te brûlent en permanence, ton cerveau rame, t’as l’esprit déglingué, le palpitant commence à déconner, la tension nerveuse est le seul truc qui te permet encore de tenir debout, ou du moins, de “fonctionner” suffisamment pour continuer à écrire. Tu es dangereusement proche du point de rupture, tout ton être te le crie, mais rien ne peut plus arrêter la machine, c’est trop tard, et la solitude fait que tu regardes en toi comme si tu contemplais l’univers. Quand tout est une seule et même chose, tu peux rester cloîtré dans une grotte et découvrir les secrets du cosmos. Rappelle-toi juste que si tu regardes longtemps un abîme… l’abîme, lui aussi, regarde en toi.

Affamée, violente, solitaire, sans Dieu : ainsi se veut la volonté du lion.
Des paroles de Nietzsche qui résonnent sourdement dans la tête en arrière-fond.

Celui qui ne vit que pour se sentir vivant est aussi celui qui fera le sacrifice de sa vie au Feu.
Car ce dont tu veux vivre est aussi ce pour quoi tu es prêt à mourir.

Pulsion de vie et pulsion de mort engagées dans un combat sans merci, bras de fer entre deux puissances contraires qui s’accouplent le temps d’un féroce tango.

Renoncer à toute mesure, toute raison. Ne plus manger. Ne plus dormir. Ne plus parler.
Obsession.

Se laisser hanter par son œuvre et prendre le risque de cesser d’exister, devenir le fantôme d’un artiste créé par l’œuvre qu’il est en train de mettre au monde.

Marcher tout droit vers son dernier horizon jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Pensées percutantes de Zoë Hababou
 

FEU SACRÉ, DRAGON, SACRIFICES

Beaucoup trop de gens parlent du Feu Sacré sans avoir la moindre putain d’idée de ce qu’il signifie, et encore moins de ce qu’il implique. Ils l’évoquent d’une façon apaisée et même conventionnée, comme si abriter un tel dragon en soi était aussi coolos qu’une veillée chez les boy-scouts à faire cramer des marshmallows.

Connerie de monde où les paroles et l’apparat ont remplacé les actes et la détermination. Vouloir l’aura, la gloire et les honneurs de l’Artiste sans oser être dérangé et même endommagé par l’Art. Croire qu’on peut s’enorgueillir du statut de Guerrier sans être salement disposé à la confrontation avec soi-même, à être poussé dans ses derniers retranchements. Se vanter qu’on héberge une bête féroce alors que la moindre secousse nous terrifie et qu’on ne supporte aucune ambiguïté, aucune perte de contrôle, aucun chaos en soi.

Comme si tout rayonnement ne venait pas avant tout de l’intérieur…

Y a un truc à savoir concernant le Feu Sacré, avant de prétendre faire joujou avec lui. Ce truc est un dragon, d’accord ? Et comme tout bon dragon qui se respecte un minimum, il est sauvage, vorace, impitoyable. Et terriblement intense.

Au début, il hypnotise et obsède. A mi-chemin, il exige des sacrifices et asservit. A la fin, il est devenu le maitre de celui qui le nourrit et il le dévore. Point barre.

Mais naturellement, la condition sine qua non pour qu’il existe, c’est de fondamentalement croire en lui.

Le Feu Sacré peut être quasiment n’importe quoi. Selon ce qu’il représente, le bois qui l’alimente et les sacrifices qu’il requiert seront différents, bien qu’il s’agira toujours d’offrandes très intimes. Ensuite, à toi de voir jusqu’où tu seras prêt à aller pour le maintenir en vie. Parce que son truc, c’est qu’il a TOUT LE TEMPS faim.

Ce Feu, il va te faire danser sur une corde raide. Passé un certain niveau d’implication, la frontière entre passion et addiction s’efface. La passion qu’il t’inspire te nourrit, tandis que l’addiction aux flammes te vide. C’est un échange de fluides, sorte de rapport mi-symbiotique, mi-parasitaire. L’idée est juste d’être conscient qu’une flamme sacrée est nettement susceptible de devenir une flamme mortelle quand l’amour qu’elle inspire vire à l’obsession, voire au fanatisme.

En tant que Guerrier, on peut facilement basculer de l'autre côté sans s’en rendre compte. Et n’avoir aucun désir de faire machine arrière.

La vérité est que les plus grands savants, les plus puissants guerriers, les artistes les plus accomplis, les sages les plus vénérables et les révolutionnaires les plus engagés sont ceux qui ont consumé leur vie entière dans une seule et unique flamme. Y a pas de différence entre un fou et un génie. Les deux absorbent en eux-mêmes les flammes qui jaillissent d’eux.

Ouais, c’est dangereux de rider un dragon, et c’est justement pour ça que c’est bon.

Mais certains devraient se contenter de faire griller des marshmallows.

L’INSPIRATION EST UN MALÉFICE

Le Feu Sacré marche de paire avec l’inspiration. Elle est le souffle qui attise les flammes. L’énergie qui insuffle une direction au dragon. Quand le Feu commence à bien brûler et à te consumer en-dedans, la voilà qui se pointe. Nonchalante comme seul peut l’être un ange déchu. Ses deux immenses ailes noires déchiquetées négligemment déployées autour d’elle…

Enchanteresse, lascive, bandante comme jamais. Le magnétisme qui transpire d’elle est si vif que ça fait presque mal de la regarder. Elle aussi est faite avec des flammes, et son essence est aussi bouillante que de la tequila assaisonnée de sel et de citron vert.

Elle excite tes sens et les incise, les tordant d’un désir lancinant, sourd, violent, torturé, que seul le plaisir de la possession la plus torride et la plus absolue pourra combler.

Puis, elle entre en toi. Elle s’offre à toi. Te fait l’amour comme jamais, à l’intérieur. Elle te rend complètement dingue. Partir dans un corps à corps avec elle, c’est la laisser te transfuser des délices les plus dionysiaques et des abîmes les plus denses où t’auras un jour l’aubaine de chuter…

Le problème avec elle, c’est qu’elle est foutrement sournoise. Fatalement, être si désirable lui donne les pleins pouvoirs. Comme ça, petit à petit, sans en avoir l’air, elle agit comme une fleur carnivore dont les couleurs t’hypnotisent tandis que le venin te paralyse. Ça fait pas mal. Tu sens absolument rien quand, lentement, elle commence à te dépouiller de ta substance.

Et un beau jour, tu réalises que tu es devenu… sa marionnette.

PACTE AVEC LE DIABLE

Il t'arrive un truc chelou quand tu passes des jours et des jours à écrire, seul, sans croiser personne. Passer la première phase de jubilation euphorique, tellement t’en reviens pas d’être autant inspiré, tu pénètres dans un stade de conscience inconnu.

Les contours de ton être s'effacent. Les limites entre tes pensées et ton manuscrit se désagrègent. L’histoire que t’es en train d’écrire te poursuit partout.

Quelque chose t’a pris en sa possession.

Manger, dormir, parler à des gens. Pour quoi faire ? Cette garce d’inspiration te donne tout ce dont tu as besoin. Sauf que c’est pas vraiment toi qu’elle nourrit. Elle en a rien à carrer, de toi. T’es rien de plus qu’une machine pour elle. Un cerveau à son service, qui traduit ses intentions et ses visions en mots. Des doigts à sa disposition, qui frappent sur des touches pour graver ces mots dans la matière. Rien de plus qu’un médium qui s’offre à sa volonté.

Ouais, elle en a vraiment rien à battre de ta personne. C’est ton âme qui l’intéresse. C’est ton âme qu’elle veut, c’est elle qu’elle ensorcelle. Elle utilise ce qu’elle trouve dedans pour densifier ses pensées.

Et vraiment, peu importe si ce qui lui sert de marionnette se transforme jour après jour en vieux squelette sans amis, les yeux comme deux trous de pisse dans la neige à force de fixer l’écran, recroquevillé sur son ordi. Du moment qu’il continue à taper l’histoire sur le clavier…

Et avec le peu de conscience humaine qui te reste, tu te demandes, hébété, si ta muse est aussi belle qu’elle en avait l’air, et si l’inspiration n’est pas à la fois un dieu et démon.

OBSERVER LONGUEMENT UN ABÎME…

Les jours se transforment en semaines, tu ne dors plus que quatre ou cinq heures par nuit, tes yeux te brûlent en permanence, ton cerveau rame, t’as l’esprit déglingué, le palpitant commence à déconner, la tension nerveuse est le seul truc qui te permet encore de tenir debout, ou du moins, de “fonctionner” suffisamment pour continuer à écrire. Tu es dangereusement proche du point de rupture, tout ton être te le crie, mais rien ne peut plus arrêter la machine, c’est trop tard, et la solitude fait que tu regardes en toi comme si tu contemplais l’univers. Quand tout est une seule et même chose, tu peux rester cloîtré dans une grotte et découvrir les secrets du cosmos. Rappelle-toi juste que si tu regardes longtemps un abîme… l’abîme, lui aussi, regarde en toi.

Seule l’œuvre compte désormais. Elle dépasse et terrasse celui qui l’engendre. Aucune chance qu’il puisse encore se croire maître de ce qu’il crée. S’il a les couilles de pousser son art à son paroxysme, son œuvre devient plus grande, plus importante que lui, au point qu’il ne puisse même plus la comprendre pleinement.

C’est l’œuvre qui crée l’artiste, pas l’inverse.

Il y a une tentation malsaine à songer qu’il existe un art non destiné à la gloire, secret, sublime, que l’artiste ne pourra mettre au monde et peut-être comprendre qu’en disparaissant. Mort symbolique, suicide psychique. Meurtre émotionnel. Ça revient au même, pas vrai ? Tout ça n’est que le symbole d’une chute hors du monde, hors de soi, l’entrée dans une sphère bien plus pure où l’œuvre et la vie fusionnent. Un lieu mystique où le cœur de l’artiste pourrait enfin trouver la paix…

Il n’y a juste aucune certitude d’en revenir.

Le squelette devrait peut-être commencer à rédiger son testament.

TOMBER MORTELLEMENT AMOUREUX D’UNE IDÉE

Qu’est-ce que ça ferait, de quitter le monde une fois l’œuvre accomplie ? Qu’est-ce que ça donnerait, d’abandonner le tas d’os aux vautours une fois sa mission honorée ? Les concepts de summum, d’apogée, de paroxysme sont des idées délétères… Mais quand t’en es tombé amoureux dans ta jeunesse, putain, c’est vraiment impossible de les oublier.

Être idéaliste, c’est pas juste s’enflammer pour des idéaux. C’est tomber mortellement amoureux d’une idée.

Pourquoi les idées possèdent un tel impact sur moi, alors que la majorité des gens semblent totalement s’en passer ? Ils lisent ou entendent un truc, ça sonne bien à leur oreille, mais jamais au grand jamais ils ne songeraient à tenter de l’appliquer dans leur vie. Apparemment, pour eux, les idées sont de jolies choses qu’il est de bon ton de répéter d’un air pénétré, jusqu’à écœurement, histoire de briller en société ou de singer la sagesse, de se donner une profondeur qu’ils sont bien loin de posséder. Alors, pourquoi est-ce que moi, je suis prête à remettre toute mon existence en cause pour elles, afin que mes actes soient en parfait accord avec ce que je prône ?

Est-ce que c’est ça, avoir une éthique ? Est-ce qu’elle est là, la différence entre morale et éthique ? Comme si la morale était un ensemble de valeurs qu’on prétend posséder en société, et l’éthique leur application silencieuse et purement personnelle ?

Les choses sont allées beaucoup trop loin. Elles durent depuis trop longtemps. Il faut mener le truc à son terme. Peu importe si ça te dépasse, peu importe les sacrifices que tu t’infliges, que personne d’autre que toi ne pourrait supporter. Peu importe que toi-même ne comprenne plus de quoi il est réellement question.

Cet abîme qui happe, s’alimentant de l’âme de celui qui le porte avant d’exploser au dehors, écartelant celui qui lui a donné vie et nourri de sa substance… Impitoyablement.

Voir ça comme un paroxysme, oui, pourquoi pas, en fait ?

I CHING, SERPENTS, MUTATIONS

J’ai tiré le I Ching. J’avais besoin de savoir. Ouvrir une brèche vers le futur, comme une assurance que j’existerais encore, un peu plus loin dans le temps.

J’ai sorti le 24 : Le Retour.

Le retour a son fondement dans le cours de la nature. Le mouvement est circulaire. La voie se referme sur elle-même. Tous les mouvements s'accomplissent en six étapes. Le septième degré amène ensuite le retour.  Le sept est le nombre de la jeune lumière qui naît lorsque le six, nombre de l’obscurité, s’accroît d’une unité. Ainsi le mouvement parvient à l’arrêt. Le temps de l’obscurité est passé. Le solstice d’hiver amène la victoire de la lumière. L’hexagramme est rattaché au onzième mois, le mois du solstice (décembre-janvier).

J’avais prévu de rentrer fin décembre, après un peu plus de six mois de voyage. Enfoiré de I Ching qui sait toujours tout. Donc, quelque chose de moi va rentrer, apparemment…

Le soleil tabasse par ici. Impossible d’échapper à sa morsure. Ta peau brunit et craquelle comme le sol desséché d’un désert qui se lézarde, se fissure. On raconte que les serpents, quand ils muent, sont plongés dans une sorte de transe. Ils ne bougent plus. Leur regard devient fixe. Toute leur énergie vitale est happée par la métamorphose. Ils pourraient être morts que ça reviendrait au même.

Ça fait un moment que la transe s’est emparée de moi. 

Je me tiens prête pour la prochaine mutation.

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Pensées Percutantes #1 : Fin de cycle. Vaches maigres. Coup de Poker et Actes symboliques.

Et donc, avec le peu de sous qui te restent, tu prends un billet pour l’endroit d’où l'appel est né comme on ferait tapis au poker : ça passe ou ça casse. L’une des façons de dealer avec la vie, c’est de jouer avec elle comme si t’avais rien à perdre. Et peut-être qu’un jour viendra où, à force de le prétendre, ce sera devenu réalité. Ça fait des années maintenant que je la joue comme ça et bordel, n’importe quel joueur de poker te dirait que j’ai une sacrée veine de cocu. Sauf que ça n’a rien à voir avec la chance. C’est un putain d’état d’esprit.

Marcher dans tes propres traces. Revenir dans un lieu porteur d’un sens personnel comme tu chevaucherais l’Ouroboros.

Éternel retour. Cycle infini de morts, de métamorphoses et de renaissances.

Honorer l’ancienne version de toi-même en déterrant les liens qui t’attachent à ta propre histoire, à la façon du récapitulatif de Castaneda. Puis défaire ces liens, briser tes chaines par des actes intimement symboliques et ainsi marquer la fin d’une étape. Conclure une phase de ton existence comme une âme s’expulserait de la roue du temps et du cycle des réincarnations.

Actes atemporels. Lieux métaphysiques. Niveau du jeu dans lequel la conscience pure prend enfin les commandes.

Sacrifier quelque chose sur l’autel de l’Idéal. Décider de nourrir une foi plus grande que toi.

Choisir d’alimenter une essence non physique qui emporte l’existence humaine vers le haut de la pyramide qu’on nomme aussi Transcendance.

Pensées percutantes de Zoë Hababou
 

FIN DE ROUTE

Y a des moments étranges dans la vie. Une sorte de stade ou d’état intermédiaire qu’on appelle la Croisée des Chemins. Quelque chose est sur le point de mourir, et autre chose s’apprête à naître. Plus rien ne peut continuer comme avant.

Comme pour la fin d’une histoire d’amour. Quand t’arrives au bout du truc, hanté par le pressentiment d’une mort. Comme l’écrivain sait au fond de lui qu’il vient de finir l’écriture de son livre. Qu’y a plus aucun mot à ajouter. Sonné, il contemple son manuscrit sans pouvoir encore pleinement réaliser. C’est au-delà de tout calcul. C’est une évidence.

C’est exactement ce qu'on ressent quand on parvient à la fin d’un cycle de vie.

Ça se décide pas de façon consciente. Le constat rapplique avant l’élaboration du projet. Soudain, le bout de la route que tu suivais est juste enfin atteint.

Celui qui respecte la magie sait qu’il faut toujours nourrir une part d’innocence. L’apogée n’est sublime que quand elle survient sans prévenir. Même si, fatalement, une partie de toi sait comment tout ça va finir. En définitive, c’est elle qui, depuis le commencement, te guide jusqu’à cet espace-temps où les pièces du puzzle cosmique ont terminé de s’imbriquer.

Avant d’en entamer un autre.

C’est la règle de fonctionnement des synchronicités. L'effet de surprise et la part de hasard qui s’immiscent dans ce chemin qu’on ne peut que qualifier de destin sont parties intégrantes du processus.

Alors tu traces ta route, flottant dans le brouillard, un pas après l’autre, de la même manière qu’un bon écrivain écrit une histoire, la découvrant au fur et à mesure. Le squelette qu’il inhume du sol se dévoile poco a poco. Des éléments à priori disparates s’accouplent. Des paroles mystérieuses prononcées au détour d’un dialogue, d’une pensée, rejaillissent pour donner sens à un nouvel élément de l’intrigue. Un personnage sorti de nulle part se révèle être une clé majeure en passant brutalement au premier plan du récit.

Un rêve fait dans le passé mute en pressentiment du futur. Et un jour, le rêve a fusionné avec la réalité, transformant la magie en quelque chose d’extrêmement concret…

Il s’agit de vivre sa vie comme si c’était une quête. D’établir la distinction entre avenir et destinée.

Tous les évènements s’interconnectent. Le présent et le futur, finalement, se comprennent à l’aune du passé.

C’est de là qu’elle vient, ma foi sauvage en la vie. De là, et de nulle part ailleurs.


FLOW ET COUP DE POKER

J’ai débarqué dans ce bled après le fiasco d’un ancien plan qui paraissait foutrement bon sur le papier, quelque temps en arrière. Un fiasco total, intégral, à un niveau personnel, amical, financier, et même professionnel au vu des débouchés qu’il était censé avoir concernant l’avenir. Le genre de fiasco qui foutrait à terre n’importe qui, le poussant à implorer le ciel en chialant POURQUOOOOI tout en se déchirant les vêtements. Enfin bon, dans la version la plus lamentable du truc. 

Mais quand t’as la chance d’être doté d’une forte intuition et surtout d’être foutu de lui faire confiance, bah, cette scène pathétique n’aura tout simplement pas lieu.

Un appel lointain a déclenché sa résonance, quand ça commençait à sentir mauvais. Quand ça s’est vraiment mis à puer du cul, l’appel s’est transformé en injonction. Et quand la lose totale a finalement révélé son vrai visage, l’injonction était devenue une évidence. Et donc, un sourire aux lèvres affiché comme le plus flamboyant des mépris.

Mais surtout, la plus fondamentale des règles de ce qu’on appelle l’acceptation. En somme, une très jolie planche de surf, bien affûtée, sur laquelle grimper crânement pour se jeter dans les vagues du Flow.

Visualise bien : TOUS tes projets sont tombés à l’eau. T’es tout seul, t’as pas une thune. Le dessein si “intelligemment” élaboré des mois futurs vient subitement de s’effacer. Et à part si tu veux faire de toi une victime de fatales circonstances et de la saloperie humaine en rentrant en France chialer chez ta mère, la seule option qui te reste, c’est de faire confiance à cette intuition qui chuchote timidement au fond de toi (enfin, soyons honnête, avec l’habitude, l’intuition chuchote de plus en plus fort, quand même).

Mais le problème avec la confiance, c’est qu’elle connait pas d’entre-deux. Comme dans les relations humaines, soit elle est inexistante, soit elle est totale.

Et donc, avec le peu de sous qui te restent, tu prends un billet pour l’endroit d’où l'appel est né comme on ferait tapis au poker : ça passe ou ça casse. L’une des façons de dealer avec la vie, c’est de jouer avec elle comme si t’avais rien à perdre. Et peut-être qu’un jour viendra où, à force de le prétendre, ce sera devenu réalité. 

Ça fait des années maintenant que je la joue comme ça et bordel, n’importe quel joueur de poker te dirait que j’ai une sacrée veine de cocu.

Sauf que ça n’a rien à voir avec la chance.

C’est un putain d’état d’esprit.


CHECKPOINT

Parfois je me dis que le meilleur moyen de réaliser qu’on est parvenu à la fin d’un cycle, c’est de disposer d’un checkpoint. Une sorte de nœud spatio-temporel qui te permet de faire le point en checkant dans le rétroviseur, vers l’arrière. En tant que voyageuse, ça m’arrive souvent de marcher dans mes anciennes traces. De croiser les fantômes de celles que j’ai été. Mes reflets et moi, on se regarde à travers le miroir comme le passé et le futur décideraient d’entre-croiser leurs lignes le temps d’une solennelle rencontre.

Des checkpoints, j’en ai pas mal qui jalonnent ma route. Et y a un pays en particulier qui remplit pour moi la fonction de point de référence absolu.

C’est le premier pays où, à 20 ans, j’ai foutu un pied hors de tout ce que je connaissais et dans lequel je ne cesse de revenir depuis, toujours la même mais chaque fois différente. Le fait d’avoir plusieurs paramètres assez forts au sein de ta personnalité, certaines disciplines bien précises dans lesquelles tu t’es engagé corps et âme constitue une précieuse mesure de ton avancement dans la Voie.

Par exemple, être écrivain et ayahuasquera.


LA VIE EST UN FURIEUX ÉTALON

Il me semble que pas mal de gens, par les temps qui courent, manœuvrent leur vie en y apposant leurs intentions. Moi, j’ai le sentiment qu’y a finalement pas grand-chose que je fais d’une façon délibérée. Disons qu’il y a les écrivains qui ne se lanceront jamais dans l’écriture d’une histoire sans plan défini, sans en connaitre à l’avance tous les tenants et aboutissants.

Et puis y a les autres. Ceux qui se laissent entièrement posséder par les muses de l’Inspiration.

Ça fait un bail que j’ai laissé cette autre partie de moi prendre les commandes. Et vu comment ça réussit à ma vie, je lui lâche de plus en plus la bride. Il n’y a qu’une chose que j’attise en continu : le feu sacré de la Volonté. J’ignore ce qui m’attend au détour du chemin. Ça m’intéresse pas de le savoir, parce que je ne compte aucunement m’y préparer.

C’est possible de vivre en n’ayant plus peur de rien. Et le résultat des courses dépasse toujours tes attentes de façon incommensurable. Alors, pourquoi faudrait-il arrêter de jouer avec l’existence comme un enfant ?

La Vie, elle adore ça qu’on joue avec elle. C’est là qu’elle donne le meilleur d’elle-même. C’est dans ces circonstances qu’elle révèle son génie, mobilise sa sagesse, et donc, développe son plein potentiel.

La Vie, elle aime la liberté encore plus fort que toi, et c’est bien dommage tous ces gens qui refusent de lui faire confiance en cherchant à tout contrôler. Comme si le cerveau control freak d’un zombie pouvait faire le poids face à la beauté féroce d’une essence que personne n’a jamais réussi à foutre en cage, ou ne serait-ce que museler.

Quand tu chevauches le plus furieux étalon que la Terre ait jamais porté, l’idée n’est pas de lui tirer sur le mors, perclus d’angoisse existentielle, pour le contraindre à ralentir.

L’idée, c’est de le laisser t’emporter aussi loin et aussi vite qu’il veut en ouvrant grand les yeux sans oublier de respirer.


ACTES SYMBOLIQUES

Et donc, en débarquant ici, j’ai réalisé que j’étais parvenue à la fin d’un cycle parce que ma présence en ces terres était le plus significatif des actes symboliques que ma jeune vie avait jamais posé.

J’ai fait tout ça sans préméditation. Acculée par un bon gros fiasco, j’ai juste répondu à l’appel qui rugissait dans mes entrailles en pariant mes derniers pesos sur une simple intuition. C’est en cheminant sur un sentier qui s’éloignait du village que je l’ai pleinement réalisé. Ou alors, peut-être quand je me suis retenue de pleurer dans le bus, juste avant qu’il me lâche à l’entrée du pont. Ce pont que j’ai franchi à pied. Tel un acte symbolique, une fois de plus.

Ce village, c’est celui où j’ai rencontré Wish, mon ancien maestro, avec qui j’ai bu de l'Ayahuasca pour la toute première fois. La première cérémonie de Travis dans Borderline, c’est ici qu’elle a lieu.

Ce village, c’est celui où je suis revenue dix ans plus tard, après avoir publié mon premier bouquin. Pour retrouver Wish, commencer ma véritable carrière d’ayahuasquera et m’engager dans les diètes de Plantes Maîtresses qui font maintenant entièrement partie de ma vie. C’est ici que j’ai rédigé une bonne partie du Tome 2 de Borderline, alors que je diétais l’Ayahuasca en la buvant trois fois par semaine. C’est aussi ici que Wish m’a fait mon parfum, celui que j’emporte avec moi partout, dans tous mes voyages, et que j’ai empoisonné avec le Tabac récemment. C’est drôle, mais le premier truc que j’ai fait en débarquant ici, c’est de cueillir des branches de cet eucalyptus local que Wish utilisait comme chacapa pour en mettre dans la bouteille de ce parfum. J’ai fait ça sans réfléchir.

Et maintenant, ce village, c’est celui où, 3 ans après la mort de Wish, 4 diètes de Plantes Maîtresses et 5 bouquins publiés plus tard, à 35 ans, je vais finir le dernier tome de Borderline. Ce qui marque, incontestablement, la fin du plus long cycle de ma vie, qui dure depuis plus de 20 ans. Et c’est ici que je vais faire ma première cérémonie d’Ayahuasca solitaire, avec celle que j’ai cuisinée toute seule. L’Ouroboros se mord la queue et repart pour un tour...

Revenir ici boucler ce cycle d’écrivain-ayahuasquera est juste le plus puissant acte symbolique accompli en aveugle que j’aurais réalisé jusque-là.


VACHES MAIGRES, ALCHIMIE ET LÉGENDE PERSONNELLE

Je me demande si le choix des vaches maigres n’est pas celui qui peut être le plus important, le plus déterminant pour un Artiste. Le sacrifice le plus significatif qu'il puisse faire pour son œuvre.

Selon l’étymologie, “sacrifice” veut dire “rendre sacré”.

Certaines personnes se sentent plus en sécurité en vivant un rêve en train de les bouffer toutes crûes plutôt qu’en essayant de dompter et de s’approprier un mensonge. Cette sorte de cauchemar consensuel qu’est devenue la vie humaine.

Quand ton rêve commence à vivre par lui-même, il est possible qu’il t’anéantisse. J’ai lu quelque part que les rêves sont des mythes individuels. Et que les mythes sont des rêves collectifs. C’est exactement de ça qu’il est question.

Quelqu’un qui refuse de rêver dans le même sens que les autres ne peut pas cautionner les mythes qu’ils produisent. Et sa seule alternative est d’engendrer ses propres mythes, devenir le héros de sa propre légende, en transformant sa vie en un rêve perpétuel, et son rêve, en œuvre d’art.

Et si ton œuvre est suffisamment puissante, tu finiras par te perdre en elle. Parce que tu penseras à la nourrir, elle, avant de te nourrir toi-même. Tu te nourriras d’elle de toute façon, autant qu’elle se nourrira de toi. Et peut-être que ta légende continuera d’exister, alors que toi tu seras déjà mort.

Le sacrifice est un des plus sûrs moyens de rejoindre ton île solitaire, où tu es le héros d’un mythe fabriqué par toi et pour toi, et que tu seras probablement jamais que le seul à connaître. Mais j’ai tendance à penser que les actes solitaires accomplis dans le secret d’une conscience sont les plus essentiels, les plus significatifs de la Voie.

Du fric, j’aurais pu en avoir au taquet si je m’étais résignée à faire serveuse encore “juste un dernier été” ou alors si j’avais consenti à sucer la queue de qui de droit disposant d’une certaine pression financière sur moi. Ce qui, en fin de compte, revient au même. Accepter de faire la pute d’un “système” dégueulasse pour en récolter quelques miettes rassurantes sur son compte bancaire et dans le grenier poussiéreux de son esprit.

Au lieu de ça, j’ai préféré prendre un billet pour le Chaos. Sauter à pieds joints dans le désastre, comme dirait Chuck Palahniuk.

En gros, j’ai décidé que F.U.C.K.

J’ai joué tapis sur mon art, foutant tous mes œufs dans le même panier, avançant mes derniers jetons d’un geste fier et nonchalant pour un ultime coup de bluff, tel un bon gros bras d’honneur balancé à la gueule de la supposée toute-puissance du sacro-saint Pognon. Campée fermement dans mes bottes face à l’Apocalypse annoncée par cette machine qui décrète que si tu ne travailles pas pour elle, alors tu travailles contre elle, et qu’elle te le fera payer tôt ou tard d’une manière ou d’une autre…

C’est comme pour la confiance dont je parlais plus haut. Tu ne peux pas croire juste à moitié en toi-même. Soit t’y crois, soit t’y crois pas. Et si t’y crois, alors tu dois aller aussi loin que tu peux (et donc veux) aller. Peu importe à quel point “l’insécurité” menace ton avenir. L’avenir n’existe pas. Le présent est tout ce qui est.

Et si tu es aligné dans le présent, alors, tout va bien, putain.

C’est un truc que j’ai découvert assez récemment. Tant que tu laisses une infime possibilité à ta conscience d’avoir peur, alors, la peur va s’infiltrer en toi et tes croyances te feront faire des choix dictés par celle-ci, et c’est toute ta réalité qui va s’en trouver déformée. En revanche, si tu te laisses aucune porte de sortie de secours vers la “sécurité”, alors, tout ce qui te reste comme option, c’est de te jeter de la falaise pour chuter dans la vie.

Ce qui signifie, donner vie à ton rêve.

Un Guerrier ne moyenne jamais avec lui-même. Il s’agit de la plus forte leçon que j’ai apprise jusqu’ici.

Tout ce qu’on te demande, au fond, c’est d’oser bouger une pièce. Avoir les couilles d’avancer juste un putain de pion. Et ensuite, tu laisses la vie faire le reste. On en revient toujours à cette idée de maîtrise et de lâcher-prise. Comme dans tout art. Comme dans toute discipline.

Celui qui est capable de mixer la maîtrise de son art au lâcher-prise instinctif de l’inspiration est juste l’enfoiré le plus heureux que cette fichue Terre ait jamais porté.

Certains d’entre nous se contentent de rêver d’écrire leur légende et de devenir leur propre héros.

Les autres pratiquent l’Alchimie.

© Zoë Hababou 2023 - Tous droits réservés


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Chamanisme, Gonzo Zoë Hababou Chamanisme, Gonzo Zoë Hababou

Diète de Tabac : Near Death Experience

La douleur dans mon crâne et mon visage se déplaçait en pulsant d’ondes corrosives - quelque chose capable de dissoudre, de bouffer du métal – et descendait à présent dans les os de ma mâchoire. Mais le pire, c’est que le Tabac avait aussi commencé à s’attaquer à mes reins et au bas de mon épine dorsale. Aucune position n’était tenable. Les tentacules de la douleur irradiaient jusque dans mes jambes, dans les os de mes bras. C’est mon squelette entier qu’était dévoré par la fièvre, et tous les os de mon visage...

Récit Gonzo de la rencontre mortelle entre une Écrivain et l’Esprit du Tabac

Diète de Tabac Zoë Hababou Plante Maîtresse

JOUR 1

La veille de la première prise, durant la nuit, j’ai fait un rêve de Tabac. Peut-être parce que j’avais pris soin d’embrasser le bocal où il reposait avant de m’endormir. Ce rêve se passait au centre de medicina où je taffe en ce moment. Des pirates attaquaient la place, et je me cachais derrière la porte de ma chambre entrebâillée, dans l’angle, mon bocal de jus de Tabac à la main.

Je me souviens d’un bateau. Ils arrivaient par le fleuve.

Probablement qu’ils ont fini par me choper, parce que dans la scène suivante, je me trouvais de l’autre côté d’un immense grillage, sur une pelouse à l’herbe rase, avec comme un fort ou une tour de contrôle derrière moi, en compagnie d’autres personnes vraisemblablement heureuses d’être où elles étaient, soulagées. Les pirates se trouvaient de l’autre côté du grillage. Ils ne nous avaient pas abattus. Ils avaient simplement pris le centre pour s’y établir.

Mais moi, j’étais ni heureuse ni soulagée de cette situation. Et bien que tout le monde me disait que j’étais folle de vouloir y retourner, que c’était interdit, j’avais qu’une idée en tête : escalader ce foutu grillage et repasser de l’autre côté. Parce que cette séparation du monde entre pirates / gens biens me débectait, et que s’il fallait vraiment choisir, ces gens biens n’étaient de toute façon pas mon peuple.

C’est donc ce que j’ai fait dès que la foule a commencé à se disperser. Et une fois de l’autre côté, je me suis mise à quatre pattes et j’ai couru avec cette espèce de joie féline que j’associe au sentiment qu’a eu la Panthère en prenant possession de mon corps lorsque j’ai fumé du Bufo au Mexique. Moi, j’en garde aucun souvenir, vu qu’à ce moment-là ma conscience avait quitté mon corps pour fusionner avec la conscience universelle, mais les chamans m’ont raconté que j’avais feulé, marché à quatre pattes, et que je les avais même attaqués en mode furieux.

La lumière était belle, et je galopais comme une panthère.

Rêve, Tabac et Pirates, Zoë Hababou, diète de Plante Maîtresse

Rien de spécial à signaler pour ce premier jour de Tabac. Légère nausée après la prise du matin, mais sans vomir. La belle énergie qui m’animait m’a incitée à nettoyer la maison que je pouvais prendre, et déménager toutes mes affaires dedans. Le truc étrange, c’est que j’étais même pas sûre de vouloir aller y vivre. Au moment où je transbahutais tout, je me suis fait la réflexion que c’était le Tabac qui voulait ça. Que c’était lui qui me disait que je devais m’écarter plus profond dans la jungle sur le terrain, dans un espace plus grand, et plus loin de mon collègue directeur du centre aussi.

En réalité, il m’a fait agir sans même y penser. Je me suis retrouvée à le faire, c’est tout.

JOUR 2

J’ai très bien dormi, ce qui m’a un peu étonnée vu que j’avais entendu que le Tabac provoquait des insomnies, et que j’avais décidé d’en boire un verre le soir aussi. J’ai fait des rêves assez tristes, mais au petit matin j’étais bien. En sortant de la douche, je me suis aspergée de ce parfum artisanal que Wish, mon ancien maestro aujourd’hui mort, m’a fait il y a trois ans, dans lequel je prends soin d’ajouter chacune des Plantes Maîtresses que je diète. En préparant mon bocal de jus de Tabac, j’en avais mis un morceau à macérer dedans. L’idée, en faisant ça, est de se rapprocher toujours plus de sa Plante, de la porter en soi, sur soi.

Deux heures plus tard, vers 9h du matin, j’ai commencé à avoir mal à la tête.

Une douleur poignante, dans les sourcils, les pommettes, les sinus. Et mon corps s’est mis à trembler de froid. Il faisait 40 degrés dehors, comme d’hab. J’ai tout de suite compris que c’était de la fièvre mais ça m’a pas alarmée. Le Tabac est réputé pour provoquer des suées, du mal-être, des migraines, une faiblesse généralisée. Et une certaine confusion mentale aussi.

Puisque son truc à lui c’est la rectitude de la structure physique et la clarté mentale, et que les Plantes Maîtresses commencent toujours par réveiller et exacerber tes troubles pour mieux les foutre dehors, c’est normal que la première phase de la diète te fasse vivre l’inverse des vertus qu’elle est censée offrir.

J’ai été chercher une couverture pour me planquer en dessous dans mon hamac, résolue à souffrir, et j’ai fermé les yeux.

flotter dans le néant en compagnie de l'esprit du Tabac, Zoê Hababou

Rapidement, je me suis rendu compte que l’espace mental où je me trouvais était différent de tout ce que je connaissais. Il était infiniment éthéré, très léger, comme dessiné avec une grande finesse. Vivre en lui revenait à flotter quelque part, dans un lieu intérieur caché dans une strate de ma conscience. Ça parait beau dit comme ça, et dans un sens ça l’était, mais c’était impossible d’en profiter. Parce que la souffrance qui envahissait mon corps devenait de plus en plus violente.

J’ai essayé de l’accepter, d’accepter de l’éprouver comme un enseignement, une épreuve qu’il m’était nécessaire de connaître, et au fond j’y suis plus ou moins parvenue, car je ne luttais pas du tout. Mais la souffrance est la souffrance, et quand on la ressent, elle nous laisse aucune chance de l’oublier. Il n’y aucun endroit où on peut fuir. Tout notre être est focalisé sur elle. Plus rien d’autre n’existe.

La douleur dans mon crâne et mon visage se déplaçait en pulsant d’ondes corrosives - quelque chose capable de dissoudre, de bouffer du métal – et descendait à présent dans les os de ma mâchoire. Mais le pire, c’est que le Tabac avait aussi commencé à s’attaquer à mes reins et au bas de mon épine dorsale. Aucune position n’était tenable. Les tentacules de la douleur irradiaient jusque dans mes jambes, dans les os de mes bras.

C’est mon squelette entier qu’était dévoré par la fièvre, et tous les os de mon visage...

Pourtant, mon esprit parvenait à rester relativement serein au vu des circonstances. Je ne geignais pas, ne grognais pas. Aucune plainte ne s’échappait de moi. La fièvre qui me possédait avait un sens, j’en étais sûre, et même si j’étais pas capable de le comprendre, la foi que j’ai en la medicina me permettait de me livrer à elle avec confiance.

J’ai passé des heures là-bas dans cet espace de clarté mentale qui ressemblait au vide. Une sorte de no man’s land, territoire du néant où la souffrance est partout, mais où l’esprit, Dieu seul sait comment, contemple sa propre lumière…

Et mon Allié humain était là. Il était là, partout.

Et il me parlait.

Impossible de rapporter ici tout ce qu’il a dit durant ces heures et ces heures d’expérience au cœur du rien, mais à aucun moment il ne m’a abandonnée. Qui pourrait dire ce qui était réel et ce qui n’était que la fièvre délirante d’une fille en pleine combustion intérieure ?

Cette histoire d’ancre qu’il avait promis d’être pour moi durant mes diètes, cette idée d’épée insérée dans ma colonne vertébrale, que j’étais en train d’expérimenter (sauf que cette épée, on était en train de me la faire passer dans le mauvais sens, la croix au niveau des reins et la pointe fichée en plein dans la moelle épinière), de même que cette expérience d’un Animal de Pouvoir qu’il avait eue dans les os et dans le visage, qui pourrait dire dans quelle mesure j’ai apposé nos idées sur ce que je vivais, pour trouver une justification à cette atroce douleur, trouver moyen d’y survivre en lui collant une signification, ou bien si, depuis le début, lui et moi on savait ce qui m’attendait grâce à je ne sais quelle stupéfiante faculté suprasensorielle ?

Les heures passaient et l’armure que le Tabac forgeait à même mon visage, comme s’il coulait de l’acier sous ma peau, et cette épée qu’il me rentrait par la garde depuis le coccyx jusqu’à la nuque faisaient irradier tout mon être d’une souffrance telle qu’aucun son ne sortait de moi.

Le pire, c’est qu’on était censés prendre de l’Ayahuasca avec mon collègue le soir-même, et qu’aussi fou que ça puisse paraître, j’avais pas encore dans l’idée d’y renoncer. L’Ayahuasca peut parfois faire des miracles au niveau de la souffrance, en évacuant d’un coup tout ce qui déconne après t’avoir fait comprendre de quoi il s’agit. C’était à peu de choses près le seul espoir que je nourrissais, même si la simple idée de boire la Plante ce soir-là me donnait des envies de meurtre.

J’ai fini par ramper jusqu’à mon lit, dans ma maison. Il devait être 16h. Malgré tout ce temps passé dans mon hamac, j’avais pas dormi une seule seconde, oscillant entre tentatives de lecture de La Pierre et le Sabre et escapades dans le néant en compagnie de mon Allié.

Une fois dans mon lit, les choses ont pris un tour encore plus étrange.

J’ai vu l’esprit du Tabac.

Cet être noir, immense, fondamentalement pur.

Il me parlait de guérison tout en semblant soigner des organes de mon corps en les faisant transiter par le sien pour les purifier. Je me souviens en particulier du cas de mes poumons. Il les a retirés, tout noirs, de ma poitrine, afin de les placer dans la sienne. Puis il me les rendus et ils étaient comme neufs (quelques jours plus tard, j’ai réalisé que cette méthode de guérison est largement employée dans plusieurs traditions chamaniques. Les guérisseurs opèrent sans instruments et sans anesthésie, tels des chirurgiens cosmiques, et retirent les organes malades du corps des patients pour les nettoyer, avant de les leur remettre dedans).

Mais surtout, il me parlait de la mort.

J’ai alors vu la possibilité que je meure ici dans la jungle. J’ai vu comment ma mère contactait mon Allié pour savoir pourquoi elle n’avait plus de nouvelles de moi. Je l’ai vu lui apprendre que j’étais morte. C’est là que j’ai compris que l’arrivée de ma mort était réelle.

J’ai ouvert les yeux en réalisant enfin ce que j’avais fait.

La nicotine est l’un des plus violents poisons au monde. Quand on la boit ou qu’on la fume, le corps arrive à la dégrader.

Mais pas quand on l’applique sur la peau.

Et moi, je m’en étais arrosée à fond la caisse le matin-même.

J’ai foncé voir mon collègue pour lui dire la connerie que j’avais faite. Il m’a bien évidemment engueulée, puis j’ai couru sous la douche. En revenant vers lui après, il a pris ma température et mon rythme cardiaque. J’avais plus de 39 de fièvre et le pouls à 110.

Il était 19h quand je me suis enfin douchée. J’avais souffert pendant dix heures, et c’était pas fini. Mais j’avais à présent un torchon plein de glace sur la tête, au minimum, et le corps enfin rincé du poison.

De toute façon, même si j’avais dû y passer, y avait pas grand-chose qu’on aurait pu faire. Avec cette pluie qui ne cessait de tomber, la route était impraticable en moto (seul véhicule dont on dispose), et pour se rendre à Iquitos en bateau, ça prend quatre heures. Je pouvais même pas prendre de paracétamol pour faire baisser la fièvre. D’une, parce que j’étais en diète et que c’est super dangereux de prendre des médocs pendant. De deux, parce que je crois à l’intelligence du corps qui a de bonnes raisons de maintenir la fièvre pour brûler le poison, et que je voulais pas aller contre sa sagesse. De trois, si je devais crever par le Tabac, qu’il en soit ainsi.

De toute façon, même après avoir réalisé ma bêtise, je pouvais pas m’empêcher de penser que tout était à sa place. Je suis extrêmement sérieuse avec les Plantes Maîtresses. Je respecte toujours mes diètes. Ça me ressemble vraiment pas d’avoir fait cette connerie, surtout qu’on en avait parlé la veille avec mon collègue, de ne jamais appliquer de nicotine directement sur la peau. Et pourtant j’avais foutu ce putain de morceau de Tabac en toute naïveté dans cette saleté de bouteille de parfum. De mon point de vue, y avait forcément une raison pour ça.

Le Tabac me voulait en mode hardcore, voilà tout.

Naturellement, on a annulé la cérémonie (il n’y avait aucun client au centre depuis notre arrivée, et il n’y en aurait pas avant le mois de juillet, donc on se gérait comme on voulait), et on a décidé que je dormirais dans la chambre de mon collègue, au cas où je crevais durant la nuit.

L’écouter me raconter comment le poison neurotoxique de la nicotine attaquait mes nerfs (ce qui expliquait la souffrance dans mon visage) et comment mes pauvres reins essayaient de le filtrer m’aidait pas des masses à me détendre, car je craignais des séquelles irréversibles. Et puis ça remettait aussi en cause les enseignements que j’avais cru recevoir au sujet de l’armure dans mon visage et de l’épée dans mon dos, sans compter la présence de mon Allié et celle de l’esprit du Tabac qui, en définitive, pouvaient n’être qu’un délire dû à la fièvre.

Mais y a toujours plusieurs niveaux lectures aux événements, pas vrai ?

Il n’y a pas de hasard.

Et TOUT est réel.

J’ai réussi à dormir, même si je me suis réveillée plusieurs fois dans la nuit pour aller pisser et surtout éliminer le poison, je pense.

Ce qui me faisait le plus de peine, c’est d’avoir rendu le parfum que Wish m’a fait rien que pour moi il y a si longtemps, dans lequel il a si souvent chanté ses icaros, mis des arcanes (protections) et aussi tout son amour et toute son énergie, inutilisable. Ce parfum, je l’emporte partout avec moi, j’y ai ajouté toutes les Plantes que j’ai diétées, c’est ma protection et mon pouvoir… Et maintenant voilà, c’est devenu un poison.

Mais y a un truc drôle, vous savez. Tout comme la nicotine, le venin du cobra est neurotoxique. Et ça me ramène à une réflexion que j’ai eue y a pas longtemps en découvrant que pour traiter le manque dû à l’addiction à l’héroïne, le venin de cobra fonctionne bien, apparemment.

Comment j’ai fait pour prendre de l’héro pendant trois ans sans vraiment devenir accro ? Et comment j’ai fait pour survivre au poison mortel de la nicotine alors que c’est l’un des pires au monde ?

Je suis un Cobra. Je crois que mon propre venin me protège des autres poisons. Peut-être que c’est ça aussi, transmuter le poison en médecine, l’un des thèmes centraux de mon apprentissage…

Quoi qu’il en soit, je dispose maintenant d’une bouteille de poison neurotoxique mortel, tout comme le cobra possède le sien.

Intéressant, n’est-ce pas ?

 

JOUR 3

Mal de tête disparu. J’ai bu mon verre de Tabac le matin-même, parce que malgré les événements de la vieille, hors de question d’interrompre ma diète. Toujours de la douleur dans les reins et la colonne vertébrale. Très faible, très fatiguée.

Nouveau verre de Tabac avant de dormir.

JOUR 4

Douleur dans le dos disparue, mais ma jambe droite me fait mal. C’est à cause de la sciatique, truc héréditaire qui me fait pas vraiment chier dans la vie de tous les jours, mais qui a tendance à se manifester quand je tire trop sur la corde. Je me suis dit que le Tabac était en train de la soigner.

Il devenait de plus en plus évident qu’il s’attachait à rectifier ma structure physique. En revanche, il est intéressant de noter que contrairement à ce que j’avais pu lire, je n’ai connu aucune confusion mentale, même durant la fièvre. Ce travail-là, je l’ai fait l’an dernier, lors de ma diète d’Ayahuma. Et depuis ma prise de Bufo, mon mental est incroyablement silencieux.

J’ai bu de l’Ayahuasca ce soir-là, après avoir repris un verre de Tabac. Entrer dans les détails serait long et bien trop personnel, alors je vais me contenter de pointer les éléments importants.

Le monde du Tabac est noir et or.

Quand son esprit est arrivé dans la cérémonie, je l’ai senti dans tout mon visage. Il est entré dans les mêmes os qui m’avaient tant fait souffrir. Mais cette fois-ci, ça me faisait plus du tout mal, bien au contraire…

Après avoir forgé l’armure dans mon visage, il la faisait maintenant étinceler, comme s’il la polissait tout en douceur, vérifiait que tout était en place, solide, prêt à renvoyer la lumière. J’ai adoré ça.

Quelque chose au niveau des épaules. J’ai pris conscience de la puissance de mes trapèzes. Mes épaules pesaient lourd, lourd de muscles, mais surtout de la responsabilité qui m’incombe désormais, en tant que chevalier servant du Tabac. C’est l’idée qui m’est venue.

Après la cérémonie, c’est comme si je sortais de l’ostéo. Mon squelette était tout fragile, comme s’il avait besoin de s’habituer à sa nouvelle réorganisation. Et puis, j’étais en putain de chute de tension. Je tenais pas debout. J’ai manqué m’évanouir à plusieurs reprises.

JOUR 5

J’ai dormi dix heures. Je me suis sentie faible et vaseuse toute la sainte journée.

JOUR 6

Je sentais que c’était le dernier jour de la diète, mais pour en être sûre, je devais vérifier auprès du Tabac en personne. Donc, j’ai fait une cérémonie d’Ayahuasca. De nouveau, voici les éléments fondamentaux.

Quand le Tabac s’est pointé, j’ai aisément reconnu son monde. Étrangement, je ne le trouve pas beau, son monde. Ce noir et cet or qui semblent se marier vraiment mal, cette violence latente qu’on sent derrière, la puissance effarante qui se dégage de lui, sont difficiles à supporter, comme si c’était démesuré pour un être humain.

Mon corps avait beaucoup de mal à l’accepter, si bien qu’au bout d’un moment, il a commencé à se tordre dans tous les sens, avec une pesanteur dans les épaules qui le clouait au sol, comme si la gravité avait doublé. Mais le Tabac m’a appuyé sur la tête tout en me disant que j’avais fait du bon boulot, qu’il était fier de moi. Qu’il m’avait bien rectifiée.

Les chamans ont ce geste parfois. T’appuyer sur la tête pour faire entrer la medicina en toi et colmater tes canaux.

Mais c’était dur, et c’est finalement mon Cobra qui m’a sauvé la mise en se glissant en moi. Je me suis mise à siffler, à cracher des flèches avec ma voix, à vibrer et à me secouer comme les sonnettes d’un serpent, tandis que mes jambes étaient crochetées l’une à l’autre comme si mon corps de reptile s’accrochait aux branches d’un arbre.

Il m’a aidée à gérer cette passation de pouvoir inhumaine que le Tabac me faisait subir.

Le Tabac m’a dit qu’il allait me rendre mon énergie. Que je pourrais revenir le rencontrer plus tard, afin d’aller plus loin avec lui, dans son monde, mais qu’il était désormais mon ami.

A la toute fin de la cérémonie, une marée noire de fumée opaque et tourbillonnante m’a enveloppée tout entière, se diffusant principalement dans mon ventre.

Et à présent, je la vois à chaque nouvelle cérémonie d’Ayahuasca. Elle est en moi et tout autour de moi. Apparemment, même les autres peuvent la sentir. On me dit que je pue la fumée à plein nez, encore pire que d’habitude !

C’est le Tabac. Il forme un nuage qui fait partie de moi.

A présent, je dois apprendre à l’utiliser comme arme et comme bouclier.

Vous pigez maintenant, quand je vous dis que la medicina amazonienne, c’est une putain de Voie du Guerrier ?

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La Voie du Guerrier

On raconte que quand tu commences à vibrer avec assez de puissance sur une nouvelle fréquence, ta réalité commence à se mettre au diapason… et donc à amener vers toi des personnes qui surfent sur la même longueur d’onde. C’est ce qu’il s’est passé entre Brice Amiot et moi. Deux Samouraïs au regard aigu et au sabre aiguisé qui auraient pu s’étriper sur un champ de guerre en d’autres circonstances, mais qu’ont eu la bonne idée d’échanger les livres qu’ils avaient écrits, en tombant réciproquement amoureux… de la fureur de vivre de l’autre ! Un qui opère dans la pratique et l’enseignement traditionnels des Arts Martiaux. L’autre qui traficote dans le domaine de la Medicina traditionnelle amazonienne. Lui et moi, on était faits pour devenir Alliés. C’est donc naturellement qu’on s’est mis d’accord pour s’attaquer à ce thème qui gouverne entièrement nos vies : La Voie du Guerrier.

On pourrait se dire qu’être un Guerrier à l’heure actuelle n’a plus aucune putain de signification.

Alors, certes, le terme “guerrier de lumière” est pas mal employé, mais c’est bien souvent pour combler un trou béant dans les tripes de celui qui l’emploie, sorte de poudre aux yeux qu’on balance en espérant vaguement que les paillettes scintilleront suffisamment fort pour masquer l’absence de véritable lumière de celui qui te les jette à la gueule.

Pourtant, aussi désuet que ça paraisse, moi, j’y crois toujours, au Guerrier. Peut-être même plus fort que jamais. Ouais, on est comme ça, nous les artistes. Suffit qu’on mate Ghost Dog ou qu’on lise Castaneda pour s’enflammer avec des idéaux que plus personne n’a le souci de porter. Et encore moins fièrement.

Plus personne, vraiment ? On raconte que quand tu commences à vibrer avec assez de puissance sur une nouvelle fréquence, ta réalité commence à se mettre au diapason… et donc à amener vers toi des gens qui surfent sur la même longueur d’onde.

C’est exactement ce qu’il s’est passé entre Brice Amiot et moi. Deux Samouraïs au regard aigu et au sabre aiguisé qui auraient pu s’étriper sur un champ de guerre en d’autres circonstances, mais qu’ont eu la bonne idée d’échanger les livres qu’ils avaient écrits, en tombant réciproquement amoureux… de la fureur de vivre de l’autre !

Un qui opère dans la pratique et l’enseignement traditionnels des Arts Martiaux. L’autre qui traficote dans le domaine de la Medicina traditionnelle amazonienne.

Je vous le fais pas dire. Lui et moi, on était faits pour devenir Alliés.

C’est donc naturellement qu’on s’est mis d’accord pour s’attaquer à ce thème qui gouverne entièrement nos vies : La Voie du Guerrier.

Et j’ai comme dans l’idée que la série d’interviews de ce mec, réunies ici en 4 vidéos, pourrait éveiller dans vos cœurs la force guerrière qui sommeille en eux…

Le Feu Sacré, ça vous dit quelque chose ? Voilà de quoi le réanimer.


LE GUERRIER

Qu'est-ce qu'un Guerrier ? En quoi consiste la discipline spirituelle ? Comment atteindre la réalisation personnelle ? Et si la vie était une série d'épreuves initiatiques destinées à nous faire évoluer ?

Les questions posées à Brice Amiot

  • Qu'est-ce qu'un Guerrier ?

  • Déconstruire une partie de soi.

  • Comment se reconnecter à son corps pour entrer en harmonie avec la Nature ?

  • Une discipline spirituelle.

  • La vie est-elle un chemin constitué d'épreuves initiatiques ?

  • Un Guerrier a-t-il besoin d'un maître ?

  • Un Guerrier combat-il le Mal ?

  • Transformer le Mal en énergie qui nourrit le Bien.

  • Quelle est la valeur de l'expérience personnelle ?

  • L'intention n'est pas une réflexion, c'est une conviction.

  • Qu'est-ce que la réalisation personnelle ?

  • La Voie du Guerrier est-elle Une ?


LES IMPLICATIONS DE LA VOIE

A quoi doit se préparer celui qui s'engage dans la Voie du Guerrier ? Quelles qualités et quelles valeurs doit-il incarner ? Quelle est la place de la volonté dans cette quête ? Et si l'unique adversaire du Guerrier n'était personne d'autre que lui-même ?

Les questions posées à Brice Amiot

  • Quelle place accorder à l’ascèse dans la Voie du Guerrier ?

  • Quelles sont les valeurs fondamentales d’un Guerrier ?

  • La volonté.

  • La différence entre se fixer sur ce qu’on veut obtenir et travailler à ce qu’on veut être.

  • L’isolement est-il indispensable à la connaissance de soi ?

  • Comment un Guerrier gère t-il correctement ses émotions ?

  • La colère !

  • Un Guerrier doit-il se défier lui-même ?

  • La responsabilité.

  • Que signifie “apprendre à mourir” ?

  • Et si le seul véritable ennemi du Guerrier était finalement… lui-même ?

  • Bonus enregistré hors interview !


ÊTRE UN GUERRIER MODERNE

Agir en tant que Guerrier dans le monde d'aujourd'hui, qu'est-ce que ça veut dire ? Un Guerrier actuel est-il fatalement subversif ? Son éthique le condamne t-il à mener une lutte solitaire ? Et si chacun s'engageait sur la Voie, quels changements seraient opérés dans le monde ?

Les questions posées à Brice Amiot

  • Que signifie être un Guerrier dans le monde moderne ?

  • Obéir à la morale ou suivre son éthique ?

  • Y a-t-il de plus en plus de gens qui se dirigent vers la Voie du Guerrier ?

  • Se définir par ce qui nous anime plutôt que par ce qui nous accable.

  • Comment se reconnecter à son feu sacré intérieur ?

  • Être un Guerrier moderne condamne t-il à la solitude ?

  • Si chacun suivait la Voie du Guerrier, à quoi ressemblerait le monde ?

  • La révolution intérieure n’est-elle finalement pas la seule révolution en mesure de changer le monde ?


QUESTIONS FUN AU GUERRIER !

Qu'est-ce que le QI ? Comment parvenir à cette impressionnante maîtrise du corps dont font preuve les artistes martiaux ? D'où viennent les styles animaliers qu'on observe dans le Kung Fu ? Et surtout... que voulait dire Bruce Lee avec son "sois comme l'eau" ?

Les questions posées à Brice Amiot

  • Comment se fait-il qu'un Guerrier s’intéresse à Carlos Castaneda ?

  • L’Iboga dans la tradition du Bwiti !

  • La différence entre drogues de synthèse et plantes sacrées.

  • Qu’est-ce que le QI ?

  • La vérité sur Shaolin.

  • Comment arriver à la parfaite maîtrise de son corps à travers les Arts Martiaux ?

  • Le Kung Fu des animaux !

  • Parallèle entre les enseignements martiaux et le chamanisme.

  • Les styles animaliers.

  • L’Homme et la Nature.

  • Les neurosciences.

  • S’identifier à la Nature.

  • Le Serpent !

  • BRUCE LEE !!!!!

  • Sois comme l’eau…

  • Que signifie “emprunter la force de l’adversaire”, “accompagner”, dans les Arts Martiaux et dans la vie ?

  • La philosophie des Arts Martiaux est-elle encore honorée aujourd’hui ?

  • En tant qu’enseignant d’art martial, comment diriger ses élèves vers la véritable essence du truc ?

  • L’effet des VRAIS Arts Martiaux sur les élèves !

  • Analyse d’un étrange combat…

  • Les 3 grandes géométries des Arts Martiaux : le cube, la sphère et la pyramide.

  • Le livre “Esprit Martial”.

  • Les ouvrages conseillés par le Guerrier !



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Wanted, Philo Zoë Hababou Wanted, Philo Zoë Hababou

Wanted Dead or Alive : Brice Amiot, Artiste Martial engagé dans la Voie du Guerrier

Ce type, il parle de la vie comme d’un maître, du mal dont tu peux dompter l’énergie afin de le transmuter en bien. Il voit chaque souffrance comme une épreuve initiatique, t’apprend comment exprimer tes émotions par le corps, comment devenir responsable de ta propre réalité. Il compare l’ego à un logiciel informatique malveillant et te chuchote que les Guerriers sont ceux qui décident d’entrer dans la machine pour la déprogrammer. Il ose redonner sa légitimité à l’expérience personnelle, en rétablissant le vivant qui circule à l’intérieur de toi comme seule vérité. Il évoque la vraie force, aussi. Celle qui te permet d’employer l’énergie des choses néfastes pour nourrir le changement positif que tu veux voir se produire. Cette force qui peut faire de toi un être indestructible, car capable de tout accepter. Et enfin, il parle de l’intention. De cette conviction qui t’habite lorsque tu décides de devenir enfin ce que tu rêves d’être. Jusqu’à ce que chaque cellule de ton âme en soit imprégnée et que tu parviennes… à la totale réalisation de toi-même. Ce mec dont je cause, ce qu’il fait, en réalité, c’est de rendre son pouvoir à l’être humain.

Fallait que je trouve quelqu’un à qui m’adresser. Ce truc du Guerrier m’obsédait depuis trop longtemps, mais je savais pas par quel bout l’attaquer. Moi-même évidemment je me sentais l’âme d’une Guerrière, et quand on connait un tantinet le terrain que je pratique, pas besoin d’avoir inventé l’eau chaude pour capter que l’Ayahuasca en mode traditionnel, c’est carrément une Voie du Guerrier. Mais c'était pas assez pour oser me colleter à ce thème foutrement vaste en pleine légitimité.

Et puis je suis tombée sur un mec. Un maestro d’Art Martial. Du style traditionaliste.

Une seule vidéo de lui m’a suffit. J’ai su que j’avais trouvé celui qu’il me fallait.

Ce type, il parle de la vie comme d’un maître, du mal dont tu peux dompter l’énergie afin de le transmuter en bien. Il voit chaque souffrance comme une épreuve initiatique, t’apprend comment exprimer tes émotions par le corps, comment devenir responsable de ta propre réalité.
Il compare l’ego à un logiciel informatique malveillant et te chuchote que les Guerriers sont ceux qui décident d’entrer dans la machine pour la déprogrammer.
Il ose redonner sa légitimité à l’expérience personnelle, en rétablissant le vivant qui circule à l’intérieur de toi comme seule vérité.
Il évoque la vraie force, aussi. Celle qui te permet d’employer l’énergie des choses néfastes pour nourrir le changement positif que tu veux voir se produire. Cette force qui peut faire de toi un être indestructible, car capable de tout accepter.
Et enfin, il parle de l’intention. De cette conviction qui t’habite lorsque tu décides de devenir enfin ce que tu rêves d’être. Jusqu’à ce que chaque cellule de ton âme en soit imprégnée et que tu parviennes… à la totale réalisation de toi-même.
Ce mec dont je cause, ce qu’il fait, en réalité, c’est de rendre son pouvoir à l’être humain.

Son nom, c’est Brice Amiot.

Et putain, il va te fracasser la tête.

Quand Brice Amiot affûte ton être comme un sabre en déployant son ardente vision du Guerrier

L'interview de Brice Amiot par Zoë Hababou

Cette interview est la version écrite de la série de 4 vidéos réalisées en duo avec Brice Amiot, La Voie du Guerrier.

On a décidé de la publier ici parce qu’elle constitue un parfait Manuel du Guerrier.


PRÉSENTATION DE BRICE AMIOT

Bon, soyons clairs, Guerrier : toi et moi, on se serait jamais croisés si t’avais pas eu la bonne idée d’écrire des livres. C’est marrant, c’est un truc qu’on retrouve dans pas mal d’ouvrages de samouraïs, justement ; cette idée que l’Art du Sabre doit s’allier à celui de la Plume pour transformer le monde (et probablement aussi celui qui tient le sabre dans une main et la plume dans l’autre). C’est d’ailleurs l’une des choses qu’on a en commun, nous deux. Parler de nos pratiques guerrières à travers des livres. Celui sur lequel je me suis basée pour faire cette interview, c’est Esprit Martial, dont je propose pas mal de citations à la fin de notre rencontre. Je me doute qu’il serait fastidieux pour toi de revenir ici sur ta longue (et pour tout dire époustouflante) carrière, mais y a pas le choix. Faut que tu te présentes. Faut que les gens sachent à qui ils ont affaire, et pourquoi t’es qualifié pour t’attaquer avec moi au thème de la Voie du Guerrier. Je sais pas, parle-nous de l’école que t’as créée, de ce qui te pousse à écrire des livres, de la raison pour laquelle ce thème du Guerrier est si important pour toi… Je t’écoute. Bon courage.

OK Guerrière, je vais tenter de me présenter mais pas en te faisant le traditionnel CV qui viendrait énumérer mes compétences ! Je vais plutôt te raconter comment aujourd’hui, j’en arrive à amorcer un virage assez serré dans la pratique et l’enseignement des Arts Martiaux. Cela me semble beaucoup plus pertinent pour mettre en lumière ce qui m’anime lorsque j’aborde à tes côtés le sujet de la Voie du Guerrier.  

Beaucoup de tes lecteurs reconnaîtront sûrement qu’ils sont à la fin d’un cycle de vie qui fut nourri par une certaine conscience qu’ils ont aujourd’hui totalement dépassée. Peut-être que comme toi et moi, ils ont traversé certaines épreuves et acquis certains enseignements qui ont changé leur vision d’eux-mêmes et du monde. Si c’est le cas, ils sentent inévitablement que cette transmutation les amène à s’inscrire dans un nouveau processus de réalisation ou, en d’autres termes, dans une nouvelle quête. Ils ont alors un regard bienveillant sur les éléments de leur passé qui ont contribué à leur croissance spirituelle mais il se peut qu’ils soient encore en train de travailler à balancer des coups de hache dans certaines attaches que la vie leur demande de rompre. Le nouveau ne fait pas de concessions : « On ne met pas de vin nouveau dans de vieilles outres… ». 

Rompre ses anciennes attaches à coup de hache

Il me semble en effet que l’époque actuelle fait l’office d’une charnière à l’échelle de l’humanité et que nous sommes nombreux à avoir l’impression que notre âme (ou notre Soi si je me réfère au travail de Jung) a décidé de nous foutre la pression afin que notre incarnation lui soit à présent totalement dédiée. Elle le fait en nous montrant que le chemin que nous avons parcouru jusqu’ici était un apprentissage et qu’à présent il va falloir non seulement apprendre quelque chose de totalement différent pour équilibrer notre Être, mais qu’il va surtout falloir se mettre à appliquer les leçons reçues.

Elle exige un acte de foi, un saut dans le vide pour que nous puissions découvrir nos réels pouvoirs et prendre un nouveau départ. Elle nous met au défi mais elle le fait en nous donnant les armes nécessaires pour les relever. À nous d’avoir le courage de saisir ces armes, de nous exercer à les manier avec dextérité et à affronter, grâce à elles, ce ou ces défis avec foi, sagesse et courage.  Notre âme nous veut totalement libre et disposé à la servir : le moi au service du Soi ! Elle nous montre notre Voie sous la forme d’une trame reliant les évènements de notre vie et cela en leur donnant un sens. Puis elle nous donne le choix d’en faire une légende, d’accomplir une destinée. Si nous y consentons cette voie devient ce que j’appelle “la Voie du Guerrier”. 

Je suis de ceux qui sont persuadés qu’une existence n’est rien d’autre qu’un grand processus alchimique. Nous y subissons de grandes étapes de transmutation destinées à nous détacher d’une certaine conception limitée de nous-même. Ainsi, nos incarnations nous permettent d’avancer vers une réalisation complète de notre essence divine : le Soi.  

Celui qui, dans une de ses existences, choisit d’accompagner consciemment ce détachement du “petit moi” devient donc un Guerrier. Un Guerrier qui, sous l’appel du Soi, a le courage de s’attaquer aux armées du moi dont les soldats sont nommés Pensées, Croyances, Peurs, Désirs, Sentiments, Mémoires Ancestrales, Blessures, Conventions, Système, etc...

À l’heure où je t’écris, je me demande si finalement, ce n’est pas la Voie du Guerrier qui nous choisit. Je me demande si elle ne vient pas inévitablement s’imposer à nous au cours d’une de nos incarnations parce que le moment est venu pour notre âme de se révéler à travers l’archétype du Guerrier ou celui du Héros, mais ce n’est pas le propos du jour. Tu me demandes d’avoir un regard sur mon parcours et je vais à présent pouvoir te le livrer à travers le prisme de cette vision de l’existence que je viens de te décrire.

Ce prisme je le chéris car il me permet de donner un sens à ma vie, aux épreuves et aux cadeaux qu’elle m’a offerts, aux rencontres qu’elle a mises sur ma route, aux passions et aux vocations qu’elle a suscitées. Ce prisme m’amène à me dire que rien n’arrive par hasard et que nous servons le plan d’un grand architecte en charge de mener l’humanité vers sa source.   

C'est la Voie du Guerrier qui nous choisit

Mon attirance vers les Arts Martiaux s’est forgée dans la croyance qu’il existe une lutte entre “le Bien et le Mal”, entre la lumière et les ténèbres, entre des gentils et des méchants… Fils d’un Père flic et d’une Mère travaillant dans la Justice, je te laisse imaginer à quel point le terreau de mon enfance était propice à ce qu’émergent en moi de tels concepts. L’image du puissant héros défenseur des faibles face aux injustices commises à leur encontre par de cruels oppresseurs était celle à laquelle je choisis instinctivement de m’identifier et dès mon plus jeune âge, il me parut crucial d’acquérir des compétences en matière de lutte contre “le Mal”. Je souris en évoquant cette réalité, Guerrière, mais tu vas te rendre compte que cette croyance, qui peut se révéler extrêmement nocive pour soi-même et les autres, peut également devenir le moteur de grandes réalisations. 

Donc, à la base de ma conception de la vie résidait un combat. Forcément, étant donné que nous créons notre réalité, les combats et les injustices ne se sont pas fait attendre et mon enfance a très vite été marquée par de sombres évènements. En effet, mon Père fit l’objet de pressions politiques dans l’exercice de ses fonctions de commissaire divisionnaire au sein de la Police d’une commune du Val d’Oise et sa prise de position en faveur de ce qui lui semblait juste valut à notre famille d’être menacée. Un grand processus de destruction bien vicelard comme savent les mettre au point les Hommes avides de pouvoir s’enclencha autour de la nécessité d’éliminer un homme gênant et mon Père sombra dans une profonde dépression avant d’être tué par le poids des attaques incessantes dont il était la cible. J’avais alors sept ans.

On dit qu’on constitue la base de sa relation au monde dans les sept premières années de sa vie. Me voilà donc parti avec un bagage bien lourd rempli de l’idée que le monde des Hommes est dangereux car il y règne massivement des êtres sombres, corrompus et malveillants, que ces êtres m’ont pris mon Père, que je suis seul pour me défendre et défendre ma Mère. Bienvenue en enfer ! 

La Nature, refuge du jeune Guerrier

Dès lors, la nature devient mon refuge. Je suis un enfant solitaire errant la plupart du temps dans les profondes forêts vivantes qui bordent la propriété que mes parents avaient achetée. Les arbres et les animaux deviennent mes compagnons de jeux ou plutôt d’entraînement car je n’ai qu’une seule idée en tête : devenir fort.

Mes moindres actions sont dictées par la volonté d’être capable de me protéger, d’incarner les nobles valeurs que mon éducation m’avait inculquées et par celle de me tenir loin de la noirceur des Hommes. Le problème, c’est que je rencontre cette noirceur partout car elle est ancrée en moi : on voit ce qu’on croit. À l’école je n’ai que très peu de camarades de mon âge, en dehors je suis seul ou je traîne dans les pattes de tout un tas “d’anciens” des campagnes qui m’apprennent des trucs d’anciens remplis de bon sens, de magie et de connaissances des lois de la nature. Je suis déjà en train d’apprendre ce qui constitue aujourd’hui le cœur de mon enseignement. 

Le combat continue et la vie m’arrache à mes racines : je pars vivre chez ma Grand-Mère maternelle dans le Pas-de-Calais. Ce fut de belles années qui me permirent d’être complètement bercé par la sagesse de tout un tas de personnes âgées aimantes et bienveillantes qui constituaient mon entourage proche. L’une d’entre elles fut mon premier professeur d’Arts Martiaux. Un homme discret et profondément bon qui s’occupait de son jardin lorsqu’il n’enseignait pas le Judo. Et son jardin était juste au bout de celui de ma Grand-Mère.

Autant te dire que cet homme patient et d’une profonde sagesse avait souvent un petit pot de colle nommé Brice aux miches lorsqu’il foutait le nez dehors. Et lorsqu’il se rendait dans son Dojo, j’y était également car forcément, les Arts Martiaux se sont révélés comme incontournables dès lors que leur existence fut portée à ma connaissance. Ma Mère n’hésita pas à financer mes cours jusqu’à ce que je sois moi-même en capacité de les payer et mes professeurs d’Arts Martiaux sont devenus mes Pères de substitution. Chacun d’entre eux a développé en moi des qualités ou inspiré des quêtes de compétences. Ils ont tous façonné ma vie en parallèle de deux autres sources d’inspiration : le cinéma et la littérature. Si le cinéma continuait à nourrir le misanthrope assoiffé de justice, de droiture et bouillant du désir de punir le “déviant”, la littérature, elle, commençait à m’apporter d’autres visions des buts de la pratique des Arts Martiaux.  

Mon adolescence prit alors une espèce de double direction. Je devais à la fois aller au bout de ma quête de force mais commencer également à envisager que ce que j’entendais être un homme fort n’était qu’un petit aspect très éphémère du thème de la force humaine. J’étais aussi invité à me poser quelques questions au sujet de ma réalité. Mais tu sais comme moi que c’est lorsqu’on est allé au bout d’une idée que celle-ci peut laisser place à une autre.

J’ai donc continué à pratiquer différents Arts Martiaux, sports de combat et méthodes de self défense dans le but quasi unique d’affronter ce monde si dangereux. Je m’entraînais chaque jour avec ferveur et enthousiasme, alimenté par la passion et la fougue juvénile, toujours plus exigeant envers moi-même mais aussi envers les autres par extension. Bref, s’ouvrait à moi le programme idéal pour devenir un connard violent, intolérant, prétentieux, rigide, semeur de haine et de désastres comme il y en a des masses aujourd’hui dans le monde du sport d’inspiration martial mais en même temps, la vie m’empêchait de tomber dans ce piège.

L’intérêt que je nourrissais de plus en plus pour les dimensions subtiles de l’être constituaient un garde-fou et me ramenait vers une certaine tempérance dans mes actes et mes pensées. Si jamais je transgressais une certaine éthique, je me prenais dans la foulée une leçon à la hauteur de la transgression. Je devais “filer droit” et rester un minimum dans la lumière, c’est-à-dire dans la reconnaissance qu’il n’y avait pas que des ennemis autour de moi et cela jusqu’à ce que je comprenne que le seul véritable ennemi était à l’intérieur de moi-même, semé dans mon programme interne (classique, me diras-tu). Malheureusement ce n’est pas à l’adolescence que je l’ai compris mais plus tard.

Entre-temps, cet ennemi, se sentant menacé, s'est tapi dans l’ombre au fond de mes entrailles pour prendre de la force tout en faisant croire qu’il n’existait plus. Pourquoi s’est-il senti menacé ? Parce que j’avais beaucoup d’amour autour de moi. L’amour d’êtres humains sages, d’amis sains, d’animaux de compagnie incroyablement ressourçants. Je m’ouvrais de plus en plus aux autres et les écoles martiales que je fréquentais me donnaient en plus, des frères et des sœurs investis des mêmes recherches de beauté dans les relations. 

Quand le Samouraï tombe dans la violence et la soif de force brute

Cette transmutation interne a créé les conséquences d’une transmutation externe. J’ai dû quitter le nord de la France pour descendre dans le sud à l’âge de 16-17 ans. J’ai eu la conviction d’arriver chez moi en mettant le pied sur ce sol “inconnu de cette vie” : une impression de retour. Tout m’était familier. Mon idée du monde n’était plus aussi sombre et je créais des conditions de vie épanouissantes mais j’avais toujours soif de combattre. Mon ego le souhaitait. Je me sentais capable d’affronter n’importe qui dans ma catégorie et la vie étant un maître, elle m’a mené à entrer dans des sphères martiales extrêmes où les catégories n’existaient pas forcément. C’est certain, dans ces sphères je pouvais y aller à fond et expulser la colère qui m’habitait. Je pouvais frapper aussi fort que je le voulais mais j’ai dû aussi apprendre l’humilité, apprendre à plier, à mettre parfois un genou à terre, à entrer en harmonie plutôt qu’en opposition.

J’ai dû affronter la peur, la douleur, la reconnaissance que la défaite faisait partie de la vie et qu’elle n’était qu’une opportunité de reconsidérer les choses pour faire autrement. Puis j’ai aimé serrer mes adversaires dans mes bras après les combats, j’ai adoré les marques de respect et de fraternité que nous avions les uns envers les autres et je me mis peu à peu, à avoir du dégoût à l’idée de faire mal à quelqu’un. Cela devenait même plus honorable pour moi de vaincre sans blesser et sans exprimer la moindre haine. J’avais vidé mon sac de démons et j’aspirais à beaucoup plus de “beauté” dans l’expression de mon art et la conduite de ma vie. 

J’ai alors entrepris un changement radical dans le choix des styles martiaux que je souhaitais étudier et je suis passé d’un cadre majoritairement influencé par les cultures Japonaises et Okinawaïennes pour la pratique du Wushu, c’est-à-dire des arts martiaux purement chinois. Le courant dit “moderne” fut celui qui s’imposa à moi car il alliait le développement technique, esthétique et personnel dans différents types d’expressions martiales avec des armes ou à mains nues mais surtout il n’excluait pas la pratique du combat dans un cadre plus sportif et réglementé, ce qui me convenait alors tout à fait.

J’ai travaillé extrêmement dur durant quinze ans pour parvenir à transformer mon corps, mon sens du mouvement, ma perception de l’unité corps-souffle-esprit et la compréhension de la dimension purement sportive du Wushu moderne. J’ai atteint un niveau qui me permit de disputer de belles compétitions internationales et de rencontrer de très grands noms de la discipline. J’ai été aussi loin que je pouvais aller dans cette nouvelle sphère, c’est-à-dire jusqu’à être profondément écœuré et en désaccord avec le monde du sport martial et de la compétition. Je ne faisais absolument pas ce à quoi j’aspirais.

J’étais peut-être devenu un athlète de compétition capable de représenter son pays sur des évènements internationaux et lui faire honneur mais je n’étais pas un artiste martial. Pas selon les critères que mon âme exigeait. La guerre en moi était à son paroxysme et incapable d’écouter le silence pour qu’il me ramène à la raison, mon âme a demandé à ce que je me blesse gravement pour que je sois à l’arrêt et que j’écoute enfin son appel au changement. 

Le Serpent et la Grue Blanche dans les Arts Martiaux

Je me souviens alors d’une sorte de traversée du désert durant laquelle j’ai instinctivement prié. J’ai toujours eu le sens du sacré en ayant en même temps une aversion profonde pour les religions. Depuis mon plus jeune âge je m’adresse à des forces supérieures pour qu’elles m’aident dans mes épreuves, je les remercie et les honore et je n’ai aucun doute en ce qui concerne le pouvoir de la prière. Je me sentais perdu mais soutenu et la résilience me permit de très vite me faire une raison quant à cette blessure.

Ce que j’avais connu des Arts Martiaux me semblait loin de la voie initiatique que j’entendais y trouver et je devais absolument comprendre pourquoi ces disciplines que l’on prétendait capables de nourrir autant le corps que l’esprit étaient devenues aussi vides de sens et aussi destructrices. Je me suis mis en quête de tout ce qui me permettrait de comprendre les différents contextes culturels et historiques qui avaient permis aux Arts Martiaux asiatiques de naître et de devenir peu à peu les sports de combat ou de démonstration qu’ils sont aujourd’hui.

Ce fut très formateur et forcément, mon filtre de base m’amena à tirer une conclusion très précise de l’assimilation de la gigantesque somme de livres, de témoignages et d’entretiens que j’ai menés durant des années : les Arts Martiaux, en tant que voies d’éveil, en tant qu’écoles des mystères, en tant qu’écoles alchimiques attachées à proposer ce qu’on appelle « la Voie Royale » sont morts ! Ce qu’il en reste aujourd’hui est une coquille vide, un mensonge.

Face à l’occidentalisation, à la modernisation et aux épurations culturelles engendrées par les différents régimes politiques qui se sont succédés au cours des XIXème et XXème siècle, les Arts Martiaux ont dû se transformer en sports et ainsi devenir l’antithèse de ce qu’ils étaient à l’origine. Comme tout ce qui fut jadis sacré, ils ont subi une vulgarisation, une complète épuration des éléments constructifs et nourrissants sur les plans subtils pour devenir un produit commercialisable auprès des masses. Ce constat fut décisif pour moi puisqu’il motiva et motive encore le but que j’ai donné à mon existence : replacer les Arts Martiaux dans leur rôle de voies vers le Soi. 

Je te passe les détails mais ce cap m’a mené à guérir de ma blessure, à devenir l’élève de deux des plus grands professeurs d’Arts Martiaux Chinois traditionnels au monde, à ouvrir mon école et à la voir prospérer jusqu’à me permettre de vivre intégralement de ma passion et bien entendu, à écrire mon premier livre : Esprit Martial

Esprit Martial a jailli de moi comme s’il fallait absolument que je couche sur papier les bases fondamentales de mon projet de vie. Durant quelques semaines, j’ai été scotché sur mon ordinateur à canaliser la gigantesque vague d’inspiration qui me venait. J’ai rapidement accouché de ce livre que je destinais uniquement à mes jeunes élèves mais une fois écrit, une amie me proposa de s’occuper de le mettre en pages et de le faire imprimer à une centaine d’exemplaires afin qu’il soit proposé en dehors des murs de l’école. Je me suis dit que j’allais me retrouver avec plus de la moitié du stock sur les bras.

Ce petit volume de livres fut décimé en quelques mois et je dû très vite faire un second tirage dans un format plus grand avec des améliorations. Idem, la quasi-totalité du second tirage fut assez vite épuisée et, accaparé par l’écriture d’un second livre spécifique à la pratique du Wing Chun, je n’ai pas relancé d’impression. C’est toi qui permets aujourd’hui à Esprit Martial de bénéficier d’un nouveau tirage puisque la promotion que tu en as faite après lecture m’a valu d’avoir de nouvelles commandes. 

Aujourd’hui, Esprit Martial mériterait une suite car forcément, depuis sa première édition, je n’ai cessé de développer des connaissances dans les domaines qui me passionnent et qui gravitent autour du thème de la réalisation du Soi. Le terme “réalisation” doit ici prendre le sens de “reconnaissance”. La reconnaissance du Soi se fait lorsque l’on rencontre la part d’immortalité qui est en nous, ce centre immuable, imperturbable et de toute éternité qui se trouve au-delà de la conception très limitée que nous avons de nous-même.

Les écoles initiatiques de Chine, héritières des enseignements Confucéens, Taoïstes ou Bouddhistes avaient élaboré des méthodes capables de mener ceux qui en avaient le courage et la destinée à préparer cette rencontre. Les Arts Martiaux faisaient partie intégrante de ces méthodes dont l’ensemble ne pouvait être fragmenté au risque de perdre toute sa cohérence et sa raison d’être. C’est donc au sein d’un état d’esprit particulier, d’une quête personnelle et d’un véritable art de vivre qu’il faut les reconsidérer et non pas comme des “sports”. 

La notion de sport est occidentale et fut d’abord associée à celle de divertissement, de plaisir, de jeu. Ensuite, elle devint également synonyme de compétition. Le terme alchimique « KUNG FU » qui fut rapporté par le Père Jésuite Joseph-Marie AMIOT (oui, je sais ce que tu vas dire…) pour désigner les pratiques corporelles énergétiques et martiales qu’il observa en Chine au XVIIIème siècle remet bien les pendules à l’heure ! Il désigne les efforts réguliers qu’un Homme fournit sur une longue période de temps au service d’une discipline (quelle qu’elle soit) pour en acquérir la maîtrise. Mais ce n’est pas tout ! Une partie de l’idéogramme KUNG FU montre un être humain accompli entre le Ciel et la Terre : un homme (ou une femme bien entendu) qui relie ces deux polarités et qui est donc capable, à travers son corps (sa propre matière) et ses actes sur la Terre, de faire descendre les volontés du Ciel, du grand plan divin.

Tu imagines bien que pour arriver à être “un fils ou une fille du Ciel et de la Terre”, il faut avoir éliminé toutes les identifications au petit moi. Le terme KUNG FU désigne donc bien le but et le moyen pour y parvenir.  Le but est de réaliser sa nature divine et le moyen est le travail incessant sur le moi pour découvrir le Soi. La discipline choisie fera ici office d’outil. En maîtrisant cet outil à l’extérieur, on se maîtrise à l’intérieur… C’est un principe d’alchimie opérative.

Samouraï archer, estampe japonaise

Tu vois bien qu’il n’est nullement ici question de compétition contre les autres, de jeu, de divertissement ou de plaisir. Tout cela j’aimerais l’expliquer plus en détail dans un ouvrage dédié non plus à l’Esprit Martial uniquement, mais à la Voie du Guerrier comme je la conçois. Une Voie à la portée d’un homme ou d’une femme perdu(e)s dans l’incohérence du monde moderne, prêt à se retrousser les manches pour se dépouiller de ce qui l’empêche de se connaître dans toute sa lumière. 

Revenons à mon parcours. Après Esprit Martial, comme je l’ai mentionné précédemment, j’ai écrit un livre spécifique sur le WING CHUN. Il fut d’abord auto-édité puis, fut ensuite signé chez BUDO ÉDITIONS, ce qui constitua pour moi une certaine consécration vu la qualité des ouvrages martiaux que cet éditeur a coutume de produire. Tout allait dans une direction qui me semblait tracée pour mon avenir et c’est lorsque tu crois avoir tout compris que la vie a le don de te montrer à quel point tu te goures.

L’épisode de la crise sanitaire liée à la pandémie de COVID 19 a réveillé mon ennemi juré, le démon caché au fond de moi, celui qui faisait le mort depuis si longtemps… Dans cet épisode révélateur de l’état du Monde dans lequel nous vivons, j’ai oublié une règle essentielle. Tu connais forcément l’affirmation de Nietzsche qui dit « qu’à trop regarder l’abîme, l’abîme finit par regarder en toi ». J’ai pu mesurer à quel point c’était vrai. Ce sur quoi nous portons notre regard nous possède.

Ma blessure constitutionnelle me fit ne plus voir qu’un monde hideux tournant autour du Dieu argent, un monde malade, coupé de la nature et du sacré, une humanité esclave d’une poignée de financiers fous, des masses hypnotisées par des médias corrompus, des hordes de zombies prêtes à renier toutes les valeurs humaines et toute notion de dignité pour du divertissement, une industrie de la santé orchestrant la maladie au côté d’un système broyeur de consciences, des milliers de robots vides de “bon sens” prêts à gober n’importe quel mensonge pour avoir le droit de consommer, une nature à l’agonie souffrant d’un cancer nommé “Homme”.

Le démon en moi se déchaînait et me faisait perdre toute ma lumière. Mon discours quotidien était empreint de négativité, de dégoût, de haine… J’étais devenu sombre et toxique pour mes proches. Et puisque les pensées, la parole et le regard que l’on porte sur l’extérieur ont un grand pouvoir, j’ai créé ma descente aux enfers. 

On ne descend jamais au fond pour rien. On y descend pour y prendre des leçons. J’ai appris que pour un “Guerrier”, les leçons se prennent un genou à Terre : un genou plié symbole d’humilité devant la force de la vie et un pied déjà prêt à pousser sur la Terre pour nous relever. J’ai réalisé qu’on pouvait servir les ténèbres en pensant faire tout le contraire. Cela m’a permis de prendre beaucoup de recul sur mon fonctionnement de base et à en saisir les mécanismes mais aussi à mieux percevoir la source du mal chez les autres.

Corriger une erreur dans notre programme constitutionnel n’est pas chose facile. Il faut des armes, de l’entraînement, du temps, des petites victoires et parfois des échecs pour constater que le travail n’est jamais fini. Il faut être vigilant, surveiller incessamment nos pensées, nos sentiments, nos volontés et nos actes pour déceler les vieilles habitudes nocives et en créer d’autres par des répétitions conscientes. Il faut être un Guerrier à l'affût, prêt à bondir le sabre à la main pour trancher net les schémas destructeurs à la racine. Un maître de l’instant présent qui ne se laisse pas enchaîner par son passé ni perturber par son futur. C’est ça selon moi la Voie du Guerrier et c’est ce travail que la pratique des Arts Martiaux est censée symboliser à l’origine. 

Le sabre du Guerrier

À l’heure à laquelle je t’écris, me voilà à nouveau debout entre le Ciel et la Terre, le sabre à la main. J’ai à cœur de transmettre cette vision personnelle par tous les moyens qui me sembleront stimulants et donner à ceux qui se sentiront appelés par la Voie du Guerrier, le fruit de mon vécu ainsi que des méthodes concrètes pour avancer dessus. J’ai des projets et des idées plein la tête. J’ai un nouveau livre en phase d’achèvement et des champs d’action qui s’ouvrent peu à peu à moi parce que je m’ouvre à nouveau à la beauté de ce qu’est la vie. J’amorce un virage qui m’éloignera d’un public que je ne veux plus dans mes cours. Un public de consommateurs nourris aux productions Netflix et assoiffés de clichés pensant que j’ai une baguette magique capable de les transformer en super Ninja en une semaine de cours. Je propose des formats de formation intensifs en immersion et je commence à intervenir dans des sphères où il y a beaucoup à faire mais dans lesquelles les demandeurs sont déjà dans une démarche de travail personnel.  

Voilà, Guerrière, j’espère t’avoir livré une trame assez claire des éléments de mon parcours dont tu fais à présent partie. Nous savons tous deux combien notre collaboration semble avoir été orchestrée par une volonté qui nous dépasse et qui nous amène à rassembler nos compétences, nos personnalités et nos énergies. Je nous souhaite donc courage, foi et joie dans nos entreprises personnelles et communes.


LE GUERRIER

Le Guerrier, première partie de l'interview de Brice Amiot par Zoë Hababou

La notion de “Guerrier” n’est pas forcément la plus facile à manier. Qu’elle soit jugée trop hardcore par les adeptes de la “spiritualité” bon enfant, qui la rejettent catégoriquement comme une voie où la lutte est trop prégnante et l’acceptation pas assez et qui n’a donc aucune chance de mener à l’éveil, ou au contraire encensée par un paquet d’égocentriques qui se planquent derrière en espérant que l’étiquette fera le taff pour eux, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce qu’on met derrière ce terme est tout sauf net. Toi, tu le définis comment, le Guerrier ?

L’image que j’ai aujourd’hui du Guerrier, c’est celle d’un être humain qui entreprend de s’attaquer à la conception qu’il a de lui-même et qu’il a du monde extérieur en partant du principe qu’il reconnait que le monde qu’il voit n’est que le reflet de son monde intérieur.

Lorsqu’un être humain prend conscience de cela, il va chercher à rencontrer son monde intérieur fait de désirs, de sentiments, de pensées, de conditionnements, de peurs, d’héritages ancestraux et il va alors lui falloir beaucoup de courage et de force pour refuser que tout cela le définisse. Lorsqu’un Homme s’attaque à faire le ménage dans ce monde-là, on peut le qualifier réellement de Guerrier car la guerre contre le soi illusoire est la plus difficile des guerres à mener. 


J’ai tendance à considérer l’être humain dans sa totalité. Pour qu’un changement soit effectif, il doit selon moi atteindre l’ensemble des parties de l’Homme, des racines jusqu’à la cime, ce qui signifie, des intentions jusqu’aux actes. Pourtant, j’ai le sentiment que pas mal de gens se cantonnent à l’un ou l’autre, c’est-à-dire nourrir de nobles intentions sans passer à l’action pour les mettre en application, ou alors se limiter aux actions extérieures bien visibles histoire de faire les paons, sans interroger les causes profondes qui les poussent à agir et les croyances qui alimentent leurs actes. Être un Guerrier, tu dirais que c’est un état d’esprit, une philosophie, des règles, une morale, ou alors une pratique ?

Un Guerrier Impeccable, vue artistique

C’est tout cela à la fois car c’est dans toutes les dimensions de l’être, des croyances jusqu’aux actes, que cette responsabilité que l’on prend de ce que l’on vit et de ce que l’on voit doit se manifester.

Forcément si je me considère d’une part comme responsable de tout ce que je vis et que je considère d’autre part qu’une existence est une occasion de découvrir qui je suis au-delà de ce que je crois être, la quête du vrai moi va influencer ma pensée, mes sentiments et mes actes…

Si en plus je reconnais que je suis soumis, en tant qu’être humain, à un ensemble de lois universelles, je vais forcément chercher à vivre en conformité avec ces lois. Cela m’amènera à penser et à agir au service de cette vérité, de cette quête du Soi.

Une sorte “d’art de vivre” impliquant des règles, une éthique et des pratiques en naîtra irrémédiablement. 


Dans le monde spirituel d’aujourd’hui, il est souvent question de la dissolution ou même de la mort de l’ego comme premier pas vers la guérison et la connaissance de soi. Bien que je ne sois pas forcément d’accord avec ça, il me semble tout de même inévitable de savoir abandonner régulièrement une partie de soi pour évoluer. Selon toi, un Guerrier doit-il se déconstruire avant d’espérer grandir ?

Avant de découvrir qui je suis, je dois forcément tuer celui que je ne suis pas. La vie m’en donnera toujours l’occasion, à moi de la saisir mais cela signifie également affronter ses peurs. 


Qu’est-ce que la discipline spirituelle ?

Selon moi, c’est choisir une voie d’élévation spirituelle avec tout ce qu’elle implique et s’y tenir. 


J’ai l’impression que souvent, on a tendance à considérer la vie comme une lutte, presque comme une ennemie. Beaucoup d’entre nous passent énormément de temps à se plaindre des difficultés et des obstacles rencontrés en chemin. Toi, tu proposes de voir la vie comme un maître qui cherche à nous enseigner notre vraie nature. C’est un putain de changement de regard ! La vie serait-elle donc une série d’épreuves initiatiques ?

Assurément, je pense que la vie est un procédé qui consiste, par les épreuves que nous vivons, à nous amener vers la lumière, c’est-à-dire vers la connaissance de Soi. 


Dans le chamanisme que je pratique, on travaille auprès d’un maestro (si du moins on veut faire du bon boulot), et ce sont aussi les plantes maîtresses qui tiennent ce rôle pour nous. Toi, est-ce que tu penses qu’un Guerrier a forcément besoin d’un maître ?

Je pense que c’est nécessaire mais un Maître ne doit pas forcément être un autre être humain. Du moment que nous sommes invités à grandir par une intelligence supérieure qui nous offre une méthode pour le faire, nous pouvons considérer celle-ci comme un Maître. D’ailleurs la vie elle-même est un Maître !

Jeune moine bouddhiste

Maintenant je pense que nous sommes tous reliés et que nous sommes tous sur des stades d’évolution différents au niveau de la conscience et les plus élevés tirent ceux qui sont juste en dessous, c’est une chaîne. Si nous décidons de nous placer sur un chemin d’élévation quel qu’il soit, nous trouverons inévitablement, à un moment, un Maître. Quelqu’un de plus élevé qui nous tendra la main. 


Tu as des idées intéressantes sur le Bien et le Mal. Pour toi, le Mal n’est pas quelque chose qu’on doit combattre, car l’énergie qu’on met à lutter contre lui ne fait que le nourrir. Tu préconises au contraire de l’accepter, en dirigeant ses efforts et ses pensées vers le changement qu’on veut opérer, ce qui fait de lui, en définitive, la source du Bien. Ma question est donc : Un Guerrier lutte-t-il vraiment contre le Mal ?

Dès que tu perces un peu tes schémas de fonctionnement et que tu te désidentifies de ce que tu penses, désires, ressens et crois, tu arrives dans une strate de toi-même faite de lois et d’archétypes. Tu reconnais ces lois dans la nature, dans l’univers et tu te rends compte que tout ce que te demande la vie finalement, c’est de vivre en harmonie avec ces lois.

Pour vivre en harmonie avec ces lois il ne s’agit pas d’être bon ou mauvais selon nos conceptions humaines du Bien et du Mal qui sont très variables, il s’agit d’être juste. Juste envers nous-même et les autres en accord avec les grandes lois universelles et pas forcément en accord avec ce que l’Homme en fait pour son intérêt. 


S’il y a bien un truc que tout le monde lui envie, au Guerrier, c’est sa force ! Je pense que dans le fantasme de base qui fait baver face à cet archétype, ses qualités primales, c’est la puissance et l’indestructibilité… Évidemment, chacun place quelque chose de différent sous ces termes, mais n’empêche… D’où elle lui vient, sa force, au Guerrier ?

La force du Guerrier, vue artistique

De son niveau d’incorruptibilité je pense. C’est-à-dire de sa capacité à vivre en accord avec qui il est en tant que fils de l’univers et non en tant que fils de Monsieur et Madame Untel… S’il est aligné devant ce qui est vrai et de toute éternité, il est fort, solide.

Dans les Arts Martiaux traditionnels asiatiques, c’est quelque chose qui est mis en place dès le début de l’apprentissage. Lorsque tu entres dans une école traditionnelle digne de ce nom, on te demande d’abord de renoncer à ton identité sociale. On t’impose une tenue vestimentaire qui est la même pour tout le monde, parfois on t’impose également de te raser la tête en signe de renoncement ou, au contraire, de te laisser pousser les cheveux. On te donne un nom qui sera celui que tu porteras dans l’école. On fait en sorte que tu reconnaisses la communauté qui t’accueille comme une nouvelle famille de cœur puis, une fois que tu as oublié majoritairement qui tu étais par tes références au passé, on te demande de te construire afin de faire passer l’énergie de vie / de l’Univers à travers toi “entre le Ciel et la Terre”.

L’enseignement martial va alors prendre tout son sens parce qu’il te demandera de t’épurer, de te séparer de tout ce qui n’est pas toi et de travailler ton véhicule d’incarnation pour qu’il soit capable d’être le porteur et le canal de l’énergie de ton âme que tu vas peu à peu découvrir en t’affranchissant de ton petit moi et de ses limites. Tes gestes martiaux devront être émis à partir d’une structure corporelle alignée devant la Terre… C’est-à-dire devant ce qui te porte dans le moment présent.

Il n’y a rien de plus vrai que ce qui te porte dans le moment présent. Lorsque tu as derrière toi un élément de vérité telle que la Terre et que tu es aligné, droit, tu es fort. C’est exactement comme lorsque tu présentes un argument verbal qui s’appuie sur une démonstration mathématique : il ne peut être réfuté car il s’appuie sur un élément qui est vrai de toute éternité.

L’Homme en s’appuyant sur une illusion de ce qu’il est en se référant à ses croyances, à ses parents ou encore à son éducation, s’aligne sur des mensonges. Il en devient faible. 


J’ai souvent la tristesse de constater que l’expérience est loin de faire toujours le poids dans l’esprit des gens, face au savoir théorique ou encyclopédique. Pourtant, pour accéder à la connaissance, c’est-à-dire au savoir fait chair, l’expérience m’apparait comme foutrement indispensable. Dans la Voie du Guerrier, quelle est l’importance de l’expérience personnelle ?

Tout apprentissage initiatique implique de la théorie et de la pratique. Il faut vivre les choses pour les connaître. Sans ces deux dimensions, nous ne pouvons réellement connaître une chose.

Dans la Voie du Guerrier, ton sujet d’étude c’est toi, donc tu dois étudier théoriquement ce que tu es et ce que tu n’es pas et mener les expériences qui t’amèneront à bien intégrer ce que tu es et ce que tu n’es pas.

Généralement c’est après avoir vécu l’expérience de ce que tu n’es pas que tu veux vivre ce que tu es. 


Examiner ses croyances et trouver ses propres valeurs, c’est un truc que beaucoup de gens tentent de faire pour améliorer leur vie, mais comment on met ça en œuvre, exactement ?

En examinant ce que tu vis et en te rendant responsable de ce qui ne te convient pas dans ta vie. Pourquoi rencontres-tu telle ou telle situation qui se répète constamment et qui te fait souffrir ? En te posant ce genre de question, tu vas te transformer en chasseur et tu vas chercher à débusquer la croyance / le schéma qui t’amène à penser, sentir, désirer et agir de telle manière que tu attires à toi par une loi universelle des pleins et des vides, les situations ou les personnes qui te font souffrir.

Il va alors falloir poser des actes symboliques qui iront à l’encontre de ces croyances pour les parasiter. 


L’intention n’est pas une réflexion, c’est une conviction, je te cite. Et je trouve ça super fort comme idée. Une conviction, ça change complètement notre rapport au monde, parce que c’est l’âme qui s’exprime et non plus le mental. Tu dis que si on a décidé de devenir la personne qu’on rêve d’être, il faut employer chaque seconde de notre vie, chaque pensée et chaque acte à cette réalisation. Et que quand l’intention est alignée avec la voie et le geste, l’action menée est redoutablement efficace. Ça me parle énormément, car une fois en cérémonie, quelque chose comme ça m’est arrivé. L’intention est cruciale quand on travaille avec l’Ayahuasca. Tu veux bien préciser un peu ta pensée ?

C’est ça, l’intention à mon sens a passé la barrière de la réflexion, elle est dans les sentiments et la volonté parce qu’elle résulte d’une réflexion et d’un vécu. Tu es profondément convaincu et donc habité par la volonté de voir apparaître quelque chose dans la matière.

Ce n’est plus un concept, c’est une volonté de manifestation. 


Attention, question épineuse ! Qu’est-ce que la réalisation personnelle ? Tu penses pouvoir y répondre simplement ?

Je pense qu’il y a autant de définitions que d’êtres humains. Mais je dirais que ces définitions se rejoignent toutes sur un point : le bonheur ! Et finalement le bonheur c’est d’être en paix avec soi-même et les autres. 


Quel est le plus haut niveau qu’un Guerrier puisse espérer atteindre ?

On parle d’illumination dans les Arts Martiaux, c’est-à-dire un état de conscience durant lequel tu es uni au Grand Tout. Tu fais un avec l’Univers.


Plus je parle avec toi, et plus j’ai la sensation que nos disciplines, les Arts Martiaux et le Chamanisme, se rejoignent sur de nombreux points et peut-être même se complètent… Alors il faut que je te pose la question : La Voie du Guerrier est-elle Une ?

Il y a de nombreuses voies qui mènent toutes au même sommet. Dès qu’un être humain se met en quête de sa vérité, une voie s’ouvrira devant lui. Il y a donc autant de voies que de chercheurs et ce sont toutes des Voies du Guerrier. 

Pourquoi ? Parce que le Guerrier est un chevalier. 

Il se voit attribuer une épée (son corps) et des épreuves (des combats contre ses démons) qu’il doit surmonter dans le but de découvrir un trésor, obtenir des pouvoirs et atteindre l’immortalité. C’est-à-dire accéder à la conscience qu’il est une âme immortelle (trouver le Graal).

Pour cela, son épée devra être droite, tranchante (affûtée) et polie pour refléter la lumière mais elle devra également avoir une âme, c’est-à-dire servir une intention soutenue par un code de vie du chevalier.

Quel que soit le chemin qu’un être entreprend pour découvrir en lui sa part d’immortalité (c’est-à-dire, ce qui est vrai de toute éternité et qui se trouve dans le présent lorsque l’on est droit entre le Ciel et la Terre et qu’on laisse la lumière - qui n’est autre que la connaissance - passer à travers soi), le symbole de sa quête, l’épée, fait de lui un Guerrier. 


LES IMPLICATIONS DE LA VOIE

Les Implications de la Voie, deuxième partie de l'interview de Brice Amiot par Zoë Hababou

Dans l’univers des plantes sacrées, notamment via la pratique de la diète, respecter une certaine ascèse est fondamental pour le sérieux et la réussite de l’entreprise. Interdits alimentaires et comportementaux, isolement, vigilance constante face à ses pensées et ses actes, nettoyage régulier du corps, du mental et des énergies… Est-ce que tu crois qu’il est indispensable d’avoir une pratique ou une ascèse pour être un Guerrier ?


Une pratique est un outil de travail sur le soi dont il faudra s’affranchir par la suite lorsqu’elle aura permis au corps et à l’esprit du Guerrier de s’unir et lorsque le Guerrier sera capable d’être aligné, silencieux et immobile en toute circonstance. Lorsque la maîtrise est atteinte, la pratique devient inutile.

Certains, dans les Arts Martiaux, pensent que la pratique est l’objectif, et ils se sentent être quelqu’un parce qu’ils pratiquent. Si jamais ils sont dans l’incapacité de pratiquer à cause d’une blessure par exemple, ils ne savent plus qui ils sont. Ils se sentent faibles. Cela vient du fait qu’ils se sont identifiés à l’outil plutôt qu’à l’œuvre à réaliser. Ils ont construit une illusion fondée sur quelque chose qui va de toute façon disparaître un jour : un corps physique capable de faire des gestes martiaux.

Non, la pratique doit les amener à dépasser le corps et le geste pour trouver la vraie force qu’il y a derrière : “je suis pure énergie, je n’ai comme limites que les lois de l’univers, je suis une âme immortelle incarnée”.

Lorsque cette dimension est intégrée, la pratique n’est plus vraiment nécessaire. Mais nous sommes tellement conditionnés et loin d’être capables de rencontrer cette dimension (sauf peut-être dans des moments de grâce qui peuvent d’ailleurs être accordés par des esprits tels que ceux des plantes) que les pratiques ont encore de beaux jours devant elles. 


A ton avis, quelles qualités et quelles valeurs un Guerrier doit-il incarner ?

L’ensemble des vertus universelles avec trois principes fondamentaux : bon sens, souplesse et bienveillance (envers soi-même et les autres).

Dans les Arts Martiaux la première vertu à incarner est l’humilité car sans elle, nous ne pouvons rien apprendre.

Ensuite viennent le respect de tout être vivant, la politesse qui témoigne le respect, l’altruisme, la générosité, la droiture, la capacité à être digne de confiance, la loyauté, le courage, la volonté, la persévérance, la justesse, la tempérance, la prudence…


Moi, j’ai la sensation que la volonté est extrêmement importante dans la Voie du Guerrier…

Indiscutablement, la volonté est très importante car c’est un moteur. Elle te permet de travailler dur et d’être discipliné. La discipline est la première marche vers l’élévation. Si tu n’es pas discipliné, tu ne peux pas réellement avancer. 


“Avoir” et “Être” sont des termes qui entrent de plus en plus en opposition aujourd’hui, car les gens commencent à réaliser que le bonheur ne se cherche pas vers l’extérieur… Toi, quelle différence tu établis entre se fixer sur ce qu’on veut obtenir et travailler sur ce que l’on veut être ?

“Obtenir” consiste à se charger, à posséder. “Être” consiste à se dépouiller. 


Tiens, un truc que j’ai découvert chez Carlos Castaneda, et que j’ai retrouvé ensuite dans le chamanisme shipibo ! Qu’est-ce que l’impeccabilité ?

Pour un Guerrier, c’est poser des actes alignés sur ce qu’il est venu faire en tant qu’âme incarnée. C’est-à-dire nourrir la vie. La faire circuler à travers lui entre le Ciel et la Terre. C’est poser des actes accordés sur les lois universelles puisqu’elles lui permettent justement d’être porteur de vie et enfin, par extension et logique, c’est ne pas vivre selon les lois de ce qui nourrit la mort, la division et l’ignorance. 


Dans beaucoup de traditions, on a coutume de dire que pour trouver la paix, l’Homme doit d’abord retourner vers lui-même. C’est un truc qu’on fait aussi dans la jungle, en s’isolant dans son tambo pour diéter une plante. Et ça déplace complètement le rapport qu’on entretient avec soi-même et avec la vie. Selon toi, l’isolement est-il indispensable à la connaissance de soi ?

Oui, il me semble que c’est un processus nécessaire à la déconstruction du petit soi mais ce n’est pas une fatalité. Tout est question d’équilibre. Pour être bien avec les autres il faudra apprendre à être bien avec soi-même, dans l’isolement et la solitude.

Dans les Arts Martiaux, tu apprends d’abord à travailler sur toi avant de travailler avec l’autre. Tu travailles seul ce que l’on nomme la structure personnelle. Tu travailles sur ton corps et ton esprit afin de les harmoniser. Tu allies la souplesse et la force, le corps et l’esprit, la théorie et la pratique, ta part masculine et féminine, ta part de lumière et ta part d’ombre… C’est ce que représentent le tigre et le dragon ou le serpent et la grue blanche dans la symbolique martiale… Tu t’appliques à équilibrer les choses dans tous les domaines de la vie et tout cela dans le mouvement, dans l’adaptabilité.

L'isolement du Guerrier

Une fois que tu es devenu capable d’exprimer cette maîtrise de l’harmonie, tu peux rencontrer quelqu’un qui a fait le même boulot pour entrer en harmonie avec lui à travers l’échange martial. C’est de l’alchimie tout ça. Les Arts Martiaux sont une voie alchimique nommée Voie Royale. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils constituent un grand pan des études taoïstes, les Taoïstes étant des alchimistes.

Tout est question d’octave à mon sens : lorsque tu as travaillé seul pour intégrer certaines leçons de la vie, pour digérer certaines blessures, tu transformes tes vibrations par la nouvelle vision du monde que tu as acquise et tu attires à toi des personnes qui vibrent sur la même octave. 

C’est comme lorsque tu veux apprendre à jouer d’un instrument de musique. D’abord tu apprends à tenir ton instrument correctement, à produire des notes correctes avec celui-ci en accord avec les lois de la musique sur une tonalité sur laquelle tout le monde s’accorde et ensuite, une fois que tu maîtrises tout ça, tu peux aller jouer avec d’autres qui ont fait le même travail avec leur propre instrument. Votre recherche sera alors l’harmonie à travers la musique.

Là, forcément, cette analogie doit t’amener à imaginer que ton instrument c’est tout ton Être. 


Que ce soit dans la psychologie, dans le chamanisme, dans l’alchimie, toujours revient cette notion d’Ombre qu’il faudrait savoir regarder en face et apprivoiser… Un Guerrier doit-il apprendre à incorporer sa part d’ombre ? J’aimerais entendre ta version “arts martiaux” du truc !

Vaincre ses démons, estampe japonaise, vue artistique

À mon sens oui et il doit prendre appui dessus pour s’élever vers la lumière. C’est un peu ce que représente ces statues de l’archange Mickaël qui terrasse le Dragon. Il ne le tue pas, il prend appui dessus pour triompher ou s’élever.

Nous vivons dans un univers dans lequel une chose n’existe que parce qu’il existe son contraire et dans lequel ces deux polarités sont complémentaires et indissociables. L’une ne peut aller sans l’autre. Il convient pour le Guerrier de regarder sa part d’ombre et de la mettre au service de la lumière.

Ce que nous nommons Ombre est une énergie que nous pouvons canaliser. Le danger est de la refouler. C’est d’ailleurs le grand thème de la légende qui narre la naissance des Arts Martiaux chinois…

On dit que les moines Bouddhistes chinois ont pris conscience que la guerre et la paix étaient indissociables. S’opposer à la guerre revenait à la nourrir alors qu’utiliser l’entraînement à la guerre pour faire circuler l’énergie de vie en soi revenait à utiliser les ténèbres pour servir la lumière. 


Le travail que tu proposes de faire pour gérer ses émotions me semble extrêmement pertinent. Au lieu de les refouler comme on le fait tous, tu dis qu’il faut les laisser s’exprimer, au risque de développer une maladie plus tard, comme une espèce d’implosion. C’est un truc qu’on travaille beaucoup avec l’Ayahuasca. Elle a tendance à nous confronter aux émotions qu’on n’a jamais acceptées, et qui continuent de moisir à l’intérieur. C’est un passage très difficile, de faire jaillir les souffrances refoulées pour les conscientiser, les regarder en face, et finalement les accepter. Selon toi, comment fait un Guerrier pour gérer correctement ses émotions ?

En s’en désidentifiant d’une part et d’autre part, en en expulsant l’énergie à travers ses pratiques comme une hygiène de l’être. Il nettoie ses émotions en en canalisant l’énergie à travers des gestes conçus pour que cette énergie suive des chemins logiques et naturels de circulation à travers la matière pour être exprimée, extériorisée et en même temps, canalisée afin de servir un acte constructif et non destructeur.

C’est pour cette raison que les Arts Martiaux asiatiques sont si différents des Arts Martiaux occidentaux. Ils ne servent pas les mêmes objectifs. Les Arts Martiaux asiatiques se servent du mouvement guerrier pour faire circuler la vie dans l’Être et autour de l’Être qui s’y adonne. Les Arts Martiaux occidentaux, eux, n’ont pour objectif que de permettre à un être humain d’en vaincre un autre. 

Dans la conception des Arts Martiaux asiatiques, il est extrêmement sain d’utiliser l’entraînement pour nettoyer tout un tas d’énergies émotionnelles comme la colère, la frustration, la tristesse mais en apprenant à être maître du geste et donc de l’acte qui sert de support de nettoyage. Du coup, dans la vie quotidienne, tu es disposé à exprimer ta part de lumière. 

« À l’entraînement, sois un tigre pour être un agneau dans la vie »

« Poings de démon, cœur de Bouddha »

Tigre et Dragon

Un truc qui me tient particulièrement à cœur, que j’ai quasiment élevé au rang d’art de vivre : Faut-il se défier soi-même ? 

Décider de vivre selon ses convictions est source de défi personnel. La vie nous apporte toujours les tests et les défis qui correspondent à nos aspirations. 


Et si le seul véritable ennemi du Guerrier était… lui-même ?

Indiscutablement ! L’ennemi, c’est celui qu’on croit être. Cela nous limite et nous emprisonne car nous devenons ce que nous pensons.  


“Il faut apprendre à mourir" est une bien jolie phrase que beaucoup répètent à tort et à travers sans en avoir percé le sens. Pourtant, elle pourrait être la clé de notre évolution, mais aussi de notre bonheur véritable. Qu’est-ce qu’elle signifie dans la Voie du Guerrier ?

Pour le Guerrier, c’est accepter la réalité des cycles. Tout se transforme perpétuellement par l’intermédiaire de cycles de naissances, de croissances, de déclins et de morts. La mort et la vie sont donc liées. Apprendre à mourir, c’est reconnaître que pour que le nouveau apparaisse, il faut que l’ancien meurt.

Un jour est un espace entre la naissance du soleil et sa mort. Entre les deux, tout est possible. Pour que de nouvelles possibilités nous soient offertes chaque jour, il faut que le soleil meurt. Il en est de même pour le Guerrier.

Apprendre à mourir, estampe japonaise, vue artistique

Pour se transmuter, il doit apprendre à mourir à lui-même. Sans mort, il n’y a pas de renaissances, pas de nouvelles possibilités. Le Guerrier doit être capable de faire mourir ce qui n’est plus nécessaire à son élévation et ce, chaque année. L’énergie des saisons l’accompagnent dans ce processus éternel de renouvellement. C’est pour cette raison que les anciens célébraient justement les saisons et c’est également pour cela qu’il y avait autrefois des rites de passages. 


Assumer la responsabilité de sa vie, est-ce que c’est ça la liberté ?

En tout cas c’est la porte. Quand tu te reconnais comme responsable de ce que tu vis, tu récupères le pouvoir de ta liberté. Tu as le pouvoir de choisir. C’est ça la liberté. Pouvoir choisir, même si ce choix implique de mourir. 


ÊTRE UN GUERRIER MODERNE

Etre un Guerrier Moderne, troisième partie de l'interview de Brice Amiot par Zoë Hababou

J’imagine que chaque époque donne naissance à différents types de Guerriers, même si les valeurs fondamentales qui les animent et la mission générique qui est la leur ne changent pas. Selon toi, qu’est-ce qu’un Guerrier moderne ?

Quelqu’un qui a choisi une putain d’époque pour se “re-trouver”. Notre époque moderne est un âge de fer. C’est-à-dire qu’au niveau de l’attache à la matière, nous sommes au plus bas. La pensée purement scientifique nous prive de la possibilité de vivre les choses et de nous reconnecter à nous-même, à notre environnement et au sacré en nous polluant l’esprit et le corps donc forcément, la tâche est ardue pour le Chercheur de Vérité. Les pistes sont habilement brouillées. 


Le Guerrier est-il guidé par la morale, ou par l’éthique ? Obéit-il à des lois sociales ou à un code d’honneur personnel ?

Vagabond, Guerrier Ultime

Il est guidé par l’éthique et par l’intelligence cosmique qui se reflète dans la nature.

Les lois des Hommes, si elles ne sont pas en accord avec les lois du Ciel (les vertus), ne valent rien à ses yeux. Bien entendu, la bienveillance, la justesse et le bon sens sont des piliers pour le Guerrier et il sait reconnaître les lois sociales nécessaires à maintenir la paix sociale mais il n’est pas dupe face aux lois qui, sous un prétexte de sécurité, d’écologie ou d’un autre idéal invoqué (comme une urgence sanitaire par exemple), visent à asservir le peuple, à l’affaiblir, à l’empoisonner, à le piller.

Le Guerrier regarde qui les lois sociales servent et s’il réside en France à notre époque… il se marre.

Il sait que le peuple est considéré comme le bétail d’un cheptel dont les bergers régulent les troupeaux à coups de mesures économiques et maîtrisent l’art de créer des problèmes pour vendre des solutions. 


Tu places l’expérience personnelle au-dessus de tout. Pour toi, un savoir, un guide ou une situation ne doivent pas être crus d’emblée, tout doit être expérimenté, vécu, sans intellectualiser. Tu dis que c’est en vivant les choses qu’on les maîtrise. Ça me ramène à la façon dont les chamans enseignent, ou plutôt comment ils ne le font pas, justement. Si tu leur demandes de t’expliquer le sens de tes visions, ils te répondront simplement de demander à l’Ayahuasca lors de ta prochaine cérémonie. Bien qu’elle ait tendance à agacer ou désarçonner les Occidentaux, cette façon de positionner l'expérience personnelle comme seul guide éveille le pouvoir de notre conscience sur elle-même. Elle réveille en nous notre propre medicina. Une fois de plus, il s’agit de responsabilité, et d’écoute de sa propre âme. As-tu comme moi le sentiment que de nos jours, le savoir intellectuel a pris la place de la connaissance, la parole celle des actes, et que l’expérience personnelle n’est plus reconnue comme une valeur essentielle ?

Cela dépend dans quel milieu et dans quelle culture mais en effet, nous pouvons constater que la pensée intellectuelle fait autorité, surtout en Occident. L’expérience semble avoir moins de valeur qu’une bonne analyse. Pourtant “penser” ne rend manifestement pas l’Homme meilleur devant les catastrophes qu’il engendre sur lui-même et sur son environnement. Je pense que cette prédominance arrogante de la pensée va s’effondrer en même temps que le monde qu’elle a engendré. L’Homme devra fonctionner à partir d’autres paramètres que ceux issues de sa seule analyse intellectuelle. 


Une chose qui m’a beaucoup interpellée dans ton discours, c’est cette idée de ne pas se positionner comme victime face à la vie et face aux autres. Au risque de fâcher pas mal de monde, j’ai le sentiment qu’à notre époque, le rôle de victime est encensé, au détriment de celui du Guerrier. La tendance est d’afficher ses problèmes, et même de se définir à travers eux. Comme s’il était plus valeureux d’être quelqu’un qui souffre plutôt que quelqu’un qui assume sa force. Toi, tu dis qu’attribuer son malheur à des causes extérieures retarde l’évolution et génère de la souffrance, qui sera alors nécessaire pour trouver les causes de son malheur en soi. Je me dois donc de te le demander : Qu’est-ce que tu penses de la tendance actuelle à la victimisation ?

Oui il y a une tendance à la victimisation qui malheureusement, peut faire office de grande malédiction du siècle car lorsqu’on se victimise, cela signifie qu’on se déresponsabilise automatiquement de ce qu’on vit. On se prive donc directement du pouvoir de changer réellement les choses puisqu’on attribue la cause de notre malheur à un sujet extérieur, un vécu, une illusion en somme.

Du coup c’est comme si on s’attaquait à vouloir percer un bouton sur notre nez en insultant et en tripotant notre miroir. Aucun intérêt, c’est sur soi qu’il faut agir.

Les gens, aujourd’hui, sont majoritairement les rois de la déresponsabilisation : ils remettent leur pouvoir entre les mains de gens qu’ils estiment compétents pour tout un tas de choses. Ils se déresponsabilisent de leur santé par exemple. Ils ont des hygiènes alimentaires effroyables, des activités nocives sur tous les plans, un manque de conscience et de raison en ce qui concerne les liens entre émotions, conditions de vie et santé.

Ils remettent leur pouvoir de prendre soin de leur santé entre les mains d’une industrie médicale dont les médecins généralistes sont les premiers commerciaux et dont les objectifs sont avant tout de faire de l’argent. Ils exigent finalement de la part de vendeurs de médicaments, le remède magique qui éliminera les symptômes qu’ils expriment sans aller s’intéresser à la cause principale de leur problème.

Ils ne veulent rien changer dans leurs habitudes de vie, ils veulent juste un coup de baguette magique qui effacera leurs maux. Face à un danger qui menace leur santé, ils ne vont pas adopter des comportements destinés à renforcer celle-ci. Non, ils vont se jeter sur le premier “remède” qu’on va leur vendre par peur de perdre cette santé qu’ils négligent pourtant et qui, si on l’étudie, fonde son épanouissement sur un principe universel simple nommé homéostasie.

Mais l’équilibre, la sagesse, ils ne veulent pas en entendre parler car elle remet en cause leur vie au sein du système. Je m’excuse auprès des médecins qui refusent de rentrer dans ce moule et qui ont encore une conscience, une capacité de penser et d’agir par eux-même pour le bien de leurs patients et surtout qui ont un attachement sans failles aux valeurs de ce grand sage initié qu’était Hippocrate. 


Si chacun suivait la Voie du Guerrier, à quoi ressemblerait le monde ?

Peut-être un monde dans lequel nous serions capables d’être unis les uns aux autres et capables de reconnaître nos droits de vivre sur la même terre malgré nos différences. Un monde où la préservation du vivant et de la paix serait au centre de nos vies. Un monde où la valeur de l’humain passe avant celle de l’argent… Un monde où les vertus sont des règles et où vivre devient un art…

C’est très idéaliste et finalement aujourd’hui tout est juste car les ténèbres servent la lumière et ce que nous vivons de contraire à ces idéaux nous mènera un jour à nous diriger vers eux. La vie est un grand balancier.  


Selon toi, c’est encore possible de se connecter à son feu sacré intérieur dans le système qui est le nôtre ?

Le Feu Sacré du Guerrier

Je pense justement que pour certains, c’est le monde idéal pour cela car il leur offre toutes les raisons d’aller le trouver. Tu en es la preuve, Zoë. Les écorchés vifs, les insurgés que nous sommes font que nous redoublons d’énergie lorsqu’il s’agit d’avancer vers NOUS. Ce NOUS vivant et libre. Nous brûlons de dire ce que nous pensons et d’agir pour tenter de porter dans ce monde une connaissance, une sagesse intemporelle et universelle qui rappelle à l’Homme qu’il est bien plus que ce que l’on veut lui faire croire. 


Alors on peut utiliser son cœur comme seule boussole, vraiment ?

Dans le style martial que j’enseigne principalement, on dit : le poing part du cœur. Cela signifie entre autre que nos compétences martiales doivent être mises au service de l’humanité et d’autre part que notre pratique doit nous amener à nous reconnecter à notre âme dont le siège, pour les Chinois, est le cœur.

Le coeur comme seule boussole

Donc oui, “le cœur comme seule boussole” est une devise pour qui suit la Voie du Guerrier à travers les Arts Martiaux. 


Être un Guerrier condamne-t-il à la solitude ?

Oui et non. Oui parce que tu as un travail personnel constant à mener sur toi, ce qui implique introspection et repli, et non parce que les relations te font également travailler et avancer vers toi. À mon sens, tout est une question d’équilibre encore une fois. 


Y a longtemps, en lisant Nietzsche, m’est apparue la distinction fondamentale qui existe entre celui qui se définit par ce qui l’accable (que ce philosophe appelle “faible” ou “esclave”) et celui qui se définit par ce qui l’anime (“fort” ou “aristocrate”). Ça m’a amenée à penser qu’il existait un gouffre entre la libération, qui selon moi est une réaction, et la liberté, qui est pure action. T’en penses quoi, toi ?

La libération me semble être une quête et la liberté me semble être un état. Je pense donc que celui qui cherche la libération invoquera des raisons pour le faire, tandis que celui qui est libre exprimera uniquement le bonheur de vivre cette liberté. 


Attention, question à 1 million de dollars ! Et si la révolution intérieure était la seule révolution en mesure de changer le monde ?

C’est ce que je pense et tout le monde connait cette phrase qui dit qu’il faut commencer par se changer soi-même si l’on veut que le monde change. Encore faut-il en avoir le courage et les méthodes.

Tous ceux qui travaillent à changer le filtre à travers lequel ils perçoivent le monde te diront qu’ils voient leur monde extérieur se transformer. Ils expérimentent de nouvelles situations, rencontrent de nouvelles personnes. Je pense qu’il y a des mondes dans le monde et que nous vivons dans un monde qui correspond à notre niveau vibratoire. Nous vivons ce que nous vibrons, en somme.

Plus nous nous allégeons de nos fardeaux intérieurs que sont nos croyances, nos conditionnements, nos héritages ancestraux, plus nous vibrons haut. Nous attirons alors à nous les vibrations de même nature. D’où l’intérêt de vivre selon les vertus car ce que tu sèmes par tes actes ou tes vibrations, tu le récoltes par la loi de cause à effet. 


QUESTIONS FUN AU GUERRIER !

Questions fun au Guerrier, quatrième partie de l'interview de Brice Amiot par Zoë Hababou

Bon alors pour entamer cette partie décomplexée de l’interview, je vais pas y aller par quatre chemins : Comment ça se fait qu’un mec qui pratique les Arts Martiaux ne soit pas contre les “drogues” ? ET QU’IL LISE CASTANEDA ?!

En fait j’ai toujours été fasciné par tous les enseignements traditionnels ésotériques et Castaneda est incontournable pour les chercheurs de vérité qui sont attachés à l’archétype du Guerrier. Je n’ai jamais été attiré par les drogues, les psychotropes ou même le tabac et l’alcool et même si j’ai été passionné par les écrits de Castaneda, je n’ai jamais senti le besoin de provoquer une rencontre avec les psychotropes.

Je suis de ceux qui pensent que si tu dois recevoir un enseignement, une guidance ou un don de la part de la nature ou d’un être humain, cela viendra à toi si tu le demandes et si c’est juste pour ton évolution. Il ne faut pas forcer certaines portes à mon sens mais ce n’est que mon avis personnel. J’ai du respect pour le monde invisible et je ne veux pas aller déranger certaines forces qui n’ont que faire de nos petits questionnements d’humains. Il me semble qu’il existe une échelle graduelle d’évolution personnelle qu’il faut suivre pour ne pas risquer de perdre sa santé mentale ou, en tout cas, de perdre une certaine capacité à raisonner car la définition de la santé mentale qui est donnée par notre monde moderne me fait frémir. 

Par contre, la vie m’a amené malgré moi à recevoir deux soins d’une médecine ancestrale de la jungle avec une prise d’Iboga. J’ai eu deux visions très symboliques à l’issue de ces soins et je suis totalement convaincu que certaines plantes qu’on qualifie de psychotropes, lorsqu’elles sont utilisées par des guérisseurs-nés, qualifiés et formés selon une tradition, sont des médecines de l’âme. Il y a des médecines pour le corps, des médecines pour l’esprit et des médecines pour l’âme. Nous avons différents corps et il doit y avoir différentes médecines pour soigner chacun de ces corps. 

Enfin, je ne peux pas être contre quelque chose que je ne connais pas, cela serait contraire à mes principes. Je peux juste dire que j’ai vu des personnes dont la vie a été complètement détruite par des drogues de synthèse, d’autres qui ont été sauvées par des prises de plantes médicinales qu’on qualifie de psychotropes. Il y a les choses et ce qu’on en fait. L’intention qui est derrière les actes que nous posons est pour beaucoup dans l’effet qu’ils ont sur nous. 


Tu sais, y a un truc qui me tarabuste depuis qu’on a décidé de faire cette interview ensemble… Mais plutôt que d’ouvrir ma fraise sur le sujet, j’ai juste envie de te la faire en mode dissertation philosophique : Les concepts qui relient les Arts Martiaux au Chamanisme. Je t’écoute.

Il me faudrait plusieurs heures pour en parler mais on peut citer quatre éléments de la philosophie martiale que l’on retrouve dans certains types de chamanisme : La hiérogamie, qui n’est autre que la reconnaissance de l’union sacrée d’un principe masculin et d’un principe féminin comme base de toute existence dans l’univers. L’animisme, l’attachement aux ancêtres et à la tradition et enfin la recherche de la connaissance de Soi. 

Je vais profiter de ta question pour évoquer un élément précis qui est souvent mal interprété et peu connu dans les Arts Martiaux. Il est lié à l’animisme et je pense qu’il fera un parfait lien avec certaines formes de chamanisme. Je veux parler des références animalières que l’on trouve omniprésentes dans le registre martial. Tu sais : le style du tigre, de la grue blanche, du serpent etc. Les gens s’imaginent toujours que les Hommes ont observé les animaux et s’en sont inspirés pour créer des techniques de combat ou des effets de style. En fait, si le cinéma a donné cette image superficielle, il est quand même très intéressant de creuser plus profond car nous entrons alors dans une dimension très ésotérique de l’enseignement des Arts Martiaux.

En effet, à une époque où l’Homme n’était pas déconnecté de la nature, il considérait l’animal comme porteur de sagesse et d’archétypes. En l’observant pendant de longues périodes, il parvenait à s’imprégner de tous ces éléments et à réveiller l’animal en lui. Il pouvait même passer une alliance avec l’esprit de l’animal et en recevoir certaines connaissances, certaines capacités. Il y a derrière cela une connaissance profonde qui donne au regard de l’Homme un pouvoir magique : l’Homme se construit en fonction de ce sur quoi il pose son regard.

Guerrier-Serpent

Les neurosciences commencent seulement à étudier ce principe qui était déjà connu par les anciens, il y a des centaines d’années. Donc passer du temps avec une puissance naturelle en l’observant et en l’écoutant attentivement permettait à l’Homme d’établir avec elle une connexion et de la réveiller en lui, simplement parce qu’il est un microcosme. On se construit bien en observant les membres de notre famille. Ceux qui comme les Taoïstes se considèrent comme les fils et les filles du Ciel et de la Terre ont comme frères et sœurs les arbres, les rivières, les animaux et peuvent se construire à leur image en allant apprendre avec eux.

Les artistes martiaux cherchaient à développer leur QI, c’est-à-dire l’énergie de vie qui était en eux et si tu veux réveiller le vivant en toi, eh bien il faut te nourrir du vivant. Se nourrir ce n’est pas seulement “manger”. C’est plus subtil que cela. Se nourrir, c’est s’imprégner des choses à leur contact. Quand tu as la tronche dans ta télé toute la journée par exemple, tu te nourris de toute la merde qu’elle te défèque dans le crâne et tu deviens aussi mort que son contenu. Lorsque tu passes du temps dans la nature, tu te nourris du vivant. 


Ah voilà, enfin on y est ! Vas-y, raconte-nous ! Qu’est-ce que le QI ?

Comme je viens de l’évoquer, le QI représente ton énergie de vie, le courant électrique qui alimente ton corps ou encore ton taux vibratoire puisque l’énergie, c’est de la vibration. C’est, en somme, la barre d’énergie que tu as dans le jeu vidéo qu’est ta vie. On ne démarre pas tous une partie avec la même barre d’énergie car nos ancêtres nous transmettent un héritage énergétique et malheureusement, bien souvent quelques casseroles également. Ce capital énergétique va augmenter ou diminuer en fonction de ce dont tu vas te nourrir dans ta vie et en fonction de comment tu vas faire circuler cette vie en toi. 

Pour comprendre l’aspect nutritionnel, il faut concevoir la vie comme une grande respiration : il y a un inspire qui représente ce que tu fais entrer en toi et un expire qui représente ce que tu fais sortir. Ta vie commence par une inspiration et finit par une expiration. Cela signifie que ce qui sort de toi est lié à ce qui rentre.

Le souffle symbolise souvent l’énergie vitale dans les traditions spirituelles car il représente la première manifestation et la première condition de la vie mais il ne faut pas y voir uniquement la respiration physique. Il faut y voir ce principe de nourriture. La qualité de ce dont on se nourrit physiquement, mentalement, émotionnellement et spirituellement va irrémédiablement avoir un impact sur ce que nous allons renvoyer au monde, c’est-à-dire sur la qualité de nos pensées, sentiments, désirs et actes. Si tu veux avoir une grande énergie de vie, il convient donc de t’orienter vers ce qui est nourrissant en termes de vie.

YIN YANG

Bien entendu cela commence par la qualité de l’air que tu vas faire entrer en toi et la manière dont tu vas la faire entrer. Idem pour l’alimentation, celle-ci devra être la plus vivante possible (le terme exact est biogénique) et elle devra être ingérée en conscience. Ensuite il y a la qualité de ton environnement et de ce qui s’y trouve car ce qui s’y trouve va nourrir tes pensées. Tu sais autant que moi que certaines personnes peuvent être tout autant nocives dans ton environnement qu’une antenne relai ou n’importe quelle source de pollution électro-magnétique. En termes d’énergie vitale, la pensée est capitale car ton état d’esprit va t’amener à vibrer plus ou moins haut.

La plus grande source d’énergie de vie est l’Amour donc si tu te nourris de choses qui te procurent des sentiments d’amour, tu vibreras haut, tes pensées seront belles et les actes qui en découleront seront à leur tour nourrissants car ils seront porteurs d’énergie de vie. 

Maintenant, pour comprendre l’aspect circulatoire, il faut penser à la manière des Taoïstes qui considèrent l’Homme comme un canal d’énergie entre le Ciel et la Terre. Un canal sinusoïdal ou spiralé qu’il convient de libérer. Tu peux le libérer par la méditation statique, c’est une méthode classique mais tu peux également le libérer par le mouvement conscient. C’est-à-dire, par un ensemble de pratiques visant à harmoniser ta chair et tes mouvements dans un état de vacuité sur lequel tu poseras des intentions de circulation du vivant en toi. Le souffle sera le grand chef d’orchestre de ces pratiques. C’est ce que sont les Arts Martiaux par exemple.

Faire obstacle à ce que la vie te propose entrave sa circulation à travers toi. Le Tao est un grand plan divin dont tu fais partie et lorsque tu n’acceptes pas la volonté de ce plan, tu bloques la circulation de la vie en toi, tu fais obstacle à la lumière, tu cristallises l’énergie de vie en toi, tu la fais stagner. Ce qui stagne pourrit, tu le sais. Ce qui circule, vit. Donc lorsque tu crées une stagnation de l’énergie vitale en toi par un refus de ce que la vie t’amène pour ton évolution, tu crées automatiquement une réponse de ton corps : un symptôme. C’est ce que l’on nomme une maladie.

La maladie, c’est un mal qui te dit que tu dois modifier ta manière de vivre ou de considérer la vie afin de retrouver un équilibre garant de ta santé. Le symbole YIN YANG représente à merveille ce que je viens de décrire. Il représente une matrice, un tout, dans lequel la circulation de la vie, représentée par une ligne sinusoïdale, est harmonieuse, c’est-à-dire équilibrée dans le mouvement. Dans ce symbole, deux polarités indissociables sont à parts égales dans une relation constamment mobile et harmonieuse. Ce symbole représente ce que tu dois travailler entre le Ciel (l’invisible, les lois universelles, les archétypes, tes mondes intérieurs) et la Terre (le visible, la matière, tes actes) pour que la vie circule en toi et te vivifie. C’est la clé de ta santé et de ta force. Ce même enseignement est consigné dans le caducée d’Hermès lorsque l’on sait le décoder.

Puisque la vie c’est de la lumière et de l’amour, il convient, lorsque ton énergie vitale ne circule plus, de mettre en lumière ce que tu n’acceptes pas de vivre et d’y mettre ensuite de l’amour, de l’acceptation, de le transformer en force.  

Les Hommes d’aujourd’hui sont tellement déconnectés du vivant qu’ils considèrent le QI comme un pouvoir magique. Leur référence au QI est un personnage de dessin animé qui balance des boules de feu avec ses mains ou un vieux Chinois qui projette des mecs au sol sans les toucher. Il faut arrêter avec ce genre de concepts qui nous éloignent de l’essentiel. Tous les humains ont un QI dès lors qu’ils sont en vie et ils peuvent devenir très puissants s’ils axent leur vie autour des lois du vivant qui sont faites pour que la vie / la lumière / l’amour circule (je ne conjugue pas car c’est la même chose).

Si les moyens de prendre soin du QI étaient enseignés à l’école, si on enseignait comment s’aimer et aimer les autres, comment respirer avec notre environnement naturel et ce qui s’y trouve, nous ne serions peut-être pas dans la merde dans laquelle nous sommes aujourd’hui sur notre planète. 


Si je capte bien, le QI n’est donc pas réservé aux pratiquants des Arts Martiaux ?

Bien sûr que non, ma réponse précédente a mis cela en lumière justement. Est-ce qu’un chaman n’est pas en réalité quelqu’un qui contrôle son QI ? C’est quelqu’un qui le contrôle à merveille par la relation qu’il a à lui-même et au monde extérieur. Il a repris son pouvoir, c’est-à-dire, la capacité de diriger son énergie vitale ou bon lui semble alors que la plupart des Hommes ne se rendent pas compte que leur énergie vitale est détournée. Ils sont usurpés. Ils servent bien d’autres choses qu’eux-mêmes. 


Il faut que je te demande un truc que TOUT LE MONDE VEUT SAVOIR : Mais bordel, comment ils font, les Shaolin, pour parvenir à une telle maîtrise de leur corps ?

Il faut faire attention avec ce mythe de Shaolin car aujourd’hui, Shaolin est une mascarade. Shaolin, de nos jours, est un lieu que l’on peut comparer à une sorte de Disneyland des Arts Martiaux. Ce lieu n’est pas le temple originel. C’est un édifice qui a été construit dans les années 70 lorsque la Chine a ouvert ses portes à l’Occident.

Le dernier temple Shaolin avait été détruit aux alentours de 1925. L’objectif était d’impressionner, de nous montrer, à nous, “Occidentaux incultes et malades”, la puissance de la culture ancestrale chinoise (enfin surtout la puissance du communisme). Tu sais, les pseudos “moines” Shaolin de ce temple sont avant tout des démonstrateurs, des acrobates. Ce qu’ils font n’a plus grand-chose à voir avec les pratiques traditionnelles martiales du lieu originel ou même avec les pratiques spirituelles de base. C’est un gros business Shaolin de nos jours.

Les Occidentaux y vont se faire former par des Chinois au crâne rasé durant des stages de quelques jours ou semaines et reviennent chez eux avec un diplôme de Super Guerrier. Ils s’habillent en orange et se mettent à enseigner une gesticulation moderne vide de sens créée par des fédérations sportives communistes dont le but n’est certainement pas de rendre un peuple fort et autonome. Mais tu comprends, ils sont légitimes, ils sont allés faire un stage à Shaolin. Bref, tu auras saisi le truc car cela existe aussi dans ton monde.

Jeune moine Shaolin

Pour répondre à ta question, je préfère imaginer que tu me demandes comment un artiste martial traditionnel peut arriver à une maîtrise avancée de son corps : la réponse est simple, en s’entraînant. Les Arts Martiaux traditionnels vont lui donner une méthode et des règles à suivre. Il va devoir s’entraîner tous les jours selon cette méthode graduelle durant des années, faire de nombreuses expériences, des erreurs parfois… Il devra sans cesse corriger, ajuster... Il va parallèlement devoir adopter un art de vivre pour que tout aille dans la même direction puisqu’il souhaite que son corps soit un parfait représentant du symbole YIN YANG et de ce qu’est un canal d’énergie de vie entre le Ciel et la Terre.

Cela ne s’arrêtera pas juste à de l’exercice physique. L’exercice physique est loin de suffire à faire de toi un artiste martial et à faire de toi le maître de ton corps… loin de là. Un corps sculpté peut servir bien d’autres intérêts que les tiens et finalement te desservir en termes d’énergie vitale. Je peux te l’assurer et en témoigner. J’ai détruit une grande partie de mon énergie de vie à courir de manière déséquilibrée après la force et la jeunesse du corps, aujourd’hui j’apprends à réajuster parce que mon grand maître La Vie me le demande. La vie demande toujours la même chose : l’équilibre. 


Récemment, un pote à moi qui fait du Karaté m’a raconté l’histoire de ce combat où deux adversaires se tiennent l’un en face de l’autre. Bizarrement, rien ne se passe, aucun coup n’est porté. Ils se contentent de se mesurer du regard. Et au bout d’un moment, l’un des deux s’incline face à l’autre, en signe d’acceptation de sa défaite. Peut-être parce qu’il n’a trouvé aucune prise pour attaquer avec une infime chance de victoire. Comme si l’autre était intouchable, quoi. Un regard peut-il donc tuer ? C’est quoi, toi, ta lecture de cet étrange non-combat ?

C’est peut-être celui-là qui gagne réellement le combat car il fait preuve de sagesse et met à terre son ennemi l’égo. Il ne fait pas naître la guerre inutilement. C’est un Artiste Martial. 


J’ai aussi entendu parler d’une sorte de test, épreuve ultime d’un Guerrier en voie d’accomplissement… L’élève est à genoux, yeux bandés, et son maître tient un sabre au-dessus de sa tête. L’idée du truc, c’est qu’il parvienne à s’esquiver au moment même où son maître abat le sabre sur son crâne. Juste en le sentant, donc, sans le voir. Peut-être en captant l’intention du maître avant qu’il n’agisse. Tu peux nous raconter comment ça marche ?

On voit ça chez les adeptes de Masaaki HATSUMI, le dernier représentant de l’art du Ninjutsu, que j’ai du mal à cerner au niveau de la pertinence de son enseignement, mais c’est un sentiment personnel qui se déploie à partir de la lecture de ses écrits et de quelques vidéos de son travail. On trouve cela également dans les légendes japonaises du sabreur aveugle ou dans l’histoire de Miyamoto Musashi.

Je dirais que ce que l’on veut révéler par cette démonstration, c’est la capacité de certains artistes martiaux à accéder à un tel niveau de conscience qu’ils parviennent à déceler des informations extrêmement subtiles dans les mondes invisibles. Ils en viennent à sentir quand bouger lorsque le sabre s’abat sur leur tête. Je me méfie quand même des démonstrations actuelles véhiculées par le net. 


Comme quasiment tout le monde sur cette fichue planète, je suis CARRÉMENT RAIDE DINGUE DE BRUCE LEE ! Donc pardon, mais je profite d’avoir un pro des Arts Martiaux comme toi sous la main pour m’aider à décrypter quelques-unes de ses plus célèbres citations… “Sois comme l’eau”, “Adapte-toi à ce qui est utile, rejette ce qui est inutile, et ajoutes-y ta propre particularité”, “Il n’y aucune limite”. Ça fait rêver, pas vrai ? Tu veux bien les analyser pour moi ? Oh, et tant que t’y es, explique-moi comment il faisait pour développer une telle force de frappe sans prendre aucun élan !

Bruce Lee, archétype du Guerrier

Sois comme l’eau

C’est la qualité d’adaptation, de fluidité, de souplesse, de non-résistance qui est mise en avant dans ce conseil. Dans les Arts Martiaux, le combat représente la vie et Bruce Lee racontait qu’il avait eu une sorte d’illumination en contemplant l’eau d’un lac lors d’une balade en barque. Il avait vu ce grand parcours de l’eau qui est versée par le ciel sur le sommet d’une montagne et qui doit rejoindre l’océan en passant par les entrailles de la Terre et les rivières. “Sois comme l’eau” signifie qu’il ne faut pas stagner dans une incarnation. Une vie t’est donnée pour que tu t’entraînes à parvenir à cette capacité de suivre le changement permanent et à t’y adapter pour parvenir à rejoindre le Grand Tout. 

Il n’y a aucune limite

Je crois que la phrase exacte est : “Adopte la non-limitation comme limite”… quelque chose comme ça. Elle rejoint une autre phrase qui dit : “Ce que tu penses, tu le deviens”. Il fait tout simplement référence à nos croyances qui nous limitent. Si tu parviens à n’avoir aucune croyance limitative, tu es libre et tu es capable de vivre pleinement ce qu’il t’est demandé de vivre.

Adapte-toi à ce qui est utile, rejette ce qui est inutile, et ajoute-y ta propre particularité

En fait je pense qu’il nous dit de ne prendre que ce qui est utile pour accomplir notre destinée en partant du point de vue que notre objectif est d’être pleinement qui nous sommes au-delà des croyances. À l’heure de la surconsommation, s’attacher à ne pas prendre ce qui n’est pas utile, ce qui ne nous appartient pas ou ce dont nous n’avons pas besoin parait difficile parce que nous avons adopté le “je dépense donc je suis”. Ceux qui cherchent à se définir autrement que par la possession de biens matériels sont plutôt du genre à voyager léger, ils se dépouillent de tout ce dont ils n’ont pas besoin dans la matière comme dans leurs mondes intérieurs. 

La force sans élan : tu fais allusion au coup de poing sans recul que Bruce Lee démontra à la convention de Long Beach dans les années 60. C’est le résultat d’un alignement corporel entre le sol et l’adversaire et d’une capacité à produire une unité à partir de toutes les chaînes osseuses, tendineuses, articulaires, nerveuses et musculaires. Le chef d’orchestre de cette unité est l’intention émise au niveau du bas ventre, siège de l’énergie vitale employée dans les Arts Martiaux. Grâce à ces deux paramètres, l’artiste martial peut produire une onde (en sinusoïde ou en spirale) à travers son corps. C’est cette onde qui percute l’adversaire au bout de la chaîne. 


J’aime beaucoup l’idée d’utiliser la force de l’adversaire pour le mener à sa propre perte. D’entrer en harmonie avec la frappe de son ennemi pour la retourner contre lui. Qu’est-ce que ça signifie, “accompagner”, “emprunter la force de l’adversaire”, dans les Arts Martiaux ? Et si on considère que l’adversaire est une situation qui nous dérange, qu’est-ce que ça implique au niveau de la technique, et au niveau philosophique ? Tu pourrais établir le parallèle entre cette technique de combat et une posture globale face à la vie ?

C’est accepter la force de l’adversaire sans la subir et l’utiliser contre lui. C’est un principe basique des Arts Martiaux chinois. Je vais te le transposer dans la vie parce que c’est ce qui me semble intéressant de faire.

Imagine que tu as un conflit verbal avec une personne. Ton but en tant qu’artiste martial est d’établir la paix dans ton monde. Pour cela, tu vas devoir veiller à ne pas laisser ton pire ennemi, l’ego, prendre possession de toi. Tu vas donc écouter l’argument de ton adversaire et tu vas l’accepter à partir, non pas d’une position de victime prête à se soumettre mais plutôt à partir de celle de quelqu’un qui cherche à formuler le fait qu’il comprend le point de vue de son adversaire. Tu le reconnais dans son discours, ce qui ne lui donne pas appui sur toi. Il est normalement prêt à t’écouter à ce moment-là puisque tu as désamorcé l’opposition.

Ensuite tu l’amènes à voir les choses à partir de ton point de vue, non pas pour le convaincre mais pour lui amener la prise de conscience que vous pouvez tous deux avoir deux points de vue différents et finalement échanger sans imposer vos idées. S’il est intelligent, la paix pourra être instaurée entre vous. Tu auras gagné parce que tu auras construit une relation de paix et non parce que tu auras eu raison.

Il n’y a pas de vérité dans la vie, tout change tout le temps donc nous ne pouvons avoir que NOS vérités. Qu’est-ce qui est le plus important, que notre vérité triomphe ou que la paix triomphe ? Pour un artiste martial, c’est la paix qui doit triompher.

Combattants d'art martial

Par contre, si tu as quelqu’un de profondément con en face de toi, sache que dans les Arts Martiaux chinois, la guerre est parfois nécessaire pour rétablir la paix et il faut être prêt à la mener. C’est pour cette raison que l’harmonie n’est possible qu’entre des personnes qui ont travaillé personnellement sur elles-mêmes pour s’extraire de ce sentiment de savoir ce qu’est la vie et la vérité. 

Ainsi dans le combat physique, l’artiste martial peut choisir entre trois stratégies géométriques : le cube, la sphère ou la pyramide. 

Le cube c’est l’opposition, la sphère c’est l’absorption et la pyramide c’est la déviation. Le cube, c’est utiliser la force contre la force lorsqu’on peut le faire. La sphère c’est n’opposer aucune résistance à celle de l’adversaire comme si celui-ci se mettait à frapper dans un morceau de tissu. Et la pyramide, qui est la stratégie intermédiaire, c’est présenter une structure géométrique qui dévie systématiquement les forces vers l’extérieur.

C’est au sein des deux stratégies de la sphère et de la pyramide que l’artiste martiale sera amené à emprunter la force de l’adversaire. 


T’aurais des livres à conseiller à ceux qui souhaiteraient aller plus loin ?

Pour approfondir tous les sujets que nous avons abordés à travers des ouvrages traitants des Arts Martiaux, je conseille trois ouvrages :

Livres recommandés par Brice Amiot

QUELQUES CITATIONS INSPIRANTES TIRÉES DU LIVRE ESPRIT MARTIAL DE BRICE AMIOT POUR RESTER ALIGNÉ DANS LA VOIE…

LES ÉPREUVES ET L'ÉVOLUTION

En regardant la vie comme un maître désirant lui enseigner sa véritable nature, le Guerrier est capable d’accepter tout ce que celle-ci lui propose de vivre. 

LE BIEN ET LE MAL

Si on ne nourrit pas le Mal, il disparaît. En restant focalisé dessus on lui permet d’exister. On élimine le Mal en l’acceptant, en le remerciant d'exister et de nous permettre d’en faire l’expérience pour ensuite reconnaître, apprécier et nourrir le Bien. 

Diriger sa pensée vers le changement et non vers la cause du Mal. Sinon on lui donne de l’énergie. On nourrit le Bien, on combat le Mal en nourrissant les changements bénéfiques qu’il apporte. Le Mal devient alors la source du Bien. 

LA VICTIME

On ne peut éliminer un ennemi en nourrissant le pouvoir qu’il a sur nous. On ne doit pas se considérer comme sa victime. Si ce qu’il dit nous blesse, c’est parce qu’on choisit d’y croire et d’y attacher de l’importance. C’est un piège de l’ego. On détient le choix de souffrir ou non du comportement des autres car on est seul responsable de ses émotions.

LA SOUFFRANCE

La vie est une somme d'expériences dont le but est de t’amener à évoluer. Chaque épreuve est une étape. Tu dois refuser d’agir en victime. Tu es responsable de ta vie et de ce qui en constitue le chemin car c’est le chemin que tu as choisi pour évoluer. Y résister en attribuant ton malheur à des causes extérieures ne fait que retarder ton évolution en installant la souffrance, qui sera alors nécessaire pour t’amener à chercher des solutions à ton malheur jusqu’à ce que tu trouves les solutions en toi. Cela t’amènera à évoluer. Cette étape de la souffrance aura alors contribué à ta réalisation personnelle.

LA RESPONSABILITÉ

Tout ce que tu vis est le reflet de ce que tu es. Quand un truc désagréable se présente à toi, tu en es le seul responsable et cette situation est là pour te révéler qu’une partie de toi fonctionne en désaccord avec l’objectif de ton chemin de vie qui est de trouver la paix avec les autres et toi-même. 

Se considérer comme responsable des problèmes que l’on rencontre est bien plus difficile que d’en rejeter la cause sur le hasard de la vie ou un méchant.

LES ÉMOTIONS

Si une émotion est refoulée et qu’elle ne peut aller à la surface de l’intérieur vers l'extérieur, elle va se condenser vers l'intérieur en créant une tension. Si d'autres émotions viennent s’y ajouter, elle va créer une explosion ou une implosion. Une maladie va naître.

LA RÉALITÉ

Notre ego est un gros filtre à travers lequel nous percevons notre réalité.

L’EGO / PROGRAMME INFORMATIQUE

Les Guerriers sont ceux qui décident d’entrer dans la machine pour la déprogrammer. 

LE GUERRIER ET SON ADVERSAIRE

Le Guerrier polit son être comme on polirait la lame d’un sabre. C’est-à-dire qu’il retire les aspérités qui empêchent la lame de briller et d’être tranchante.

L’EXPÉRIENCE PERSONNELLE

Quels que soient les savoirs, les guides, les enseignements ou les situations qui se présenteront à toi, ne les crois pas. Écoute-les d’abord et ensuite expérimente les choses, vis-les, ne les intellectualise pas. C’est en vivant les choses qu’on les maîtrise. 

Le Guerrier aiguise son âme comme un sabre afin qu’elle foudroie d’un trait toutes ses illusions et faiblesses et qu’elle s’impose comme seul maître à bord.

LA VOIE INITIATIQUE

Pour trouver la paix, l’Homme doit d’abord retourner vers lui-même afin de comprendre qui il est. 

Travailler sur soi c’est tester le maximum de choses en accord avec ce que l’on veut incarner. Il ne faut pas se fixer sur ce que l’on veut obtenir mais sur ce que l’on veut être.

ACCEPTER

La force n’est pas de pouvoir résister à tout mais de pouvoir tout accepter. Si tu peux tout accepter, tu deviens indestructible.

Accepter ne veut pas dire ne rien faire et subir, mais prendre en compte tous les éléments d’une situation sans s’y opposer et à partir d’eux, faire un travail sur soi. C’est ce que veut dire “suivre” dans un combat. Tirer profit de la force adverse. Emprunter la force c’est se servir de l’énergie d’une situation désagréable pour alimenter l'énergie de réussite. 

L’ÉNERGIE ET LA FORCE

Agir en Artiste Martial c'est savoir se servir de l’énergie des choses qu’on estime négatives pour l’employer à réaliser des choses constructives.

L’INTENTION

Si tu as décidé de devenir la personne que tu rêves d’être, il faut employer chaque seconde de ta vie, chaque pensée et chaque acte à cette réalisation. 

L’intention n’est pas une réflexion, c’est une conviction : je sais ce que je fais et ce que je veux qu’il en résulte et je le vis intérieurement un instant avant l’aboutissement de ma technique.

Lorsque l’intention est alignée (sans doute ni peur) avec la voie et le geste, l’action menée est redoutablement efficace.

Pour vous procurer le livre Esprit Martial, contactez l’auteur Brice Amiot via son blog : https://www.briceamiot.fr/brice-amiot/



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Tout est relié

La question que je voulais poser à la plante ce soir-là était du genre cosmique. C’est marrant comment ça fait. Tu commences à t’intéresser à un sujet et ensuite la vie n’arrête pas de t’envoyer des signaux qui t'amènent à le creuser à fond. Ces derniers temps, toutes mes nouvelles rencontres, tout ce que j’avais pu entendre, regarder ou lire pointait la même direction. Et il y avait un livre, en particulier, que mon pote Jocelin Morisson et son acolyte de toujours Romuald Leterrier venaient tout juste d’écrire, qui m’avait fait forte impression, faisant éclore en moi de vastes et complexes réflexions, pistes inconnues que je brûlais de suivre... Je savais que l’ayahuasca avait le pouvoir de me faire m’y engager. Je veux dire, pour de bon. Au-delà de l’intellect. Au-delà des concepts. Elle seule était en mesure de me faire comprendre, de tout mon être, ces idées si belles qui m’avaient enflammée.

— C’est de la Cielo, pas vrai ? j’ai fait à Wish alors qu’il saisissait la bouteille.

— Ouais, il a répondu avec un sourire accompagné d’un clin d’œil.

Inutile d’ajouter quoi que ce soit. On se comprenait, lui et moi. La cérémonie avait de fortes chances d’être cosmique avec cette variété d’Ayahuasca.

Ça tombait bien. La question que je voulais poser à la Plante ce soir-là était du même tonneau. C’est marrant comment ça fait. Tu commences à t’intéresser à un sujet et ensuite la vie n’arrête pas de t’envoyer des signaux qui t'amènent à le creuser à fond. Ces derniers temps, toutes mes nouvelles rencontres, tout ce que j’avais pu entendre, regarder ou lire pointaient la même direction.

Et il y avait un livre, en particulier, que mon pote Jocelin Morisson et son acolyte de toujours Romuald Leterrier venaient tout juste d’écrire, qui m’avait fait forte impression, faisant éclore en moi de vastes et complexes réflexions, pistes inconnues que je brûlais de suivre...

Je savais que l’Ayahuasca avait le pouvoir de me faire m’y engager. Je veux dire, pour de bon. Au-delà de l’intellect. Au-delà des concepts. Elle seule était en mesure de me faire comprendre, de tout mon être, ces idées si belles qui m’avaient enflammée.

Wish a siffloté et chantonné longuement au-dessus de la bouteille, avant de lui souffler de la fumée de mapacho dedans. Ensuite il l’a refermée et l’a secouée doucement, puis s’est levé pour me souffler de la fumée sur moi aussi. Sur ma tête, sur chaque épaule, dans mes mains jointes. Il est retourné à sa place et m’a servi une tasse du breuvage. Après l’avoir icarisée aussi, il me l’a tendue.

J’ai fermé les yeux, laissant mon intention monter en moi afin que ma conscience s’en imprègne. C’est comme ça qu’on doit demander à l’Abuelita. Pas juste avec son mental. On doit lui parler avec son cœur. Mon esprit restait silencieux, concentré à l’extrême. Aucune pensée n’était émise.

Alors, sans paroles, s’adressant directement à celle de la Plante, ma conscience a demandé : Montre-moi comment tout est relié.

Et j’ai porté la tasse à mes lèvres.

Wish a bu à son tour, directement à la bouteille, puis il a soufflé la bougie.

Tout est relié : chronique-expérience du livre sous forme de cérémonie d’ayahuasca

Review du livre Tout est relié, écrite par Jocelin Morisson et Romuald Leterrier, sous forme de cérémonie d'ayahuasca

Pendant la première demi-heure, Wish s’est contenté de siffloter, attendant de savoir quels esprits invoquer, à quelles énergies se relier. Assise en tailleur face à lui, ma tête était de plus en plus lourde et, lentement, je me suis enfoncée dans la transe. 

Le chant de la jungle - ces milliards de sons distincts, stridulations d’insectes, bruissement de feuillages, coassements de crapauds, étranges et obsédantes mélopées d’oiseaux nocturnes, qui forment ensemble une musique hypnotique - s’infiltrait dans mon corps en le faisant résonner comme s’il faisait partie de lui. Je vibrais comme un caisson de basse saturé. J’aime quand la selva prend possession de moi comme ça.

J’avais intensément conscience du bruit de la rivière, en contrebas de la maloca. L’écoulement continu de l’eau le long des rives était un canoë qui m’entraînait de plus en plus profondément au cœur de la jungle.

Wish a entonné son premier chant et après quelques couplets, j’ai souri toute seule en réalisant qu’il chantait l’icaro de la Yacumama, cet esprit-serpent subaquatique, mère de toutes les créatures de l’eau, puissant allié des cérémonies. J’étais donc bien alignée sur la vibration de la medicina. Cette nuit, le voyage commencerait sur le fleuve. 

Fleuve d'Amazonie

La maréacion s’est accentuée et ma conscience est descendue d’un niveau. J’ai senti la variation de pression dans mes oreilles et dans ma mâchoire. Un peu comme quand on fait de la plongée. Derrière mes paupières closes, dans l’encre noire de ma psyché, un serpent a lentement commencé à se former. Il était gigantesque. Enfin, d’après ce que je pouvais en voir. Je me situais plus ou moins sur son dos, sa tête et sa queue demeuraient invisibles, tant il était long, mais son immense corps lisse et écailleux, couleur de pierre, ondulait sous moi pour m’entraîner au fil de l’eau. Cette eau calme et noire où les étoiles se reflétaient comme des lucioles.

C’était beau. La jungle endormie sur les rives semblait s’ouvrir en deux pour nous permettre de pénétrer en elle. Et puis, brusquement, mon serpent-pilote a plongé, et mon corps a inspiré de toutes ses forces comme si ça avait la moindre chance d’être utile dans cet autre monde… 

On glissait maintenant loin sous la rivière, là où jamais la lumière du jour ne pénètre. Les abysses. Ça n’avait rien d’effrayant, pourtant. C’était même très apaisant d’évoluer lentement, en spirale, dans cette dimension infiniment silencieuse où toute perception était comme atténuée. 

J’aurais du mal à expliquer pourquoi, mais je me sentais comme à la Nuit des Temps, pour peu que ça veuille dire quelque chose. C’était comme de retrouver un berceau de racines très anciennes, là où tout avait commencé. Cet endroit mythique où l'énergie primordiale dansait librement, longtemps, longtemps avant d’entreprendre de se complexifier en cet état qu’on appelait désormais la vie. 

Guidé par les chants de Wish, de plus en plus lourds, de plus en plus primitifs, le serpent, la rivière et moi on a commencé à se confondre, à fusionner. L’icaro nous enroulait, imprimant des torsions à notre course comme dans ces photos qu’on voit de la Terre vue du ciel. Cette Amazonie tellement belle avec son fleuve brillant qui la sillonne, tellement belle qu’elle donne envie de pleurer. Et puis la Yacumama a franchi la barrière du sable qui couvrait le lit du fleuve.

C’était un passage. Une porte vers une autre dimension. Vers le passé, je crois, mais je n’en suis toujours pas sûre.

Peinture rupestre de Wandjina

Je me trouvais maintenant dans une espèce de grotte, une caverne dont les parois étaient ornées de dessins étranges figurant des entités flottantes semblables à des… bactéries, peut-être. Ou alors à des extraterrestres. C’était le genre de vision qui ressemble au rêve lucide, si bien que je pouvais me balader dans la grotte et prendre le temps de déchiffrer les dessins. Les êtres cellulaires étaient enveloppés de nombreuses membranes où des formes en double hélice, comme des brins d’ADN, flottaient elles aussi. 

Et puis sans prévenir, comme ça le fait souvent avec l’Ayahuasca, mon point de vue s’est modifié et tout s’est accéléré. Je voyais les choses comme si elles se produisaient à la fois séparément et simultanément. Une tribu dans le désert. Des Hommes qui m’ont fait penser aux Aborigènes d’Australie. Je ne suis pas certaine qu’ils étaient vraiment conscients de ma présence, pourtant j’avais le sentiment que c’était à moi que s'adressaient leurs actes et leurs pensées. Leurs rituels.

Représentation de Wandjina sous un abri sous roche

Différentes scènes flashaient très vite l’écran de ma psyché. C’était pas évident de comprendre le sens exact de ce qui s’y déroulait. Ces gens me montraient des sources, des mares, des nuages chargés de pluie. Ils semblaient connaître intimement le cycle de l’eau sur Terre, jusqu’au plus subtil de ses détails, et paraissaient y accorder une importance capitale. Ils me montraient comment les peintures des cavernes et l’eau de la Terre étaient connectées entre elles.

En faisant naître des visions dans ma tête, sorte de langage télépathique, ils me racontaient que les entités figurées sur les roches étaient des êtres spirituels, peut-être leurs ancêtres mythiques, et qu’ils se servaient de l’eau pour se manifester. Eux, les gens de cette tribu, avaient le devoir de les réanimer en rafraîchissant régulièrement les peintures, pour dialoguer avec eux. C’était comme ça que leurs chamans se connectaient à ces êtres, à travers le temps, apparemment. En tout état de cause, c’était par l’entremise de l’eau que cet échange d’informations, via un phénomène de conscience, était rendu possible. 

La dernière vision dont je me rappelle concernant ce peuple est assez floue. Des Hommes sortaient d’un fleuve brumeux dans les flots duquel, comme prisonnières d’un miroir, se laissaient deviner ces entités. Est-ce que c’était elles qui, finalement, avaient engendré ces Hommes ?

Et si les Wandjina étaient les ancêtres mythiques des Ngarinyins, peuple autochtone d’Australie ?

Wish s’enflammait désormais comme un malade avec ses icaros, et même si je comprenais pas le Shipibo, la teneur des nouvelles visions qui proliféraient en moi telle une terrible jungle à la végétation carnassière ne faisait aucun doute ; il invoquait les esprits-guérisseurs du monde entier, passé, présent, et même futur, nom de Dieu. Impossible d’expliquer autrement le fait que je voyais soudain une véritable armada de chamans en tout genre, n’importe où que je tourne mon regard mental !

Alto Cielo, peinture de l'ayahuasquero Pablo Amaringo

Certains tapaient comme des sourds sur des tambours, d’autres étaient attifés de plumes et de peaux de bête et virevoltaient autour d’un feu, d’autres agitaient des chacapas et soufflaient de l’agua florida, et d’autres encore, qui faisaient penser à des putains de cyborgs, fumaient des cristaux dans une pipe à crack en rejetant une fumée qui crépitait de code informatique…

Et toutes leurs médecines, et les esprits qui les animaient, apparaissaient et disparaissaient comme des hologrammes de fumée, la matrice des patterns leur offrant brièvement forme, avant qu’ils s’évaporent à nouveau : peyotl, bufo, fleurs de toé, champignons, le docteur sans tête de l'ayahuma, lianes d’ayahuasca, san pedro, l'esprit ténébreux du tabac et ces drôles de grenouilles kambo…

Mais le plus fou dans tout ça, c’est la façon dont ces guérisseurs, leurs chants, leurs instruments, leurs esprits alliés, leurs souffles, leurs plantes sacrées et finalement leurs intentions étaient… reliés entre eux.

Alli Mariri, peinture de l'ayahuasquero Pablo Amaringo

Parce que chaque cérémonie qu’ils faisaient chacun dans leur coin, à travers les âges et les lieux, n’était en fait qu’une seule et éternelle cérémonie, un rituel aussi vieux que le monde, constant, permanent, immense, qui les unissait par-delà l’espace et le temps au moyen d’une sorte de toile cosmique à la brillance de cristal, gigantesque et infini réseau qui les connectait entre eux par la seule force de leurs intentions.

Même les plantes et les animaux y étaient reliés ! C’était pour ça qu’un chaman pouvait se transformer en jaguar ou encore incorporer l’essence d’une plante maîtresse avec sa diète !

J’en croyais pas mes yeux… Incapable d’émettre la moindre pensée, mon esprit recevait ces flots d’information de plein fouet tandis que ma bouche s’ouvrait toute seule d'émerveillement. J’étais subjuguée.

Mais le pire, c’est quand la Plante a réalisé son dernier réglage pour me montrer que même les esprits des morts et les êtres conscients d’autres planètes faisaient également partie du réseau…

J’ai chopé ma bassine et me suis mise à vomir. Encore. Et encore. Fallait que je fasse de la place en moi pour parvenir à intégrer ce que je venais de voir. Mes neurones étaient en surchauffe. Tout ça était trop énorme ! De longues vagues abrasives de nausée me soulevaient les entrailles. Agrippée à mon seau comme une perdue, je me vidais à n’en plus finir, tandis que mon esprit ripait encore et encore sur ce que la plante m’avait montré. Incroyable, je me répétais bêtement, bon sang, j’y crois pas, bordel !

A bout de souffle mais bien purgée, je me suis allongée en passant une main sur ma bouche pour en effacer les dernières traces de vomi.

De son côté, Wish attaquait déjà un nouveau chant. Heureusement, cet icaro-là était calme, aérien, et la façon dont il modulait sa voix, comme seuls les Shipibo savent le faire, imprimait des torsions aux patterns de mes visions, à la façon d’un charmeur de serpents capable de les faire danser au son de sa flûte.

ADN

Des filaments lumineux, flottant dans l’espace, s’aimantaient par couple pour s’entrelacer comme des reptiles amoureux ou encore… des brins d’ADN, ou alors une liane d’ayahuasca. La voix de Wish les hypnotisait, les faisait tournoyer sur eux-mêmes, s’enrouler ensemble, se multiplier, toujours en un mouvement circulaire, des spirales valsant au rythme de sa mélodie, animées de cet étrange double mouvement de descente et d'ascension, tout comme l’icaro de Wish, d’ailleurs, qui montait dans les aigus, descendait dans les graves, se faisant écho à lui-même avec la fin de la dernière phrase répétée au début de la suivante, comme font souvent les chants shipibo.

C’était tellement beau de pouvoir voir la musique comme ça ! De vraiment regarder comment Wish façonnait l’espace psychique où lui et moi étions immergés avec ses chants, transformant cette dimension en un lieu d’observation où les informations se structuraient en live sous mes yeux…

Mais cet étrange espace qu’on partageait, j’ai réalisé que c’était aussi mon cosmos intérieur. C’était comme… d’avoir le contenu de ma psyché ouverte en deux, exposé d’une façon visible et hautement intelligible.

Cette phrase de Nietzsche m’est soudain revenue à l’esprit : Le sommet et l’abîme sont maintenant confondus.

Prostration, peinture de Alex Grey

Est-ce qu’il faut… plonger au fond de soi pour comprendre le cosmos ? j’ai chuchoté pour moi-même, toujours absorbée par les visions qui dansaient en moi. Est-ce que, quand tu sautes au fond du puits… celui où l’abîme te regarde… après avoir glissé dans le tunnel, tu te retrouves finalement… à la cime du monde ?

Le serpent, une fois de plus, se mordait la queue…

C’est Jung, je crois, qui disait que l’observation ultime du cosmos et des tréfonds de la matière permettrait à terme de percevoir la nature de l’esprit. Cette idée que la psyché se reflète dans la matière et inversement. A ce moment-là, je me demandais si l’introspection pouvait conduire à la connaissance ultime de la réalité. Si continuer les diètes de plantes maîtresses comme je le faisais depuis plusieurs années me permettrait un jour d’atteindre les dernières rives de la connaissance. 

Quelques jours auparavant, Wish m’avait dit que c’est par le biais du psychisme que les entités intelligentes comme l’Ayahuasca ou les extraterrestres peuvent se manifester dans la conscience. Qu’il suffit juste de tourner le bouton pour capter la bonne fréquence. Ça m’avait rappelé Jan Kounen, qui dit, lui, que c’est par le biais de ce télescope végétal qu’est l’Ayahuasca que les chamans ont exploré et découvert une conception de l’univers qu'ils ont intégrée depuis des millénaires à leur mythologie…

Neurones

Ces idées qui surnageaient à la surface de mon esprit se sont mises à prendre vie en moi, métamorphosant mes pensées en visions. Petit à petit, comme une araignée travaillant méticuleusement au tissage de sa toile, cet univers que je portais en moi, gravé dans mes cellules, s’est organisé en réalité expérientielle. 

C’est difficile à décrire, et pourtant c’est un truc que fait fréquemment l’Ayahuasca. Permettre une double vision. Pouvoir regarder le monde sur plusieurs échelles à la fois, microscopique et macroscopique. Il faut le vivre pour savoir que c’est possible. Voir les choses séparément et aussi comme un tout, simultanément. L’expérience se télescope en une unité, sans perdre pour autant les détails de ce qu’elle montre. 

univers et le cerveau fonctionnent sur le même modèle

La Plante me présentait un champ de neurones qui était également une représentation de l’espace et des planètes en trois dimensions. Par un subtil jeu d’images, le cosmos était devenu… un immense cerveau !

Les neurones étaient des galaxies, reliées entre elles par des milliards de synapses, acheminant des impulsions lumineuses d’informations comme pour innerver, nourrir l’ensemble du système, le tout constituant un réseau fantastique où chaque planète renvoyait l'écho de toutes les autres planètes, comme un système holographique, constituant une symphonie de reflets où chaque partie contenait le tout, chaque note portant en elle l’ensemble de la mélodie… 

Galaxies, vue artistique

Cette musique était celle de la conscience qui apprend à se connaître elle-même en ricochant et se diffractant sur ses fragments, au cœur de ses incarnations qui la densifiaient des expériences et des vécus particuliers de chaque être, mais sans jamais perdre son lien avec elle-même, avec sa nature. Car elle était infiniment supérieure à la simple addition de ses parties.

J’étais totalement happée par la beauté et la signification de cette vision. Ma bouche s’ouvrait toute seule sur un râle d’extase silencieux, des larmes brûlantes inondaient mes joues face à tant de puissance, tant de signification, et mon front et le sommet de ma tête étaient bouillants, comme ceints d’une couronne de lumière, parce que le cerveau qui se planquait en plein cœur de ma tête était exactement la même chose que l’espace intersidéral, et je le sentais physiquement relié à la vision que la Plante m’en offrait ! Et cette planète sur laquelle je vivais, loin d’être une terre perdue et isolée dans le noir de l’infini, était elle aussi un maillon de cette chaîne dont chaque élément était connecté aux autres en reflétant en lui la totalité dont il faisait partie… 

C’est alors que j’ai eu un flash extrêmement brutal de Ronin, l’anaconda mythique des Shipibo, cet Ouroboros créateur de la réalité. Ça n'a duré qu’une brève seconde, mais je l’ai vu dans toute sa vertigineuse signification.

Ronin, anaconda mythique des Shipibos, créateur de la réalité et Ouroboros

Il était l’ADN. Il était l’Ayahuasca en liane, puis en breuvage, passant de la nature à la culture. Il était les kéné, ces dessins de l’art shipibo. Et il était aussi l’anaconda et le jaguar, ces deux puissants esprits mythiques du chamanisme amazonien, dont les tâches sur le pelage et les écailles sont tellement similaires… Mais surtout… il était l’emblème et le symbole parfait de la conscience qui, tel Shiva dans sa danse, dans sa boucle éternelle sans début ni fin, ne cesse de s’enrichir, de s’accroître, de s’expandre, de se densifier, de se complexifier à travers l’expérience des vivants incarnés, entraînée par un élan infini pour se nourrir d’elle-même. 

L’esprit, la matière, la science, la philosophie, la foi, les archétypes et l’inconscient collectif n’étaient que les différentes manifestations, les vibrations sur différentes échelles, dans différentes dimensions, sur différentes fréquences, d’une seule et même chose. 

Une seule réalité.

Je l’ai senti dans tout mon corps. Je l’ai compris avec mes cellules et mes organes, avec ma peau. Cette Ayahuasca Cielo que j’avais bue, c’était moi. Cette plante qui utilisait le langage visionnaire pour m’enseigner le monde. Ces chants que Wish envoyait avec une foi décapante vers l'espace. Ces esprits qui nous guidaient et accompagnaient nos efforts pour nous comprendre nous-mêmes. Tout ça, c’était la conscience. Et elle n’existait qu’au singulier. La selva et la médecine formaient une interface pour que la conscience apprenne enfin à dialoguer, puisse enfin communiquer avec elle-même. 

Sumac Icaro, peinture de l'ayahuasquero Pablo Amaringo

Je me suis mise à rigoler toute seule. Vraiment fort. Et j’ai redoublé de rire quand Wish s’est joint à moi.

Faire exploser les filtres du cerveau pour que la réalité apparaisse enfin dans son entièreté ! Oui, c’était ça la solution ! Et alors, y avait plus de séparation entre le passé, le présent et le futur, et plus de distance spatiale non plus. Des Hommes du passé pouvaient me montrer leurs vies. Les esprits des plantes pouvaient m’enseigner leurs secrets. Le jaguar pouvait s’incarner en moi pour me prêter sa force. Et mon moi du futur pouvait guider mon moi présent jusqu'à lui en créant des signes sur mon chemin…

J’ai entendu Wish se lever alors je me suis redressée tant bien que mal pour recevoir son chant du mieux possible, toute recroquevillée sur moi-même. C’était un icaro rapide et fort, et il le scandait en me frappant doucement la tête avec sa chacapa et en me crachant du parfum dessus à plusieurs reprises. Je savais pourquoi il faisait ça. Pour me faire reprendre contact avec mon corps. Il devait sans doute considérer que j’avais été un peu trop loin pour mon propre bien. 

Une fois le chant terminé, il m’a soufflé du mapacho sur la tête et dans le débardeur, puis est revenu sur le sommet de mon crâne pour lui insuffler de la fumée dedans en serrant sa main en cône, rapidement, à trois reprises. 

Ça m'a apaisée. Il avait enfin refermé le passage, colmaté le canal qui m’avait permis de comprendre et de voir tout ça. Et c’était pas plus mal, parce qu’à force je me sentais vraiment comme un monstrueux ordinateur quantique en surchauffe ! (non, je ne sais pas ce qu'est un ordinateur quantique, mais c’est pas le problème).

— Merci, j’ai chuchoté en rigolant à moitié.

— De rien, Zoë.

On s’est marrés ensemble un petit coup et il est reparti à sa place, restant silencieux et fumant pensivement le reste de son mapacho. J’ai rampé jusqu’au tapis pour m’en prendre un moi aussi, mais j’avais la nausée au bord des lèvres et fumer n’arrangeait pas vraiment la chose. La Plante était toujours en moi, je la sentais déjà s’organiser pour un nouvel assaut.

Liane d'ayahuasca

J’ai posé le mapacho à peine fumé sur le plancher et me suis rallongée sur mon petit matelas, douillettement recueillie en moi-même. Cette médecine était vraiment incroyable ! Malgré mes nombreuses cérémonies, j’étais toujours aussi surprise et fascinée par le pouvoir de ce breuvage. On dira ce qu’on voudra, mais pour un Occidental, le fait que des plantes soient en mesure de communiquer avec nous en utilisant notre psyché reste quelque chose de fondamentalement mystérieux.

D’une, ça suppose que ces plantes soient animées d’un esprit, mais aussi d’une intelligence et d’une volonté de s’en servir pour, chose plus incongrue encore, nous aider. De deux, ça implique qu’elles sachent adapter leur langage à chacun de nous en lui présentant des visions à la portée de sa compréhension. Et de trois, cerise sur le gâteau, les informations qu’elles nous transmettent sont d’un niveau de sagesse si élevé que leur savoir synthétise en une sorte de méta-analyse tout ce que l’être humain a pu inventer comme moyens d’études du réel, surfant entre les domaines du mythe, de la physique, de la biologie et de la psychologie en orchestrant tout ça en une unité au maillage si serré que tout semble découler naturellement de tout.

Une fois, Wish m’a dit que l’Ayahuasca nous connecte aux archives de la vie. Il disait qu’en fait, l’Ayahuasca est le livre, et la Chacruna la langue qui permet de le lire. Ce soir-là, j’étais plus que convaincue qu’il avait raison.

Mais j’ai coupé court à ces pensées analytiques qui me fatiguaient déjà pour me laisser envoûter par les nouvelles images en train de se former. 

Abeille

J’étais dans une prairie, mais ma taille avait dû considérablement diminuer en chemin, parce qu’elle m’apparaissait immense, une véritable jungle. Les fleurs que je croisais étaient beaucoup plus grosses que moi, bon sang. Ça s'agitait de partout dans cette clairière. L’air vrombissait d’un millier de petites vies qui s’activaient en tout sens. J’étais comme en apesanteur, la Plante me baladait doucement dans ce monde végétal saisissant de couleurs et de détails. Et puis une abeille a été élue comme guide, et j’ai suivi ses déplacements de fleur en fleur.

Jusqu’à ce que je fusionne avec elle. Elle était en train de butiner quand ma conscience est entrée en elle. D’un coup, le monde a complètement changé de visage ! Le spectre de couleurs que mes yeux recevaient s’est brutalement appauvri, comme si je ne pouvais plus percevoir le rouge, je crois, mais cette perte était largement compensée par mon incroyable pouvoir d’appréhender le monde en une infinité de petites réalités qui, conjuguées ensemble, m’offrait une vision enrichie de mon environnement et surtout, par ma nouvelle capacité de détecter la symétrie. C’était ça que je cherchais dans les fleurs. Les plus symétriques d’entre elles indiquaient leur bonne santé, et donc de bonnes ressources pour moi.

Fleur

Sans savoir comment, j’ai laissé l’abeille pour plonger dans une fleur. J’étais maintenant en pleines fractales hexagonales qui rappelaient un peu le début de l’expérience du bufo. Mon esprit se faisait ronger, dévorer par cette mosaïque vivante aux couleurs impossibles, en perpétuelle mutation. C’était loin d’être agréable, vraiment, d’autant plus que je souffre de trypophobie, cette bizarre et stupide peur des petits trous qui te donne envie de vomir quand t’en vois trop, mais j’étais en train de comprendre que ces formes alvéolaires étaient une structure essentielle du vivant, présente partout dans la nature, dans les yeux d’une abeille, dans les ruches, dans les pistils de fleurs, dans les parois cellulaires, comme si la symétrie et la duplication étaient des caractéristiques majeures de la vie.

Et puis, je sais pas, j’ai perdu pied. Ces fractales m’ont désintégrée. Je ne sentais plus mon corps et mon identité m’avait été comme dérobée. Ma conscience, ou alors mon cerveau, semblait à présent répandu, reparti dans mon corps entier, et c’est à travers ce corps-cerveau que j'appréhendais désormais l’univers. Je me sentais comme… une plante, je crois. 

Colonie de fourmis

C’est dans cet état étrange que j’ai continué mon exploration. L’Ayahuasca était repartie dans ce type de vision absolument non-humain, où tout s’interconnecte simultanément. Il y avait une colonie de fourmis qui s’activaient comme des petites folles, et en surimpression une forêt fortement agitée par une énorme tempête, de celle prête à déraciner les arbres. Les fourmis s’excitaient, les arbres se tordaient sous l’impulsion du vent, et j’ai plongé chez les fourmis qui couraient à présent pour fuir la pluie martelant leur petit univers, qui m’apparaissait immense, pour le coup. A leur échelle, cette tempête, c’était l'Apocalypse ! 

Le pire, c’est que je me sentais vivre à l’intérieur de chaque fourmi mais aussi en tant que… qu’esprit collectif de la colonie. Certaines parties de moi mourraient, emportées par les rivières d’eau ou étouffées dans la boue, mais mon esprit global absorbait la mort d’un de mes membres, parce que mon existence…

J’ai pas eu le temps de transformer cette information en concept. La Plante a brusquement décidé de me faire changer de niveau et j’ai passé la barrière de la terre pour plonger à la rencontre du monde souterrain, là où proliférait… le mycélium.

Il était immense, nom de Dieu ! C’était un gigantesque réseau ! Et il vivait d’une vie carrément effroyable de vivacité !

C’était un organisme tentaculaire, une entité sans fin parcourue de nervures luminescentes, sorte de tissu structurant la vie en soutenant, alimentant, connectant toutes les plantes entre elles, et même, je crois bien, tout le vivant…

Mycélium

Cet être intelligent était capable de s’étendre pour rechercher l’eau et les nutriments, pour se connecter aux racines des plantes et des arbres, il dégradait et assimilait les cellules des autres organismes, et apparemment, il était aussi en mesure de transmettre de l’information par voie chimique et peut-être électrique, comme me le laissaient supposer ces impulsions lumineuses et décharges d’énergie qui le parcouraient, me faisant une fois de plus penser à des synapses en pleine activité. 

C’était terrifiant… On aurait dit un gros alien caché sous la surface du monde, auquel aucun d’entre nous ne pouvait échapper !

Au fond de moi, pourtant, je savais qu’il était question de symbiose et non pas d’une relation parasitaire, mais la peur était entrée en moi et ce qui restait de mon mental s’est jeté dessus pour conceptualiser cette idée que j’avais lue dans une nouvelle d’Isaac Asimov, je crois : les plantes nous utilisent pour se répandre à travers l’univers.

Oui, l’Ayahuasca empruntait notre cognition, comme les fleurs utilisaient la mobilité des abeilles, pour ensemencer la planète. Enfin, pas vraiment l’Ayahuasca sur le plan physique. Plutôt son esprit. Beaucoup d’entre nous tombaient amoureux d’elle après l'avoir bue, et ne songeaient qu’à une chose, en faire tâter aux autres !

Est-ce que la nature cherche à se sauver elle-même par l’entremise de notre conscience ? j’ai murmuré dans ma tête en passant les mains sur mon visage, à moitié mortifiée. Un être humain qui boit de l’Ayahuasca voit fatalement sa conscience écologique s’élever et il veut plus causer aucun dommage à l'écosystème. Il veut même le protéger ! Et si plus d’humains boivent de l’Ayahuasca, plus d’humains sont éveillés. Est-ce que ce serait un moyen pour la Plante de se sauvegarder ? Pour survivre cachée à l'intérieur de notre conscience ?

Je me suis jetée sur ma bassine pour me remettre à vomir, littéralement infestée par ces pensées. Je me suis vidée des minutes entières, reprenant contact avec mon corps, rejetant maladivement hors de moi ces idées qui m’effrayaient tant. C’était plus fort que moi. Je me sentais parasitée. 

Et j’ai entendu la Plante glousser.

Conscience universelle, vue artistique

Tout est conscience, elle a fait de sa voix sensuelle constituée de mille voix différentes. Toi, moi, la Nature, il n’y a pas de différence. La conscience ne veut que plus de conscience. Quand tu me bois, c’est toi-même que tu rencontres, et c’est toi aussi que tu sauves.

En un claquement de doigts, j’ai cessé de vomir. J’ai écarté ma bassine et me suis assise toute droite, en tailleur. Presque rigide. J’ignore pourquoi, mais les paroles de la Plante ont complètement redressé ma posture, à la fois physique et spirituelle. Ma colonne vertébrale s’est recentrée. Je me suis mise à respirer longuement, profondément. Et mon esprit s’est réaligné sur la vibration de la medicina.

Je comprenais le message de l’Ayahuasca. Je le comprenais avec tout mon être, mes tripes, mon cœur, mon âme. Et je le sentais, aussi. A ce moment-là, la conscience de la Plante fusionnant avec la mienne était une expérience, une réalité. C’est difficile à expliquer, mais on aurait dit que mon corps était une sorte d’antenne, de récepteur, une radio branchée sur les ondes de la médecine, recevant et émettant sa vibration, et… ça me faisait comme rayonner de l’intérieur. 

Oui, tout était relié, tout était une seule et même chose, et ce monde de matière dans lequel j’allais retourner, lui aussi faisait partie de moi, et ma conscience pouvait y imprimer ses intentions. Parce que c’était elle qui le créait. La conscience était première. C’était la seule réalité.

Nourrie par mes réflexions, une autre dimension s’est ouverte à moi, et c’est la vision la plus belle et la plus incroyable que j’ai eue cette nuit-là. J’ai vu l’humanité entière, comme les cellules d'un organisme, disséminées sur l’ensemble de la planète, avec ces milliards de petits moi incarnés dans toutes ces personnes, tous connectés par des fils lumineux multicolores à des entités humanoïdes gigantesques qui flottaient dans l’espace. Des Soi, j’imagine. Mon point de vue s’est reculé pour que je réalise que ces Soi n’étaient eux aussi rien de plus que les pièces du puzzle d’une sorte de Super Soi unique, immense esprit de cristal dans lequel circulait sans fin une sorte de code informatique.

Vue artistique de la conscience universelle

Non, je dois rectifier quelque chose. Je ne voyais pas la scène. J’étais la scène.

Y avait plus de démarcation entre moi et l’univers. A ce niveau de conscience, cette différenciation n’existait tout simplement plus. J’avais (si le “je” possède encore une quelconque signification…) replongé dans l’expérience pure, sans observateur, sans identité pour la vivre, et pourtant… elle était en train de se vivre. Et je sentais comment cette mécanique cosmique fonctionnait, la façon dont chaque petite vie individuelle alimentait les Soi, comment chaque Soi enrichissait la Supraconscience Primordiale, et aussi comment, dans un élan toujours renouvelé, cette Conscience s’incarnait à nouveau, en plein amour avec elle-même, pour se brancher sur l’expérience individuelle afin de toujours plus se densifier, se complexifier. S'expérimenter elle-même. Se connaître…

Et dire qu’on croyait tous lutter dans le vide comme des idiots aveugles, soumis à un hasard cruel et capricieux !

La peine qu’on ressentait, les batailles qu’on menait, la foi qu’on mettait à croire en nos valeurs et à les faire vivre, cette terrible liberté qu’on poursuivait à coup de pioche pour la déterrer de nous, l’amour insensé… dont chaque vie humaine était la manifestation… L’Amour était la clé de tout ça, son sens, la direction et la signification de l’existence, sa raison d’être…

Conscience, vue artistique

On n’était pas là pour découvrir ce que d’autres connaissaient déjà. On existait pour donner du sens à la conscience, en temps réel, en créant la réalité depuis cette source à laquelle chacun de nous pouvait se relier, cette source à la fois transcendante et immanente, qui était NOUS, parce que… 

… la conscience et la réalité sont les reflets mutuellement renvoyés d’une seule et même expérience… a chuchoté la Plante au creux de mon oreille.

— Bon sang, elle est vraiment cosmique, cette Ayahuasca Cielo… j’ai baragouiné en direction de Wish, qui s’est esclaffé sans retenue.

Et il a pris sa guitare pour commencer à nous faire redescendre doucement.


— Et si tout ça n’était qu’une vaste simulation ? j’ai demandé à Wish le lendemain.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Eh bien, je sais pas… j’ai fait en cherchant mes mots. Comme dans un rêve, quoi. Ou un jeu vidéo.

— Mais c’est un rêve, il a répondu à sa manière à la fois simple et énigmatique qui avait le don de m’agacer. Et c’est un jeu, aussi. Mais je te rassure, quand la partie sera finie, tu vas te réveiller. 

Et si la réalité n'était qu'une vaste simulation ?

Un long frisson m’a parcouru l’échine. Dans mon système, les restes d’Ayahuasca ont frémi, et une brève seconde, mon esprit a été la proie d’une inquiétante étrangeté.

Je me suis dit qu’il faudrait que je me replonge dans ce livre de Jocelin Morisson et Romuald Leterrier, Tout est relié, afin de vérifier ce qu’ils en disaient, eux.

Ouais, c’est comme ça que ça marche. Même le savoir est une boucle. On découvre quelque chose dans un bouquin, puis on l'expérimente dans sa vie, et enfin on rouvre le livre, riche d’une nouvelle compréhension personnelle, pour s’apercevoir que notre seconde lecture est vachement plus vaste. 

Merde, je me suis dit. Le monde entier est un putain d’Ouroboros.

Et j’ai allumé un mapacho et me suis avachie dans mon hamac en fermant les yeux pour essayer de pioncer.


Un immense merci à Jocelin Morisson et Romuald Leterrier qui m’ont offert la chance de lire Tout est relié en avant-première !

Cette cérémonie d’ayahuasca inspirée de l’ouvrage a attisé votre curiosité ? C’est ici que ça se passe :

"Tout ne fait qu'un", "tout est relié", nous disent de nombreuses traditions spirituelles. Un message qui semble aujourd'hui confirmé par la physique moderne. Pourtant, cette affirmation reste une abstraction pour beaucoup d'entre nous, une belle parole sans substance dans un monde qui semble au contraire plus divisé et catégorisé que jamais.

Dans ce nouvel ouvrage, les auteurs du best-seller Se souvenir du futur nous font découvrir un univers d'investigations entièrement méconnu, celui d'un vaste réseau d'interactions dont nous sommes les acteurs privilégiés. Tout d'abord, il existe pour les chamanes du monde entier une sorte d'Internet de la nature, qui permet d'entrer en contact avec les esprits du monde vivant, mais aussi avec les défunts. Les recherches récentes sur le vide quantique, les propriétés subtiles de l'eau, l'intelligence des plantes, l'univers-cerveau, la conscience comme "toile de fond" du réel, donnent ensuite corps à ce vaste entrelacs qui est aussi un réseau de connaissance tissé d'informations.

À partir de nombreux exemples issus des cultures natives, des traditions spirituelles et des dernières découvertes de la science la plus en pointe, le réseau cosmique se matérialise sous nos yeux et apparaît pour ce qu'il est : un vaste Esprit.


ROMUALD LETERRIER (retrouvez tous ses ouvrages dans le Top 15 Livres Chamanisme) est chercheur indépendant en ethnobotanique, spécialiste du chamanisme amazonien et des plantes de vision. Il a découvert le principe d'une mémoire du futur auprès d'un chamane shipibo et explore depuis plusieurs années le concept de la rétrocausalité sous ses différentes facettes.

JOCELIN MORISSON (découvrez sa fascinante interview ici !) est journaliste scientifique, auteur et traducteur, et travaille sur les ponts entre science, philosophie et spiritualité. Il est coauteur de La Physique de la conscience avec Philippe Guillemant, de La Révolution psychédélique avec Olivier Chambon, et auteur d'un essai philosophique : L'Ultime Convergence.

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Wanted, Chamanisme Zoë Hababou Wanted, Chamanisme Zoë Hababou

Wanted Dead or Alive : Jocelin Morisson, Auteur-Journaliste Expert en Science, Philosophie et Spiritualité

Vous saviez qu’aujourd’hui, un vaste chantier interdisciplinaire s’attaque à établir une nouvelle cartographie de la psyché humaine ? L’heure est enfin venue de reconsidérer l’ancien paradigme, et c’est un séisme qui s’annonce ! Les premières secousses se font même déjà sentir… Preuve en est la curiosité renouvelée d’une immense partie de la population pour le développement personnel, la spiritualité et les anciennes traditions : méditation, chamanisme, loi d’attraction, plantes psychotropes, NDE, synchronicités, psychologie transpersonnelle… Et si je vous disais que les plus récentes découvertes scientifiques corroboraient leur message et leur apportaient même un important appui ?

Science et spiritualité semblent ennemies jurées. A vrai dire, la science s’est même bâtie en opposition à la spiritualité, en la stigmatisant comme irrationnelle. Résultat ? La majorité d’entre nous souscrivent à la vision d’un monde tristement mécaniste comme s’il était la réalité ultime, sans songer à le remettre en question, et en observant d’un œil critique, amusé, voire méprisant, tout ce qui sort de son cadre.

Le problème, c’est que malgré le temps qu’elle turbine, la science matérialiste est toujours incapable d’expliquer la totalité du réel. Certains phénomènes, tels ceux qui tournent autour des expériences de mort imminente ou des expériences psychédéliques, débordent radicalement son champ de connaissances. Le point commun à ces phénomènes inexpliqués ? La conscience bien sûr ! Pas de bol, il semblerait que ce soit elle, la clé de voûte de l’édifice du réel…

Vous saviez qu’aujourd’hui, un vaste chantier interdisciplinaire s’attaque à établir une nouvelle cartographie de la psyché humaine ? L’heure est enfin venue de reconsidérer l’ancien paradigme, et c’est un séisme qui s’annonce ! Les premières secousses se font même déjà sentir… Preuve en est la curiosité renouvelée d’une immense partie de la population pour le développement personnel, la spiritualité et les anciennes traditions : méditation, chamanisme, loi d’attraction, plantes psychotropes, NDE, synchronicités, psychologie transpersonnelle…

Et si je vous disais que les plus récentes découvertes scientifiques corroboraient leur message et leur apportaient même un important appui ?

Le temps n’est plus à des écoles de pensée qui s’affrontent. Le temps est à la réconciliation.

Et il y a des personnes géniales, engagées corps et âme, qui nous ouvrent la voie pour enfin franchir le pont entre des domaines en apparence hétérogènes et hermétiques… Journalistes, philosophes, explorateurs, auteurs, scientifiques et chercheurs de tout crin prêts à sortir des sentiers sclérosés.

Tel Jocelin Morisson.

Ce journaliste scientifique, auteur de nombreux ouvrages qui questionnent les phénomènes inexpliqués, va explorer ici, avec nous, des pistes aussi surprenantes qu’inspirantes, menant à une appréhension novatrice de notre conscience, et de son véritable pouvoir…

Qu’on souscrive ou pas aux idées nouvelles présentées dans cette interview n’a que peu d’importance. Le but de Jocelin Morisson n’est pas de défendre une quelconque idéologie, mais de chercher à questionner la nature de la réalité. Ce qui est en soi déjà révolutionnaire.

Quand Jocelin Morisson nous parle de la conscience à travers le prisme de la science et de la spiritualité

Interview de Jocelin Morisson, auteur-journaliste expert en science, philosophie et spiritualité

PRÉSENTATION DE JOCELIN MORISSON

Salut Jocelin et merci énormément d’avoir accepté cette interview ! C’est un honneur de te recevoir ici, tu es une révolution à toi tout seul ! Hyperactif présent sur tous les fronts, tes nombreuses contributions littéraires et médiatiques offrent un nouveau prisme avec lequel décoder le monde. De formation scientifique, tu es devenu journaliste, puis auteur, et maintenant rédac chef de la revue Natives dédiée aux peuples racines, collaborateur de l’INREES et de Vertical Project Media, auteur de nombreux articles pour le magazine Inexploré... Quel cursus ! Ça va, tu tiens le coup ? D’où tu tires le jus de tant de passion ? Tu veux bien nous parler un peu de toi et de la vocation dont ton travail est la preuve éclatante ?

J’ai peut-être l’air hyperactif mais je ne le suis pas tant que ça. C’est parce que je travaille sur ces sujets depuis 25 ans et donc je cumule les publications : articles, livres, traductions, interviews…, et des interventions dans des conférences ou les médias. Mais tout ça se fait au fil du temps, sans précipitation. Un autre aspect est aussi que les métiers de l’écriture sont mal payés, donc il faut enchaîner plusieurs collaborations pour avoir des revenus juste décents.

Ma vocation est née alors que j’avais commencé à travailler dans la presse professionnelle du secteur de la santé et j’ai découvert le phénomène des expériences de mort imminente. Ça a été un chamboulement pour moi et j’ai reconsidéré tout un ensemble de phénomènes que je ne prenais pas au sérieux, ou dont j’ignorais même l’existence, à commencer par ce qu’on appelle les états modifiés de conscience.

Neurones en activité

Ce qui me passionne est qu’on est à la frontière de la science, de la philosophie, de la spiritualité, de l’ésotérisme… Il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre, à comprendre. Mais pour moi c’est devenu aussi un chemin, une initiation, car ça n’a pas d’intérêt si ça reste seulement au niveau de l’intellect.

Pendant longtemps, j’ai gardé un pied dans le monde de la communication santé, pour des raisons essentiellement alimentaires, mais ça a aussi été pour moi une très bonne école de rigueur, que j’ai mise au service de mon travail sur les phénomènes inexpliqués. Je me destinais initialement à l’enseignement des sciences de la vie, avec un cursus universitaire qui menait au Capes et à l’Agrégation, mais j’ai bifurqué vers le journalisme qui est une autre forme de transmission. Après ma maîtrise de sciences et le service militaire, je n’avais plus envie de préparer les concours d’enseignement parce que j’avais vu au cours de ma formation qu’on demandait aux étudiants de connaître par cœur des listes d’insectes ou de plantes, mais jamais de s’interroger sur ce qu’était un élève, une classe… C’est pourquoi j’ai fait une deuxième maîtrise en sciences de l’information et de la communication scientifique. 


Ce que j’aime particulièrement chez toi, c’est que tu es une sorte de pont entre plusieurs disciplines. En explorant les sujets abordés sous des angles variés, tes investigations font le lien entre des savoirs aussi bien ancestraux (comme la transe chez les peuples racines) qu’ultra-contemporains (comme la physique quantique). Pourquoi tu penses que c’est si essentiel, de nos jours, de relier, de réconcilier, voire d’unifier la philosophie et la science, le chamanisme et la physique, la spiritualité à… tout ? 

Notre prochain livre avec Romuald Leterrier s’appelle Tout est relié (retrouvez la review de ce livre ici - ndlr) et porte précisément sur cette question de l’interrelation, de l’interdépendance de toutes choses. En fait, quand on creuse un peu les enseignements traditionnels, les courants mystiques et spirituels, mais aussi les descriptions de la réalité dans les chamanismes, on s’aperçoit en effet qu’il y a énormément de recoupements, y compris avec la science de pointe.

L’ouroboros

C’est important de mettre en avant ces passerelles parce que le savoir est hyper fragmenté. En science, on atteint de tels niveaux de complexité dans certaines disciplines que des spécialistes d’un domaine donné ne connaissent rien à ce que fait un collègue de la même discipline mais dans un autre domaine.

Je revendique d’être un journaliste scientifique généraliste, qui doit en effet faire les ponts, y compris en acquérant une culture en philosophie, dans les sciences humaines et les spiritualités. Je ne défends pas une idéologie, ce qui m’intéresse est comment les choses sont. Quelle est la nature de la réalité, de la conscience, de la matière, de l’espace et du temps…, et y a-t-il quelque chose derrière ce qu’on perçoit par les sens ?

Aujourd’hui, ces questions restent complètement ouvertes, contrairement à ce qu’on peut penser. Comme dit l’astrophysicien Avi Loeb, “ce que nous savons est une île dans un océan d’ignorance”. 


LE PARADIGME SCIENTIFIQUE ACTUEL

L’ensemble de tes contributions (livres, articles, reportages, conférences) et l’ouvrage que j’aimerais disséquer aujourd’hui avec toi, Se souvenir du Futur, que tu as co-écrit avec Romuald Leterrier, se confrontent et remettent en question une vision du monde qui appartient au paradigme scientifique dominant, auquel la majorité des gens souscrivent sans vraiment songer à l'interroger. Ce paradigme a pour postulats de base ceux du déterminisme et de la causalité. Pour faire simple, le concept de déterminisme suppose que notre futur est unique et mécaniquement déterminé. Celui de causalité instaure que ce futur dépend exclusivement du passé. Ce que j’aimerais savoir, c’est comment ce paradigme et les concepts qui le soutiennent sont devenus notre seule grille de lecture du monde, qui nous fait voir comme impossible toutes les idées ou expériences qui n’y souscrivent pas et semblent les démentir. Comment l’humanité s’est-elle enracinée dans ce consensus ?

Ça tient principalement à deux choses. D’abord le fait que la science s’est construite en opposition aux croyances, jugées irrationnelles, superstitieuses, et qu’il fallait les reléguer dans les limbes de l’obscurantisme. La science a prétendu bâtir une vision objective du monde, c’est-à-dire la même pour tous. On revient de ça aujourd’hui car l’objectivité a du plomb dans l’aile. Le deuxième aspect est que la technologie, fille de la science, a connu d’indéniables succès, synonymes de progrès.

Le mystère de l’univers, que la science est toujours fondamentalement incapable d’expliquer

Dès lors, la science s’est crue en position d’expliquer la totalité du réel, alors même que des pans entiers de la connaissance sont vides. Par exemple, la matière visible ne représente qu’un très petit pourcentage (5 %) du contenu énergétique de l’univers. On parle de matière noire (27 %) et d’énergie sombre (68 %) pour expliquer la majorité de ce contenu. Ce sont des hypothèses dites “ad hoc” car elles viennent combler un trou mais on ne détecte pas cette matière et cette énergie directement.

La question de la conscience elle-même reste un grand mystère ; on ne sait pas expliquer comment elle “émergerait” de la complexification des cerveaux dans le règne animal, ce qui suggère que ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, on remet en cause le fait même que l’espace, le temps et la matière sont des données fondamentales de la réalité. On suppose qu’il y a quelque chose “derrière” qui est plus fondamental. Or, c’est ce que nous disent les grandes traditions spirituelles depuis des siècles et même des millénaires. Ce monde est seulement un monde d’apparences. Et derrière les apparences, il y a la place pour ce qui serait une sorte de supraconscience primordiale.

On a relégué la spiritualité dans le champ de l’irrationnel, comme relevant au mieux des religions et au pire des mouvements sectaires. Mais la spiritualité concerne la nature de la réalité et la nature de l’Homme. Et c’est par le champ des sciences que ces questions reviennent sur le devant de la scène, avec l’étude de la méditation, des états modifiés de conscience et de tout un ensemble de phénomènes qui remettent en question la vision strictement matérialiste du monde.

Cette remise en cause est plus facile dans les pays anglo-saxons qui ont une vision très pragmatique des choses, alors que la France est enfermée dans un paradigme soi-disant cartésien et moins ouverte à ce type de débat. 


LA THÉORIE DE LA RÉTROCAUSALITÉ

Dans Se souvenir du Futur, on tombe sur cette phrase, que l’on doit à Philippe Guillemant, co-auteur avec toi de La Physique de la Conscience : “Nos intentions causent des effets dans le futur, qui deviennent les futures causes d’un effet dans le présent”. Cette citation est un résumé du concept de double causalité, aussi appelé rétrocausalité. En substance, voilà en quoi consiste cette théorie : 
- Notre futur est déjà réalisé.
- Il peut changer.
- L’intention excite un nouveau futur.
- Celui-ci influence le présent.
- L’attention le fait entrer dans la réalité.
Avant d’aller plus loin, est-ce que tu pourrais nous raconter comment Romuald Leterrier, Philippe Guillemant et toi vous en êtes venus à élaborer une hypothèse aussi improbable ? A première vue, ça parait tellement anti-intuitif qu’on se demande comment une idée pareille a pu sauter dans la tête de quelqu’un !

Philippe Guillemant a élaboré ses idées à ce sujet à partir du phénomène de synchronicité, sur lequel beaucoup de grands esprits réfléchissent depuis longtemps, dont Carl Jung et Wolfgang Pauli dans les années 1930 à 1950. Philippe a proposé l’idée d’un temps “déployé” dans lequel le passé existe encore et le futur existe déjà, mais sous une forme qui peut changer.

Prenons par exemple la mémoire : la science n’a jamais pu démontrer que les souvenirs sont stockés dans le cerveau. Or, si ce n’est pas le cas, d’où tirons-nous nos souvenirs ? Eh bien, une façon de le comprendre est de dire que le passé existe sous forme d’informations situées dans un champ omniprésent, qui s’étend au-delà de l’espace-temps, peut-être dans le vide quantique, et le pénètre en tous points.

La conscience extratemporelle, capable de voir l’espace-temps comme un continuum

Dès lors, il n’y a pas de raison de penser que ce n’est pas le cas aussi pour les informations du futur. Si la voyance est possible, ou toute forme de prémonition, de rêve prémonitoire par exemple, il faut bien que cette information du futur soit déjà là sous une forme ou une autre. Il se trouve que beaucoup d’expériences ont démontré la réalité de ce qu’on appelle en parapsychologie la précognition. Donc il faut bien un modèle pour expliquer ça.

En ce qui concerne Romuald, il a fait beaucoup de travail de terrain auprès des Shipibos d’Amazonie péruvienne, et il se trouve que les chamanes lui ont dit grosso modo la même chose ! Il y a des dimensions de la réalité qui existent au-delà de l’espace et du temps, et qui sont porteuses d’informations, qui se manifestent dans les rêves, les visions, les signes… Pour eux, les mondes visibles et invisibles sont interpénétrés. 


PRÉSENTATION DE L'HYPOTHÈSE DU LIVRE SE SOUVENIR DU FUTUR

Afin de t’éviter de répéter ce que tu as déjà évoqué moult fois ailleurs, je vais présenter aux lecteurs un bref résumé de l’hypothèse du livre. N’hésite pas à me corriger si je fais une erreur. En philosophie comme au sein de nombreuses traditions et spiritualités, on a coutume d’opposer le monde des phénomènes, perçu comme une illusion, au monde tel qu’il est, en deçà des apparences. Selon ta théorie, ce monde objectif, appelé “arrière-monde”, n’est pas soumis aux lois de l’espace-temps. Une partie de nous, le Soi (on reviendra sur sa définition), vit dans l’arrière-monde, au-delà de l’espace-temps, ce qui lui permet de se manifester où il veut au sein du continuum espace-temps puisqu’il se trouve en dehors de lui. Les synchronicités sont des messages du futur moi en communication avec le Soi. Elles nous montrent le chemin vers la meilleure version de nous-mêmes. D’autre part, le temps est en partie déjà déployé, le futur le plus probable en partie cristallisé. Les signes ou synchronicités reçues nous attirent comme un attracteur vers le meilleur chemin, car elles proviennent du meilleur futur qui nous guide tel un GPS. Ce GPS est en mesure de nous rappeler sur la bonne route si l’on s'égare. L’idée est donc de poser une intention dans le futur afin que ce futur nous guide vers lui via des synchronicités, qu’on doit s’efforcer de créer. Ce qu’on remarque donc ici, c’est que les synchronicités sont la clé de l’édification d’un nouveau futur. C’est Carl Jung, n’est-ce pas, qui a été le premier à les théoriser ? Peux-tu nous expliquer précisément ce que c’est, les synchronicités ?

Se souvenir du futur, le livre de Jocelin Morisson

C’est un très bon résumé. J’aime bien le fait que tu parles d’un arrière-monde “objectif “. Tu veux dire par là qu’il existe vraiment, dans le sens où chacun peut s’y relier. Mais pour moi il est essentiellement subjectif car le substrat de cet arrière-monde a la nature d’une conscience, d’un méta-esprit si on veut.

Oui c’est Jung qui a théorisé les synchronicités en proposant une définition du genre : la synchronicité est le lien entre un phénomène qui survient dans la sphère psychique (une pensée, une interrogation…) et un phénomène qui apparaît dans la sphère matérielle (une image, un son, un texte, une personne…). Les deux sont liés par un lien de sens et non de cause, selon Jung et Pauli, ce qui suppose une “articulation” entre la psyché et la matière, une forme de continuité.

La proposition de Philippe est qu’il peut y avoir une cause, mais qui vient du futur ! Romuald a ensuite élaboré un protocole pour tester et jouer avec ce phénomène, en lien avec ce que lui avaient appris les chamanes. 


LE LIBRE ARBITRE

Une des difficultés majeures de l’application de la rétrocausalité dans sa vie, c’est le conditionnement. Cette croyance profondément ancrée au paradigme scientifique dominant qui nous fait penser que ta théorie est impossible. Ce conditionnement nous empêche d’exercer notre libre arbitre, car il nous empêche de voir qu’on est libres de nos choix, et que ce sont eux qui façonnent notre vie et notre futur de façon concrète, en amenant des potentialités multiples à s’actualiser en une seule réalité. Beaucoup d’entre nous ne pensent pas avoir le choix, ne se sentent pas libres, et semblent même parfois s’enchaîner eux-mêmes en refusant d’utiliser leur pouvoir ou en ne sachant pas comment faire, comme si leur destinée n’était absolument pas entre leurs mains. Tu peux nous expliquer en quoi consiste le conditionnement et de quelle manière il s’exerce sur notre mental ? Est-ce que tu connais des pistes pour s’en libérer ?

La seule façon de se libérer des conditionnements est de les reconnaître comme tels puis de lâcher l’intelligence de la raison pour laisser s’exprimer l’intelligence du cœur. On peut concilier ces deux formes d’intelligence, sans les opposer.

Synchronicité, vue artistique

Le conditionnement c’est croire intégralement ce qu’on nous a appris à l’école et ce que dit la science “mainstream”, ce qui revient à croire que nous percevons le monde tel qu’il est vraiment et non, seulement, tel qu’il nous apparaît. Quand on est prêt à lâcher un peu cette croyance, sans basculer pour autant dans la “pensée magique”, eh bien une certaine magie opère en effet, comme dans les grandes synchronicités.

Il faut avoir confiance dans le fait qu’il existe quelque chose de plus grand que nous et qui est porteur de sens dans l’univers, et peut-être aussi d’une intention, d’un dessein, mais pas obligatoirement.

Cette confiance s’appelle la foi, car le véritable sens du mot “foi” est confiance et fidélité, et non “croyance”. 


Dans le livre, tu dis que le libre arbitre est le véritable moteur de la réalité. Ça fait tellement de bien de lire ça ! Tu nous apprends que ce sont nos choix, conscients ou inconscients, ainsi que nos intentions, qui influencent notre destin en faisant bifurquer les lignes temporelles, c’est-à-dire en nous rendant capables d’obtenir des informations du futur. La rétrocognition serait donc un acte libératoire qui nous rendrait à nouveau maître de notre destinée. Mais pour ça, il faut que nos choix soient libres, non conditionnés, guidés par l’intuition. Comment se connecter à elle quand on est prisonnier d’un mental en plein bad trip qui nous étouffe dans la peur et le manque de foi ?

Le libre arbitre est un concept piégeux. Selon Spinoza, l’Homme libre est précisément celui qui sait qu’il n’a pas de libre arbitre et que, dès lors, il n’agit pas mais “est agi” par sa nature profonde et véritable. Et cette nature n’est autre que d’être une partie de la substance infinie qu’il appelle Dieu ou la Nature. Se conformer à sa nature est donc un choix qui n’en est pas un car ne pas le faire conduit à vivre contre-nature, ce qui expose à certains désagréments.

Pour dépasser la peur et l’absence de foi, donc de confiance, il faut lâcher prise et, encore une fois, accepter qu’il y a quelque chose de plus grand qui se joue et qui nous dépasse en tant qu’individu.

Donc nous avons bien une liberté d’agir, de faire des choix, mais elle est conditionnée à ce que nous sommes, à notre nature profonde. Elle n’est donc pas absolue. 


LE MATÉRIALISME SPIRITUEL

J’ai eu la bonne surprise de voir que Romuald et toi mettiez en garde les lecteurs contre la popularité de la loi de l'attraction, proposition phare du développement personnel depuis de nombreuses années, qui réduit la rétrocausalité à du matérialisme spirituel. Beaucoup de gens pensent qu'émettre une intention forte et répétée à grand coup de pensée positive et de visualisation suffit à la manifester dans la réalité. Et qu’en gros, si on n’y arrive pas, c’est parce qu’on ne rêve pas assez fort. Ces gens croient aussi que la rétrocausalité peut être utilisée à des fins d'enrichissement ou de réussite personnelle, distordant la vie spirituelle à une version utilitaire qui ne fait que renforcer l’ego, la personne, c’est-à-dire le masque théâtral, l’image qu’on donne de soi-même, et non son être véritable. Ce qui a pour effet final de nourrir le processus d’individualisation et non d’individuation. Selon Carl Jung, l’individuation consiste à se confronter successivement aux archétypes de la persona (masque social), l’ombre (part inconnue et primitive de la psyché), l’anima/animus (archétype sexué), puis la lumière (connaissance de l'invisible). A l’issue de ce processus se révèle l’archétype du Soi (divin dans l’Homme). Selon cette grille de lecture, la rétrocausalité vise à établir cette liaison avec le Soi. Ça te dirait de rétablir la vérité sur le fonctionnement réel de la loi de l’attraction ?

C’est très bien résumé. La loi d’attraction est un authentique concept qu’on trouve aussi bien dans la Bible que dans l’alchimie ou l’hermétisme, mais qui a été maltraité par le New Age avec cette façon décomplexée qu’ont les Américains de privilégier avant tout le développement personnel, le “tout-à-l’ego”, la réussite individuelle, l’enrichissement, etc.

Or, développer la personne c’est en effet rester au niveau du masque, de l’apparence, alors que le véritable développement doit être transpersonnel, c’est-à-dire fondé sur une reliance à ce qui est au-delà de la personne et qu’on va appeler âme, esprit, Soi ou atman, selon les grilles de lecture qu’on privilégie.

Universal Transmission, par Hakan HISIM

La loi d’attraction fonctionne en effet quand elle repose sur une forme de foi et d’éthique, et pas quand il s’agit de s’enrichir ou de briller aux yeux des autres. Ça consiste à poser des intentions en ayant la conviction absolue qu’il existe un mécanisme qui va permettre d’attirer à soi les fruits de ces intentions, s’ils sont favorables à notre chemin de vie, s’ils respectent les lois du vivant, la nature, le cosmos, etc. 


LA DIFFÉRENCE ENTRE LE MOI ET LE SOI

Avant d’aller plus loin, peux-tu nous aider à faire le point sur la grande différence entre le moi et le Soi établie par Carl Jung ?

Le moi est l’équivalent de l’ego et reste situé au niveau de la personne, alors que le Soi se situe au-delà de la personne en rassemblant le conscient et l’inconscient, ce dernier ayant une dimension personnelle et une dimension collective.

atman et brahman

Le Soi est une totalité psychique impersonnelle qu’il faut intégrer au cours d’un chemin de vie et Jung a proposé ce concept en s’appuyant sur la notion d’atman dans l’hindouisme. L’atman est à la fois le souffle vital et le principe essentiel de l’individu, mais surtout il a la nature de l’Absolu, le brahman. C’est le cœur de l’enseignement des védas : atman est brahman.

Jung ne rejetait pas pour autant l’importance du moi qui doit rester fort et ancré dans le monde conscient. 


Il y a quelques mois au Mexique, j’ai fumé du bufo, ce crapaud du Sonora dont les glandes regorgent de DMT, dont on extrait le liquide avant de le cristalliser pour le fumer. C’est l’expérience la plus transcendante que j’ai faite de ma vie ! Une expérience pure, sans expérimentateur. Il n’y avait plus de sujet ni d’objet, le "je" n'existait plus, et pourtant, l'expérience était en train de se vivre… D’une manière générale, la découverte de la non-dualité semble être l’expérience la plus révolutionnaire, dans le sens de bouleversements profonds tendant vers une évolution, qu’un être humain puisse vivre. Un ami à moi tient un centre d’ayahuasca au Pérou, et il a mis au point un test afin de mesurer le sentiment de dualité des patients qui viennent faire des diètes, avant et après. Il apparaît très clairement qu’après plusieurs cérémonies d’ayahuasca, la sensation de non-dualité est beaucoup plus ancrée chez ces personnes. Penses-tu qu’il faille nécessairement avoir recours aux états de conscience modifiés pour atteindre cette compréhension profonde d’une réalité non-duelle ?

Plusieurs amis m’ont raconté leur expérience avec le bufo et je suis fasciné de voir à quel point cela ressemble à une expérience de mort imminente. On atteint en effet un niveau qui est au-delà de la dualité sujet/objet et qu’on va décrire comme une expérience de “conscience pure” dans laquelle il n’y a pas de distinction entre soi et le monde.

Les états modifiés de conscience induits par la prise de psychédéliques ou d’enthéogènes sont une voie pour parvenir à cette réalisation, mais pour moi ce n’est pas la seule. L’advaïta vedanta dans l’hindouisme, le bouddhisme dzogchen ou chittamatra (yogacara), le shivaïsme du Cachemire, mais aussi le taoïsme ou les courants mystiques des religions d’Abraham sont tous porteurs d’un enseignement visant cette réalisation, qu’on appelle “éveil” dans les traditions d’Inde et d’Asie, transfiguration ou métanoïa ailleurs, dans des courants ésotériques.

Certains enseignements insistent sur le besoin d’une pratique, méditation, dévotion, prières, etc., alors que d’autres, plus radicaux, disent qu’il n’y a rien de spécial à faire car cette non-dualité est déjà notre nature, de toute éternité. Il suffirait donc de l’accepter comme telle. La clé et le paradoxe est que la non-dualité ne doit pas être “comprise” mais simplement reconnue pour être intégrée.

Je connais beaucoup de gens qui ont fait l’expérience de la non-dualité avec des substances psychédéliques mais qui ne sont pas du tout “éveillés”. Inversement, il y a d’authentiques éveillés qui n’ont pas vraiment vécu d’états modifiés de conscience mais sont parvenus à la réalisation par des pratiques de dévotion ou simplement un certain regard philosophique sur le monde.

Je pense que les expériences permises par les enthéogènes, cette sous-catégorie des psychédéliques qui “révèle Dieu à l’intérieur de soi”, permettent de toucher cette réalité primordiale non-duelle, comme les vraies extases mystiques ou certaines expériences de mort imminente, mais elles restent au niveau d’une expérience ponctuelle. La non-dualité, l’éveil véritable, doit être stabilisé et permanent, d’après les enseignements qui en parlent. 


SE LIBÉRER DE L’EGO… OU PAS ?

En tant qu'exploratrice de la conscience, fumer du bufo était donc le truc le plus incroyable que j'aie jamais vécu. Pourtant, je ne suis pas pressée d'y retourner. D’une, ce type d'expérience est trop puissant pour qu'on veuille le répéter encore et encore. De deux, je suis désormais convaincue que cet état de non-dualité, où seule existe la conscience, sans sujet pour la posséder, est “l’endroit” ou “l’état” dans lequel je retournerai quand mon corps aura passé l'arme à gauche. Mais le truc le plus surprenant dans l'histoire, c'est que de savoir ça ne me fait pas du tout me désintéresser de l'existence humaine, avec toute la dualité qu'elle suppose. Au contraire. Être incarné sur Terre devient un jeu fascinant d'où toute peur a disparu. Dans une interview, tu as dit récemment qu’on peut vivre sur les deux plans à la fois, individu et absolu. Que l’ego ne doit pas être tué, mais qu’il doit plutôt redevenir le serviteur et non le maître (cette formule nous vient d'Einstein, si je ne m'abuse). De mon côté, j’ai découvert qu’en me reliant à l’universel, je m’aime davantage moi-même, ainsi que ma vie, mais pas d’une façon égotique. Est-ce que tu crois que c’est à cause de ce que dit Jung ? Que relier le moi au Soi, avec le moi à sa juste place, est ce qui permet au Soi de s’exprimer pleinement, en lui offrant la possibilité d’émettre des intentions libres et profondes ?

C’est un point extrêmement important, car les enseignements non-duels ont pu conduire certaines personnes à rejeter purement et simplement la réalité matérielle, et donc le corps et l’individu, comme une illusion sans importance. Or, en effet, la réalité matérielle est une illusion, appelée “maya” dans l’hindouisme, mais elle n’est pas sans importance ! C’est là aussi un paradoxe à dépasser.

La réalité ordinaire est comme un rêve dont on va se réveiller mais c’est un rêve qu’il nous faut vivre pour apprendre et comprendre certaines choses, à commencer par le fait même qu’il s’agit d’un rêve. Le rêve de l’incarnation est réel, mais il n’est pas la réalité ultime, c’est tout. Il y a quelque chose de plus fondamental derrière. L’ego “bon serviteur et mauvais maître” est une phrase récurrente dans les enseignements venus plutôt d’Inde, et peut-être qu’Einstein l’a citée mais je ne pense pas que ça vienne de lui.

L’aspect problématique dans les enseignements qui visent l’éveil est la négation de l’individu et de l’ego. Or, on peut en effet concilier les deux : oui nous avons la nature de l’absolu, comme la vague a la nature de l’océan, mais nous avons une expérience individuelle à vivre, qui va justement contribuer à enrichir cet absolu qui en fait se connaît lui-même à travers nous. Et cette connaissance passe aussi par le corps, qui est notre véhicule dans cette expérience.

À nouveau, le “truc” c’est qu’il n’y a pas véritablement d’effort à faire pour relier le moi au Soi, comme tu dis, parce que ce lien existe déjà. Donc pour moi ça relève plus d’un lâcher-prise, d’un pas de côté plutôt qu’en avant ou en arrière, pour révéler ce qui est déjà là et qui était simplement masqué, voilé. Dans le taoïsme on parle de “non-effort”. Dans les courants mystiques du judaïsme, du christianisme ou de l’islam, cette réalisation est tout de même le fruit non pas d’un effort stricto sensu mais d’un engagement total qu’on va appeler l’amour de Dieu. Donc c’est sensiblement différent.

Pour ma part, je suis réceptif au message central de l’advaïta vedanta qui nous dit que ce que nous cherchons est déjà là, et que c’est si proche de nous qu’il n’y a même pas de place pour une voie. Le fait même de “chercher” quelque chose induit une distance entre un sujet qui cherche et un objet à trouver, alors que les deux ne font qu’un et que cette distance est pure illusion. Au bout du compte, l’individu qui se reconnaît comme étant de même nature que la force qui le traverse à chaque instant peut pleinement s’épanouir à la fois comme individu et comme le tout.

C’est ce que Jung appelait “individuation”, et que le philosophe anglais Tim Freke appelle pour sa part “unividuation”, avec quelques nuances. Le piège de ce “retour du sujet” est le risque d’inflation de l’ego et le relativisme absolu, qui consiste à dire : rien d’autre que ce dont je fais moi-même l’expérience n’a de valeur, et donc je peux croire n’importe quoi. 


Comment être sûr que les intentions qu’on émet proviennent du Soi et non de l’ego ? Quelles sont les qualités essentielles de ces intentions capables d’influencer le futur ?

Naga Kanya, déesse des trois royaumes, fille du serpent arc-en-ciel

On l’a beaucoup dit mais pour synthétiser disons que ces intentions doivent venir du cœur. Il faut donc faire taire un peu le mental et laisser s’exprimer l’intelligence émotionnelle, en posant des intentions qui vont être respectueuses des autres, de l’ensemble du vivant, de la terre, etc.

Ces intentions et les synchronicités qui en découlent sont associées à une certaine qualité de vibration, si on veut, de sorte qu’on ressent de la joie, de l’apaisement, du bien-être, ce genre de choses.

Tout ça se joue non pas en-deçà mais au-delà de la raison. 


LE GPS ET LA TÉLÉCOMMANDE DE L’ESPACE-TEMPS

Selon Romuald Leterrier et toi, notre dimension temporelle est comme un chemin qu’on emprunte dans un vaste territoire. L'illusion du temps donne l’impression que la réalité est composée exclusivement de ce qu’on peut découvrir le long de ce chemin, alors qu’en fait, la “vraie réalité” est l’ensemble du territoire. Le truc, c’est qu’on ne peut pas voir les zones qu’on ne traverse pas, mais notre conscience du Soi, elle, peut naviguer partout, et nous guider tel un GPS. Ce qui veut dire qu’une partie de notre conscience est extratemporelle, c’est pourquoi elle peut observer l’espace-temps comme un objet et saisir l’ensemble de ce continuum d’un seul “regard”. Cette idée me fait penser à un concept qui circule, qui dit, en substance, que ce n’est pas le cerveau qui produit la conscience. Qu’il n’en est que le récepteur. J’aimerais que tu nous donnes ton opinion sur le sujet.

C’est pour moi une évidence depuis longtemps. En tout cas j’en suis convaincu parce que, comme je l’ai dit, la science n’a jamais démontré que le cerveau “produit” la conscience. D’ailleurs, une grande neuroscientifique, Susan Greenfield, a dit que le passage de l’activité des neurones à la conscience est comme la transformation de l’eau en vin. Autrement dit, c’est un miracle.

En outre, beaucoup d’expériences vécues suggèrent que la conscience accède à davantage d’information quand le cerveau est en tout ou partie “désactivé”. C’est pourquoi l’hypothèse du cerveau-filtre d’un vaste champ d’information, comme déjà proposée en leur temps par William James, Henri Bergson, Frederic Myers ou Aldous Huxley, revient en grâce.

Ce n’est pas le cerveau qui crée la conscience, il n’en est que le récepteur

Le psychologue cognitiviste américain Donald Hoffman explique que l’évolution a favorisé la survie de l’espèce en réduisant la quantité d’informations qui parviennent au cerveau, sans quoi il serait incapable de gérer toute cette information. On se retrouve donc avec une image du monde, ce qui apparaît à la conscience en temps normal, qui est en fait la projection-réduction de quelque chose de plus fondamental et de bien plus riche.

Le philosophe néerlandais Bernardo Kastrup explique cela très bien à l’aide de métaphores simples et parlantes. Son premier livre, que j’ai co-traduit, va paraître en français au printemps sous le titre : Pourquoi le matérialisme est absurde


J’aime beaucoup ce que toi et Romuald appelez la "télécommande de l’espace-temps”, qui peut être manipulée grâce à trois étapes.
1 : Se déconditionner en favorisant l’effort et le doute positif, puis identifier son être intérieur par une attitude positive, et enfin faire une demande en s’appuyant sur la force de l’intention.
2 : Diminuer les voies causales ordinaires en cultivant le détachement, la confiance et le lâcher-prise.
3 : Favoriser les voies non-causales en ayant recours à la foi, au sens de confiance et de fidélité, en s’appuyant sur l’intuition et en cultivant le don de soi, expression du meilleur de nous-mêmes (c’est-à-dire le Soi, partie déjà réalisée de notre identité).
Je me permets de reproduire ici, afin que nos lecteurs comprennent bien, ces définitions simples données dans Se souvenir du Futur
- Détachement : acceptation du changement.
- Lâcher-prise : idée de laisser agir.
- Confiance : capacité à sortir des sentiers battus.
- Intuition : aptitude à suivre son guide intérieur.
- Foi : nécessité de prendre des risques.
- Don de soi : donner le meilleur de soi-même.
Une fois qu’on a compris ça, quelle est la prochaine étape pour commencer à jouer avec la télécommande de l’espace-temps et exciter un nouveau futur ?

Je précise que la notion de télécommande de l’espace-temps, comme la métaphore du GPS, sont dues à Philippe Guillemant. Tu as bien résumé le principe, et l’étape suivante consiste donc à poser des intentions.

Le lâcher-prise et la confiance sont la clé…

Certains diront que ça consiste à faire une demande à son ange-gardien ou à l’univers. Aucun problème pour dire les choses comme ça. Une fois l’intention posée, la difficulté est de se détacher du résultat, de ne pas être dans l’attente d’une réponse, un signe, une synchronicité, etc.

Dans l’évangile de Marc, on lit : “Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir”. Il n’est pas dit : “croyez que vous le recevrez” ou “que vous allez le recevoir”. La formulation suggère un mécanisme qui se joue de la temporalité.

Mais il faut aussi bien admettre que la réalité que nous vivons est le fruit d’une co-création collective, qui ne résulte donc pas que de nos seuls choix personnels. Nos intentions doivent donc être compatibles avec certaines lois de la nature et ce qui entre dans l’ordre du possible. Dans ce cadre contraint et limité, la magie peut tout de même opérer. 


LES SYNCHRONICITÉS

En tant que voyageuse, j’ai remarqué que j'expérimente beaucoup plus de synchronicités quand je suis sur la route, “entre les mains du destin”, et c’est en lisant ton livre que j’ai découvert pourquoi. Pour que la synchronicité advienne, il faut qu’on soit ouvert à tout, réceptif, et que notre vie soit en train de changer, ou disons, fortement soumise au hasard. Dans ces circonstances, le futur se restructure et un nouveau futur déjà créé se potentialise en recevant la probabilité d'exister. Il provoque alors des coïncidences. Le truc étrange, c’est qu’à ce moment-là, le présent se met à être déterminé par le futur, et non l’inverse ! Pour ça, il faut être en dehors des conditionnements, presque en état d’instabilité émotionnelle et matérielle. Quand tout ne tient qu’à un fil, une rencontre de hasard, une décision prise dans l’urgence, la conscience parvient à sortir de ses habitudes et les potentiels choisis par le Soi se connectent au présent. Penses-tu qu’il nous serait bénéfique, à tous, de vivre d’une façon un peu plus freestyle, un peu moins control freak, pour permettre à nos vies de prendre le bon chemin ? Est-ce qu’on devrait en faire une sorte de ligne de conduite ? Apprendre à être plus ouvert à l'inattendu, à l’incroyable, est-ce que c’est une attitude qu’on devrait nourrir au quotidien ?

Je réponds oui à toutes ces questions. J’ai moi aussi vécu le plus de synchronicités, qui arrivent en cascade, dans des périodes où j’avais des choix importants à faire, et aussi lors de voyages où il y avait une dimension d’inconnu, d’imprévisibilité.

Les futurs potentiels attendent d’être excités par nos intentions pour s’incarner dans nos vies

Ça semble logique dans la mesure où ce sont des périodes dans lesquelles on a besoin d’une forme de guidance, car plusieurs futurs s’offrent à nous. Ces futurs sont comme “superposés” dans un état quantique ; c’est juste une image. Parmi tous ces futurs, l’un est plus probable que les autres pour des raisons de stricte causalité, liés aux choix que nous avons faits en amont et aux données de la situation présente. Mais ce futur le plus probable n’est pas forcément le plus favorable pour nous. Donc l’intention posée va pouvoir modifier ces probabilités et attirer à nous, de façon cette fois-ci “rétrocausale”, le futur non pas le plus probable dans l’immédiat mais le plus favorable… à notre épanouissement, à notre apprentissage ou autre ; le plus conforme à notre choix d’incarnation diront certains.

Alors en effet il s’agit de vivre de façon plus “freestyle” comme tu dis, moins dans le contrôle parce qu’en fait on ne contrôle pas grand-chose. Mais c’est vraiment un équilibre subtil à trouver entre contrôle et lâcher-prise. Pour moi, ça consiste à se laisser traverser par la force de vie dont je reconnais qu’elle est aussi une suprême intelligence.

Dès l’instant où je m’identifie à cette force, tout en reconnaissant qu’elle me dépasse, mes choix sont inspirés de la meilleure façon qui soit et je ne peux pas me tromper. Se laisser guider par cette confiance (foi) revient à marcher sur un fil car l’ego reste susceptible à chaque instant de chercher à imposer ses choix. C’est pourquoi une autre clé est ce qu’Eckhart Tollé a appelé “le pouvoir du moment présent”.

On retrouve cette idée dans toutes les traditions spirituelles et ésotériques : l’attention à l’instant présent permet cette identification à notre nature profonde. 


LE MULTIVERS QUANTIQUE

Selon la grille de lecture proposée dans ton livre, la conscience, avec son intention, actionne un des potentiels, une des virtualités du “multivers quantique”, pour ensuite le densifier dans la réalité du présent. Il apparaît donc que de nombreux futurs existent, en tant que virtualités, de façon simultanée. Est-ce que ça veut dire que le futur serait comme… une multitude de possibilités déjà existantes ? Tu pourrais expliciter ce concept de multivers quantique ?

Oui, j’ai déjà évoqué plus haut la notion de futurs multiples superposés comme dans un état quantique. J’ai précisé que c’est une analogie car on ne peut pas faire dire n’importe quoi à la physique quantique : la notion de superposition d’états s’applique stricto sensu aux objets et systèmes quantiques.

Le multivers quantique et ses futurs potentiels que la conscience serait en mesure d’actualiser en réalité matérielle

Pour redire les choses autrement, nous sommes sur une ligne de temps personnelle qui fait partie d’une ligne de temps collective que nous partageons avec tous nos contemporains, et nos lignes personnelles sont entrelacées avec les personnes avec lesquelles nous avons le plus d’interactions. Sur cette ligne de temps, la conscience agit en temps ordinaire comme une tête de lecture du présent.

Mais on voit bien que les états modifiés de conscience permettent de se déplacer sur cette ligne pour accéder à des informations du passé ou même du futur. Dans certaines circonstances, notamment les états élargis de conscience comme les expériences de mort imminente ou certaines expériences psychédéliques, la conscience devient capable de s’extraire de cette ligne et de l’observer depuis un point de vue extérieur. On a des témoignages d’expériences de mort imminente dans lesquels le témoin dit avoir observé toute sa vie comme un objet spatialisé dont il pouvait faire le tour.

Donc à chaque instant nous avons un futur déjà partiellement réalisé sur cette ligne, mais l’idée qui vient de la notion “d’espace-temps flexible” de Philippe Guillemant est que ce futur peut changer et se reconfigurer, d’où la métaphore du GPS qui recalcule un itinéraire pour se rendre à la même destination en changeant d’étapes, ou bien pour changer complètement de destination. 


LE HASARD

La rétrocausalité pratiquée en conscience permet donc de densifier nos intentions dans la réalité du présent. Là où ça se corse, c’est que pour ce faire, le hasard s’avère indispensable, car il est un intermédiaire entre notre volonté et la matière. On a tellement coutume de considérer le hasard comme l’élément contrariant de l'équation, qui nous soumet à ses caprices sans rime ni raison, que cette idée a de quoi surprendre ! Le hasard serait-il donc le vrai gouvernail du réel ? Comment notre conscience peut-elle avoir une influence sur les processus indéterministes ?

C’est une idée qu’a bien creusée Romuald. Le hasard, l’aléatoire, l’indéterminisme, sont comme un support sur lequel du sens peut s’imprimer. Comme un signal qui apparaît dans du bruit, en électronique, ou de l’ordre qui émerge du désordre, en théorie du chaos.

Gravure au pèlerin, peinture anonyme

Pour que notre conscience puisse agir sur des processus indéterministes et faire apparaître du sens dans le bruit, il faut penser une articulation entre conscience et matière, une articulation psycho-physique, comme l’ont fait Jung et Pauli, ou, mieux encore, considérer comme Bernardo Kastrup et les idéalistes contemporains que tout est conscience. La matière est quelque chose qui apparaît dans la conscience et la seule chose que nous puissions dire, fondamentalement, à propos de la matière est qu’elle est une expérience de conscience, fruit d’une perception.

Les idéalistes en concluent que la seule réalité ontologique est la conscience, que la matière est une catégorie secondaire qui apparaît dans celle-ci en tant que contenu de la perception, et que la physique est donc une science de la perception.

Je souscris à cette vision qui rejoint là aussi les intuitions, réflexions et observations de certaines philosophies de l’hindouisme et du bouddhisme, entre autres. 


LA TRANSE ET LA PHYSIQUE MODERNE

Abordons maintenant le thème de la transe, et plus généralement celui des états de conscience modifiés. Chamanisme, plantes psychotropes, méditation, hypnose, NDE, hutte de sudation, son des tambours… Toutes ces pratiques et techniques ont pour but de créer une modification de la conscience. Aujourd’hui, l’étude de ces phénomènes constitue un grand chantier croisant les disciplines, afin de dresser une nouvelle cartographie de la psyché. Des questions se posent : comment ces états modifiés et ces phénomènes visionnaires peuvent-ils connecter notre conscience à des informations qui lui sont normalement inaccessibles ? Qu’il s’agisse de l’accès à d’autres niveaux de la réalité, aux mondes des plantes ou encore aux archétypes de l'inconscient collectif, la science matérialiste peine à expliquer ces expériences. Est-ce que le modèle du livre apporte une réponse à cette question ? De quelle manière les états de conscience modifiés sont-ils liés à la conscience rétrocausale ? Comment se fait-il que c’est souvent grâce à eux que la conscience semble révéler sa nature extratemporelle ? 

Si notre conscience est une parcelle d’une supraconscience primordiale, l’hypothèse relativement simple est qu’un état élargi de conscience résulte de la suppression de la fonction de filtre du cerveau. En temps normal, le cerveau filtre le vaste flux d’informations qui lui parvient, ce qui résulte en un sentiment d’individualité et de situation dans l’espace et dans le temps.

Quelle est la véritable nature de la réalité et de la conscience ?

Kastrup prend l’image d’un courant d’eau qui représente la vaste conscience, au sein duquel des tourbillons, des vaguelettes, etc., représentent les formes, la matière, les individus. Tout ça n’est que de l’eau, donc de la conscience. Quand cette fonction de réduction-filtrage du cerveau est levée lors de la transe, quel que soit son mode d’induction mais avec des degrés, la conscience individuelle rejoint le flux de la vaste conscience, comme un tourbillon qui disparaît dans l’eau. Alors on accède à la conscience primordiale, avec la notion d’identité individuelle qui disparaît, et en étant situé au-delà de l’espace et du temps, qui ne sont que des projections.

C’est comme ça que les chamanes entrent en relation avec l’esprit des plantes, des animaux, des défunts, des éléments, de la Terre, etc. Cette conscience primordiale est nécessairement extratemporelle puisque c’est d’elle que naissent l’espace et le temps. Elle est la source de tout ce qui est. 


La physique moderne quantique rejoint le chamanisme ancestral. En tant que psychonaute versée dans les traditions indigènes, je trouve ça fabuleux ! Se dirige t-on vers une reliance de tout ? Est-ce que la science du futur sera nécessairement pluridisciplinaire ? Crois-tu qu'il soit possible de réconcilier et même conjuguer des domaines qui, jusqu’à présent, ont été considérés comme ennemis (science versus magie) ?

La science va rester hyper spécialisée parce que c’est la condition de nouvelles avancées. Aujourd’hui, la physique et les mathématiques nous parlent de structures géométriques situées en amont de l’espace-temps, qui auraient un nombre considérable de dimensions et constitueraient un réseau “d’agents conscients” derrière le monde tel qu’il apparaît. Ce n’est pas de la science-fiction et on a besoin de gens très pointus dans ces domaines pour que la connaissance progresse.

Et si le savoir chamanique ancestral rejoignait la science pour dresser une nouvelle cartographie de la psyché ?

Mais il y a aussi besoin de gens qui font les liens et les passerelles entre les domaines de la connaissance, et qui ont une culture en sciences dures et en science humaines, et aussi dans les domaines mythico-magico-mystiques.

L’approche pluridisciplinaire et transdisciplinaire est indispensable mais elle ne peut pas être le fait des scientifiques spécialistes eux-mêmes. Si déjà ils ont un peu de culture philosophique, c’est formidable. 


LE RÊVE

Grâce à toutes tes explications, on y voit déjà beaucoup plus clair. Il nous reste maintenant à aborder le dernier gros morceau de la rétrocausalité : le rêve ! Ici, on va avoir besoin de tes lumières, car c’est loin d’être évident à comprendre… Voici une citation du livre : “Quand j’observe dans le présent une synchronicité en lien avec une image d’un rêve se situant dans le passé, je repense à ce rêve et, ce faisant, je crée l'image de ce rêve dans le passé, qui, à son tour, va se manifester sous la forme d’un événement ayant pour fonction de créer un nouveau futur”. Est-ce que ça veut dire qu’avec ce type de rêve, on ne voit pas l’avenir, mais qu’on le crée ? Tout incite à croire que, plutôt que de matière, le monde physique serait en fait constitué d'informations, d'événements, dont la rétrocognition serait le processus mémoriel créateur. La frontière entre le monde physique et onirique s’estompe. Nos intentions modèlent aussi bien le rêve que la réalité, à rebours du temps. Notre conscience extratemporelle relie deux événements, onirique et physique, par le biais de synchronicités qui, comme on l’a vu, ont une signification au sens informationnel. Se souvenir du futur, c’est donc un acte de création d’un nouvel avenir ?

Dans les chamanismes, il n’y a pas de réelle frontière, en tout cas de rupture, entre le monde physique et les mondes oniriques, le monde de l’au-delà, des esprits, etc. Ces mondes forment un continuum et la notion unificatrice moderne est celle d’information. À l’échelle infinitésimale, la matière se réduit à de l’information. Or, l’information est aussi le “matériau” de la conscience.

Dying, l’expérience de la mort vue par le peintre Alex Grey

Si tout est conscience, alors en effet la conscience crée le monde tel qu’il apparaît, et chacun de nous, en tant qu’individu conscient, contribue à cette co-création. Si la réalité matérielle est “comme un rêve”, alors il n’est pas surprenant qu’on puisse la modeler par la conscience comme dans un rêve lucide.

Nous co-créons le monde collectivement, et si nous ne le faisons pas consciemment, alors nous le faisons inconsciemment, ce qui revient à attirer à nous le produit de nos peurs : guerres, épidémies, destructions, etc.

Notre réflexion invite à reprendre le contrôle sur ce processus pour ne pas se laisser gouverner par nos peurs inconscientes. 


L’IMPORTANCE DE LA CONSCIENCE COLLECTIVE : VERS UN NOUVEAU FUTUR GLOBAL

Jusqu’ici, on a surtout parlé des intentions personnelles d’un individu. Or, la conscience est une, et tu dis toi-même qu’elle n’existe qu’au singulier. Si l’on a dans la vie quotidienne l’impression que la nôtre est isolée, c’est parce qu’elle semble incarnée, soumise au mental d’un être singulier. Mais l’expérience de la transe nous révèle son caractère collectif. En transcendant les limites de l’ego, on s’aperçoit que le “je” disparaît au profit du tout. Partant de là, comme on l’a vu, il est essentiel de penser la conscience non plus seulement dans un but utilitaire qui nous permettrait de réaliser nos rêves personnels, mais plutôt comme un acte de création collectif qui nous serait bénéfique à tous. Juste afin d’étayer cette idée, j’aimerais rappeler cette histoire de séries de crash aériens, qui m’a fait forte impression. En 2014 par exemple, on recense pas moins de 16 catastrophes aériennes, ce qui est hautement improbable. Comment cela s’explique t-il ? Par un phénomène de co-création collective, réalisé de manière inconsciente. La médiatisation du premier crash attire l’attention collective. Quand elle constate un second crash, elle participe aux phénomènes improbables qui sont à son origine. Ce genre d'événements négatifs et traumatisants, en engendrant une sidération collective très forte, focalise l’attention tout en dézinguant notre libre arbitre, paralysant au passage la conscience collective. Mais que se passerait-il si nous étions capables de co-créer une réalité meilleure, en potentialisant volontairement, tous ensemble, des futurs alternatifs positifs ? Ça fait peur, en fait, parce que la crise du climat, qui est très réelle, ne nous incite pas à croire en un futur où l’humanité et la planète seraient sauves. J’ai entendu parler de la masse critique, ce pourcentage d’humanité qui pourrait faire basculer le monde dans le bon sens, mais je me dois d’être honnête : j’ai bien peur de participer moi-même à l’arrivée de la catastrophe, tant j’ai du mal à croire en la possibilité d’un avenir où on s’en sortirait. Comment faire pour recommencer à y croire ? Comment vaincre le conditionnement de la peur, quand toutes les études montrent que la situation est désespérée ? Et si on parvient à rêver d’un futur meilleur, comment agir tous ensemble pour le faire advenir dans le réel ?

Je pense que j’ai anticipé ces questions et déjà répondu en grande partie, mais on peut toujours reformuler les choses.

Le premier élément est d’accepter que l’avenir de l’humanité, de la Terre, de la biodiversité, etc., est une question qui nous dépasse en tant qu’individu. On ne peut agir qu’à sa propre échelle et essayer d’avoir des actions vertueuses en pariant sur l’exemplarité, c’est-à-dire montrer l’exemple sans se croire exemplaire. L’espoir, l’optimisme, ne peut venir que d’un abandon : celui de croire que je dois sauver le monde ou l’humanité.

En second lieu, il ne faut pas croire que “c’était mieux avant”. Le 20e siècle a été le théâtre de deux guerres mondiales et de guerres régionales qui ont tué environ 40 millions de militaires et un nombre indéterminé de civils, 200 millions selon certaines sources. Le monde n’a jamais été un champ de roses, c’est plutôt des rivières de sang à toutes les époques. L’humanité est résiliente, et la nature l’est encore plus.

La crise climatique, la biodiversité menacée, les inégalités croissantes, etc., sont largement dues à un modèle fondé sur la compétition entretenu par certaines élites qui en tirent profit. Je ne souscris pas, de façon générale, aux théories du complot parce que tout ceci se déroule à ciel ouvert. Simplement, il n’y a rien d’évident à mettre en place des alternatives au capitalisme ultra-libéral prédateur et destructeur. Les solutions ne peuvent pas être de revenir en arrière avec des modèles fondés entièrement sur la décroissance, même si des initiatives locales sont salutaires.

Je crois à la possibilité d’émergence de technologies disruptives, comme la fusion nucléaire qui est non-polluante, pour sortir de la dépendance aux énergies carbonées. Ce serait un bon début pour soigner la Terre et construire un nouveau monde.

Gaïa, œuvre du peintre Alex Grey. Arbre-Monde, arbre de vie et arbre des possibles

Ma conclusion est de faire en sorte d’attirer à soi son meilleur futur qui est en même temps le meilleur futur pour l’humanité et la planète, grâce aux mécanismes évoqués dans cette discussion. Mais de ne pas se préoccuper de ce que font ou pensent les autres, en les accusant constamment de ne pas être assez comme ceci ou comme cela. De ce point de vue, on n’a pas à se dire qu’il faut agir “tous ensemble”. J’agis à mon échelle, à mon niveau, et tant mieux si je peux inspirer d’autres personnes. Je me laisse traverser par une force qui me dépasse, qui est fondamentalement une énergie d’amour, en étant présent à chaque instant dans la simplicité.

Encore un paradoxe, mais la simplicité est la clé, même quand on s’intéresse à des questions parfois très complexes en science et en philosophie. Si je vis simplement, avec bienveillance et respect, et que le monde s’effondre malgré tout, alors ça ne sera pas de ma faute !

Se changer soi-même c’est changer le monde parce qu’on se change en tant qu’individu, et donc en tant que consommateur et citoyen.

Sur ce dernier aspect, on cesse d’attendre des politiques ou des élites en général qu’ils soient des sauveurs. Le salut est en chacun de nous. Alors salut !  


POUR ALLER PLUS LOIN…

Les sites internet :

Le site de Jocelin Morisson où vous trouverez ses livres, ses articles et son actualité.

Le site de la revue Natives dont Jocelin Morisson est le rédacteur en chef.

Le site de l’INREES, Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires.

Quelques ouvrages écrits par Jocelin Morisson :

Se souvenir du futur, co-écrit avec Romuald Leterrier.

La physique de la conscience, co-écrit avec Philippe Guillemant.

Expériences hors du corps

Tout est relié, co-écrit avec Romuald Leterrier.

Le super bonus :

Synchronicity, magnifique coffret de cartes illustrées qu’on peut utiliser comme oracle ou comme jeu, afin de s’amuser à créer des synchronicités dans sa vie ! Imaginé par Romuald Leterrier et Philippe Deweys.


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