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L’Anti-Héros : Mais pourquoi est-il si Sexy ?

Dans un monde où tout un chacun devait avoir l’air tout joli tout le temps, ce mec-ci ne l’était pas.

Dans un monde où tout un chacun devait avoir l’air tout joli tout le temps, ce mec-ci ne l'était pas.

Chuck Palahniuk

On va pas se mentir, l’Anti-Héros nous fait tous fantasmer.

Peut-être parce qu’il ose se conduire comme on rêverait de le faire, sans prendre en compte l’avis des autres, sans se préoccuper de respecter une quelconque loi sociale ou morale. Ça sonne comme l’apologie de la psychopathie ? Pas forcément.

Si le personnage du Anti-Héros est tellement présent dans notre culture, et que c’est lui qui fait les meilleures recettes au box office, c’est parce qu’il répond à un besoin qui nous anime en profondeur, et qu’il suscite en nous une forme d’admiration honteuse qui nous fait saliver en secret.

Et si l’Anti-Héros était le seul être fondamentalement honnête dans un monde étouffé d’hypocrisie ?

Qu’on l’admette ou non, l’archétype du Anti-Héros représente une certaine forme de liberté. Et ça, y a rien à faire : ça fera toujours rêver le sale gosse qui survit en nous.

Qui est cet indécrottable rebelle qui vit selon ses propres lois ? Comment un loser asocial peut-il faire naître en nous cette étrange fascination et éveiller notre sympathie ? Quel est son moteur, quelles sont ses motivations ?

Et surtout… pourquoi est-il si sexy ?

Exploration d'un personnage anticonformiste qu'on adore détester : mise en lumière de l'ultime rebelle

Taxi Driver, exemple parfait d'un anti-héros sociopathe

VA TE COUCHER, SUPERMAN…

Soyons honnêtes.

Tout le monde en a soupé du héros conventionnel, bien sous tout rapport, beau, fort et courtois en toute circonstance, avec le brushing qui bouge pas d’un cheveux même au sortir d’un affrontement terrifique avec les forces du Mal et le sourire Colgate affiché comme une pub pour le bonheur.

Rien à faire, ce type est un fake, c’est criant.

Je veux dire, comment on pourrait s’identifier à lui quand notre miroir nous renvoie chaque matin l’image de Gargamelle plutôt que celle de Clark Kent ?

Et puis, ras la casquette de prétendre admirer ces valeurs soi-disant hautement humaines que ce fichu héros est bien le seul à défendre, quand nous, misérable lie de la société, nous roulons joyeusement dans la fange.

ET TU PEUX REMBALLER TON HYPOCRISIE !

Parlons-en, de ces valeurs.

Bien-pensance, bienveillance, et tous les mots qui commencent par bien-quelque chose et nous filent des envies de meurtre chaque fois (bien trop souvent de nos jours) qu’ils sont brandis tel un étendard de sainteté pour justifier les plus lâches formes d’hypocrisie.

La vérité, c’est que dans un monde où la norme est malade, tout écart est marginalisé, voire pathologisé, si bien qu’on se retrouve à incarner la figure du méchant alors que parfois on est juste vrai.

L’anti-héros, un personnage souvent solitaire et incompris.

Dans ces circonstances, pas étonnant que le fantasme du anti-héros super badass nous fasse de l’œil et nous apparaisse comme bien plus séduisant que la perfection éthérée du héros de base (qui se transforme alors en chien de garde de la norme radicale et anxiogène), impossible à copier, et de moins en moins désirable. Être gentil pour que tout le monde nous aime ? Pitié !

Quand le héros fait toc, l’anti-héros s’élève comme réel. Vivant et humain.

UN MODÈLE HUMAIN, DONC FAILLIBLE

Ouais, il est bourru, désenchanté, égoïste et mal rasé, et ses motivations sont troubles, mais est-ce qu’on en est pas tous là ?

Voilà un vrai point de départ pour une histoire qui se respecte, un point de départ réaliste, et qui suppose une possible (r)évolution, bien loin de l’idéal déjà réalisé du héros qui ne peut et ne veut plus changer, incarnant déjà la quintessence de tout ce qu’on est censé espérer en tant qu’Homme.

Bien sûr, il existe différentes figures d’anti-héros : le loser (Joker), l’anti-social (Travis Bickle), la personne ordinaire que les circonstances forcent à dérailler (Thelma et Louise), le gentil qui vrille (Harley Quinn), l’enfoiré notoire (Walter White), le flemmard dont la seule passion dans la vie se résume au bowling (Jeffrey Lebowski alias The Dude)…

Mais toutes ces caractéristiques induisent une chose qui fait cruellement défaut au héros simplement bon parce que c’est bien d’être bon : un questionnement. Que s’est-il passé pour que ce type-là devienne un étranger au sein de l’humanité ?

Et surtout, quel est son véritable moteur ?

FOU OU SAGE, L’ÉTERNELLE QUESTION… 

Walter White dans Breaking Bad, anti-héros aux motivations de plus en plus sombres…

L’anti-héros est bien souvent un être exclu, un paria.

Que ce soit de son fait ou de celui d’une société qui le rejette, le résultat est le même : il lui est impossible d’intégrer l’idéal conventionnel de vie ordinaire.

Si les autres le perçoivent comme un baltringue, un salopard, un loser ou un zombie inutile hantant les bords du monde, il leur retourne le compliment en refusant de faire semblant d’accepter leurs règles. Et plus on le côtoie, plus on apprend à le connaître, plus on a le sentiment qu’il est le seul être réel ou conscient au sein d’une société étouffée de bons sentiments, naïvement lobotomisée et heureuse de son sort.

En tant que marginal, il représente un être hors du monde.

Qu’il soit la cible de harcèlement, idiot, ermite ou clodo, voire sage désabusé, sa position unique lui permet de porter un regard extérieur sur ce qui se trame, puisqu’il n’en fait pas partie. Ce recul lui offre une vision originale et souvent instructive, bien que parfois teintée de cynisme, sur le spectacle de la connerie humaine, parce que son prisme de lecture est très personnel.

Alors que les autres se prélassent dans leur zone de confort, entourés de leurs semblables, biberonnés d’illusions douces (et n’osant pas faire un pas au-delà de la ligne sous peine de rejet ou de désamour, soit dit en passant), notre anti-héros a la vie dure et amère, et c’est justement cet état de fait qui pourra donner naissance à… autre chose.

UN HONNÊTE HOMME, DANS LE FOND. BIEN AU FOND.

D’autre part, le fait que ce mec ne se reconnaisse pas dans le discours ambiant et soit même bien souvent horripilé par les valeurs unanimement reconnues (je pense à Dr. House qui passe pour le méchant parce qu’il refuse de caresser les autres dans le sens du poil et les pousse à la réflexion, provoquant sans cesse leur outrage, alors qu’il a raison : tout le monde ment. Quand on gratte un peu, la pseudo bonté s’écaille pour révéler des motivations au moins aussi égoïstes que les siennes) le motive à chercher ses propres valeurs, ou du moins, un nouveau paradigme dans lequel ses actions et ses motivations pourraient prendre sens.

En d’autres termes, il va devoir créer ses propres lois.

JE SUIS LE CHAOS ET JE VIENS VOUS APPORTER LA BONNE PAROLE !

Arthur Fleck dans Joker, anti-héros loser qui finit par devenir leader !

C’est tout l’intérêt de cette figure, qui rappelle par moment celle du Trickster, archétype initiateur de chaos qui va forcer le monde à trouver un nouvel ordre après le désastre.

Ce personnage de prime abord perçu comme immoral ou même amoral, véritable psychopathe dénué d’empathie, incapable de faire la différence entre le Bien et le Mal, incarne un sens tout à fait différent quand il émerge dans une société malade où la morale est défaillante et où des notions telles que l’altruisme et la justice sont tronquées et sclérosées par l’hypocrisie et les jeux de pouvoir.

L’anti-héros devient alors celui qui remet les pendules à l’heure.

Par son comportement erratique et subversif, par son refus de l’autorité ou de la bienséance, il déglingue le prêt-à-penser lénifiant, dévaste la pensée unique oppressante et la lâcheté morale et intellectuelle pour tout remettre en question.

Qu’il ait renié la morale ou qu’il n'ait jamais été conditionné par elle n’est pas le problème : son existence même, le simple fait qu’il existe et qu’il soit l’avorton honteux d’une société qui désormais le rejette est une question posée à cette société.

En d’autres termes, il est fort possible que ce personnage devienne un initiateur, un nouveau moteur pour l’humanité, même si lui-même n’agit que dans un but égocentrique, poursuivant son propre idéal sans considération pour les autres.

UN SURHOMME ?

Ici, il faut faire le lien avec le Surhomme de Nietzsche, car les réflexions qu’il développe offrent une piste pour mieux saisir l’enjeu de la personnalité du anti-héros.

Et si l’altruisme et la compassion n’étaient rien de plus que l’expression d’un mépris fondamental envers l’Homme ?

Et si le fait d’encenser le statut de victime (désignée par les termes de faible et d’esclave chez Nietzsche) au détriment de celui de l’Homme solitaire et indépendant (fort et aristocrate) n’était qu’une forme sournoise de nihilisme qui renie la responsabilité de l’humain et transforme la morale en effusion de ressentiment ?

Selon Nietzsche, l’Homme est une chose qui doit être dépassée. Et pour ce faire, c’est pas de douceur et de bienséance dont on a besoin, mais d’un bon coup de pied au cul.

Bien souvent, l’anti-héros est à l'opposé total des diktats : bienveillante construction de soi, compassion pour son prochain, esprit de groupe, bouffe saine, sport et sobriété…

Non, décidément, ce type-là n’en a rien à carrer, et l’autodestruction est comme qui dirait son mode de fonctionnement par défaut.

Qu’il souffre d’un passé morbide ou qu’il soit juste dégoûté de la vie ou étanche aux concepts de santé, de beauté et de bonté, il est fréquent que l’anti-héros se drogue, picole, soit violent, erre aux limites de la marginalisation et de la loi, maître solitaire de son propre univers, testant sans cesse ses propres limites ainsi que celles des autres, quitte à se perdre à jamais, plutôt que de rester parqué entre les frontières d’une normalité qu’il exècre ou qui n’a juste aucune incidence sur lui et son comportement.

QUELQU’UN QU’ON RÊVE TOUS D’ÊTRE EN SECRET…

Harley Quinn dans Suicide Squad, anti-héroïne sexy et badass qui nous fait tous fantasmer…

Et c’est peut-être justement cette étrange liberté, cette folie qui lui est propre, cette existence hors du monde, cette indépendance viscérale, cette solitude, qui lui confèrent un rôle majeur, voire indispensable, au sein du monde de l’art…

Qu’on le veuille ou non, l’anti-héros nous confronte à nous-mêmes.

Fatalement, observer quelqu’un qui ne respecte pas la norme et qui obéit à des lois comportementales en marge des nôtres nous contraint à remettre en cause notre vision de la nature humaine, de l’éthique, de la justice, et donc, pour le dire clairement, de nos valeurs.

Comment un tel être a-t-il pu naître ? Où est-ce que la société a fauté pour qu’il émerge ?

Qu’est-ce que son existence signifie, et qu’est-ce qu’elle implique ? Comment se fait-il qu’il échappe au conditionnement alors que le monde entier y est soumis ?

Et si c’était finalement lui qui avait raison ?…

L’anti-héros ne sait pas où il va, mais ne prétend pas le savoir, contrairement à nous, et pourtant ça ne l'empêche pas d’avancer.

Il est détruit et rejeté, mais sa volonté de ne pas lutter pour réintégrer la société agit comme un message subliminal sur nous : et si le fait de vouloir se construire et s’améliorer pour être toujours plus parfait afin d’être finalement accepté, reconnu et aimé par nos semblables n’était qu’une illusion ?

Et si la perfection instituée comme idéal était l’antinomie de la liberté et en définitive, du bonheur ?

GIVE ME AN AMEN ! GIVE ME AN ALLÉLUIA !

La figure du anti-héros est donc aussi bien intrigante que nécessaire.

Pour être honnête, je me demande ce qui resterait à l’art si cet enfoiré n’existait pas. Sans doute un triste tas d’histoires sans envergure aussi soporifiques que consensuelles.

Mais je fais partie des gens qui considèrent que l’art doit mordre pour valoir le coup, et seul un bon vieux anti-héros peut assumer ce genre de plan. J’adore la psychologie torturée qui incite à creuser pour comprendre ce qui a pu transformer un personnage en électron libre ou en écorché vif, et invite à considérer la souffrance, la folie et l’isolement d’un œil soustrait de préjugés.

J’aime qu’une œuvre me force à reconsidérer les racines de la morale, de la justice, ainsi que celles du Bien et du Mal.

Et enfin, j’apprécie tout particulièrement qu’on provoque en moi cette sorte de jubilation malsaine qui s’éveille au spectacle des Joker, des Travis Bickle et autres Django lorsqu’ils prennent les rênes et décident de demander des comptes à cette société qui les ignore et les renie, en se comportant soudain comme les plus absolus des super-héros.

Django dans Django unchained, anti-héros qui commence esclave pour finir en libérateur, symbole flamboyant de la liberté, après un règlement de compte ultra jouissif !

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L’Art et la Conscience

Qu’est-ce que l’art ? A quel moment peut-on parler de véritable création artistique ? Qu’est-ce qui différencie une œuvre qui restera gravée à jamais dans le temps de celle qui ne pourra que divertir puis sombrer dans l’oubli ? Quels sont les mécanismes qui entrent en action dans l’élaboration et l’accueil d’une œuvre d’art ?

Qu’est-ce que l’art ? Quelle est son essence ?

A quel moment peut-on parler de véritable création artistique ?

Qu’est-ce qui différencie une œuvre qui restera gravée à jamais dans le temps de celle qui ne pourra que divertir puis sombrer dans l’oubli ?

Quels sont les mécanismes qui entrent en action dans l’élaboration et l’accueil d’une œuvre d’art ?

Pas facile de répondre à tout ça, et pourtant, que ce soit en tant qu’artiste ou en tant qu’aficionado, il s’agit d’une problématique essentielle, comme le prouvent les nombreux débats qu’elle génère.

J’ai envie d’apporter ma pierre à l’édifice. Voici ma vision.

Étude de l'Art au travers du phénomène de la Conscience : Création et Transcendance

L’art et la Conscience

LA DIFFICULTÉ DE DÉFINIR L’ART

L’art a semble t-il une nature indéfinissable, qui échappe sans cesse à tout concept.

Il est le produit d’une intention, celle de l’artiste, mais la dépasse largement quand il touche au sublime et transcende l’assistance.

Il est le résultat d’un ensemble de techniques, étudiées ou apprises en autodidacte, mais la somme de celles-ci ne suffit pas à expliquer les émotions qu’il provoque ni sa capacité à atteindre le Beau.

Il s’adresse à l’intuition, partie primale et souterraine de l’être humain, mais les symboles qu’il manipule sont parfois bien difficile à expliciter, que ce soit pour le créateur ou pour le spectateur, sans pour autant que le message subliminale que ces symboles véhiculent ne perde de sa force.

Il peut être engagé et politique, mais dans ce cas comment se fait-il que son impact aille au-delà d’un certain contexte culturel, et qu’il nous touche encore alors que celui-ci a cessé d’exister ?

La difficulté de le définir vient probablement du fait que l’art s’adresse à l’Homme dans sa totalité, au travers de toutes ses dimensions à la fois. L’intellect, l’émotionnel, l’intuitif, le sensoriel.

Pour qu’une œuvre soit qualifiée d’artistique, elle doit atteindre et toucher de plein fouet l’ensemble du spectre qui constitue l’âme humaine. Ou la conscience.

QUAND LA CONSCIENCE S’IMMISCE DANS LA CRÉATION

Ces notions de conscience et de création nous ramènent inévitablement au concept de Dieu.

L’artiste est-il le dieu de son œuvre, ou un simple démiurge ?

Est-il un vrai créateur qui enfante un monde à partir de rien, ou bien un artisan qui bricole avec ce qu'il trouve ?

La distinction est ténue, et loin d'être évidente. C’est le genre de cas de figure où il y a deux écoles. L’idée serait de tenter de les conjuguer…

Le terme d’artisan est souvent perçu comme péjoratif. Dans l’acception classique, l’art s’oppose justement à l’artisanat, définit comme une production en série, répétitive et sans âme, d’un objet copiable à l’infini et qui ne porte en lui aucun signe de l’âme de son fabricant. L’art au contraire est compris comme quelque chose d’unique, œuvre et non produit, reflétant l’esprit singulier de l'artiste, raison pour laquelle seul lui peut l’engendrer, ce qui la rend impossible à copier.

Si l’on poursuit dans cette optique, l’artiste est donc le dieu de son œuvre, créateur absolu de ce qu’il offre au monde, engendrant tout un univers à partir de rien.

L’ennui, c’est que cette conception ne prend pas du tout en considération l’inspiration elle-même, phénomène mystérieux s’il en est, et présente au contraire l’artiste comme un mécanicien d’enfer, technicien suprême, responsable de tout ce qu’il produit. Père unique et incontesté de son œuvre.

Mais qu’est-ce que l’inspiration ? D’où vient-elle ? A quoi sert-elle ?

Est-elle l’esclave de l'artiste, qui l’aurait si bien muselée et soumise qu’elle lui obéirait entièrement, pour lui offrir ce qu’il aurait décidé, lui ?

Il est parfois difficile pour un artiste d'accepter de ne pas être le seul et unique responsable de son œuvre. Question d’ego probablement. Pas évident de reconnaître qu’on ne possède pas les pleins pouvoirs sur cette chose magnifique qu’on prétend mettre au monde.

Et pourtant. Une œuvre sans inspiration n’est pas une œuvre d’art, tout le monde sera d’accord sur ce point. 

La question est maintenant de savoir quelle est la contribution de l’artiste et quelle est celle de l’inspiration dans la création d’une œuvre d’art.

ARTISTE VERSUS INSPIRATION, QUI SOUMET L’AUTRE ?

Dans la littérature, nombre d’auteurs s’insurgent quand il est question des personnages, qui constituent le symbole parfait de la problématique de la création. Certains pensent qu’ils sont sous leur contrôle total, depuis leur naissance jusqu’à la moindre parcelle de leur personnalité, incluant donc leurs actions, tandis que d’autres affirment que ceux-ci font absolument ce qu’ils veulent, apparaissant et s’exprimant comme bon leur semble, et qu’en tant qu’auteurs, ils ont parfois du mal à les suivre, ces fichus personnages.

Si on remplace le concept de personnage par celui d’œuvre en général, on arrive au cœur du problème.

Par définition, le souffle de l’inspiration s’apparente à une grâce divine provenant d’en-haut, incontrôlable et pourtant hautement désirable, qui pénètre et transcende de fond en comble celui qui a l’honneur de la recevoir, en l'emmenant tutoyer les secrets de l’univers afin qu’il puisse les retranscrire dans le monde humain, possédé par une fièvre miraculeuse de créativité.

Socrate parle de muses, Kant de génie, de “talent qui consiste à produire ce dont on ne saurait donner aucune règle déterminée”.

Peu importe la définition qu’on lui donne. Tous ceux qui ont déjà connu cette grâce et ce vent de folie font état de la même chose : l’inspiration est un phénomène transcendant, sur lequel on n’a aucune prise, et qui va et vient comme il le désire, ce qui l’apparente à une chose gouvernée par une volonté propre et parfois tyrannique, mais qui nous rend capables d’engendrer une œuvre qui surpasse de loin, en qualité, en complexité et en richesse symbolique, tout ce qu’on n’aurait jamais pu inventer seul, par nous-mêmes, en réfléchissant ou en imaginant.

L’ALLIANCE DE L’ARTISTE ET DE L’INSPIRATION, AU TRAVERS DU PHÉNOMÈNE DE LA CONSCIENCE

Une paire de chaussures de Vincent Van Gogh, œuvre magistrale qui symbolise la difficile condition humaine, que tout le monde comprend à travers les âges, ce qui la rend universelle.

Selon mon prof de philo du lycée, Ricardo, la conscience, c’est ce qui nous relie à l’universel, indépendamment de notre personnalité et de nos caractéristiques particulières.

Chaque Homme en est (à priori) pourvu, ce qui fait de lui un être libre et responsable. Les lois qu’elle édicte sont valables pour l’ensemble de l’humanité, sans différenciation d’époque ou d’origine. C’est elle qui nous offre le privilège de reconnaître et d’apprécier le Beau. Et dernier point majeur : la conscience est une, et nous connecte les uns aux autres.

Je soutiens que l’art véritable est celui qui provient de et s’adresse à la conscience, telle une boucle qui s’engendre elle-même et naît de sa fin. 

Si l’art est le fruit de l’intention de l’artiste, il la dépasse largement, le surprenant lui-même, jusqu’à parfois toucher au sublime, cette chose insensée transcendant toute échelle de comparaison puisqu’elle atteint l’absolu, imposant une sorte d’ouverture, de trouée violente dans l’âme humaine en la confrontant à sa propre insignifiance et en même temps à sa capacité d’être émue par l’infini.

Dans la création, les techniques que l’artiste a apprises ne constituent en rien une finalité. Elles doivent être mises au service de l’inspiration afin de dessiner, de retranscrire, de recréer dans ses moindres détails et avec le plus de précision possible ce que son âme a embrassé durant ces moments uniques de grâce pure.

Seul un être conscient peut appréhender et restituer la véritable beauté qui le transcende et transcendera ceux qui seront en contact avec son œuvre.

L’art est aussi en mesure de s’adresser d’une façon personnelle à l’intuition de chacun, au travers de symboles universels et d’archétypes que l’artiste a déterrés sans le vouloir grâce à son intuition souvent très aiguisée, reliée à la conscience, seule dimension de lui-même qui peut réellement parler à l’intuition des autres.

Enfin, l’art peut être engagé sans que ce soit réducteur, bien au contraire, car ce qu’il exprime au sujet de la condition humaine est valable partout, tout le temps, depuis toujours, même s’il se sert d’un contexte particulier pour envoyer son message. L’art véritable ira bien au-delà d’une époque ou d’une crise politique, parce qu’il évoque l’être humain dans toute sa complexité, qu’il s’agisse de ses souffrances, de ses luttes, ou de sa beauté.

Selon moi, l’art, c’est la transcendance, ni plus, ni moins.

 

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Road Trip, Journal de bord Zoë Hababou Road Trip, Journal de bord Zoë Hababou

Carnet de Route #1 : Premier Jour

Je suis un peu en vrac, pour être franche, mais ça me change pas de d’habitude. Les derniers restes de mon ancienne vie qui s’accrochent encore à ma peau.

Arrivée à Lima, Pérou

Mon fidèle carnet de voyage !

Putain ça y est les mecs, enfin nous y voilà ! C’est maintenant qu’on va commencer à se marrer. Déjà ce matin à l’aube, le zombie servile et frustré qui vit en moi commençait à montrer des signes très certains de panique. Ça risque pas de s’arranger, vu que c’est l’anéantissement total que je vise. Je le lâcherai pas tant qu’il aura pas rendu l’âme, définitivement.

Le type à côté de moi a le bouquin de Kerouac dans les mains et moi je viens tout juste de commencer Into the Wild. Pour l’originalité, on repassera. Autant dire que je suis encore bien loin de la délivrance que je suis venue chercher en me prenant un billet pour le Pérou.

Je suis un peu en vrac, pour être franche, mais ça me change pas de d’habitude. Les derniers restes de mon ancienne vie qui s’accrochent encore à ma peau. Sueurs froides, mal de tête, ce genre de truc. Ceci dit ça m’aurait étonnée de débarquer dans l’avenir immaculée comme une saloperie de vierge effarouchée, sans trimballer avec moi quelques anciens péchés. De toute manière le but n’est pas d’oublier celle que j’ai été. Je veux retrouver ce que je suis vraiment, apprivoiser cette énergie qui me ronge. Depuis le temps qu’on me force à la museler. Eux, cette bande de salopards de pétochards. C’était logique que ça se retourne contre moi et que ça se mette à me bouffer de l’intérieur. Eux, je sais pas comment ils gèrent, et je m’en cogne, mais en ce qui me concerne cette bête-là a constamment besoin de combustible, merde, c’est comme si elle était tout le temps en manque et qu’y lui fallait un truc à grignoter, un jouet sur lequel se faire les dents, une matière brute à triturer ou transformer… 

C’est pas qu’elle soit mauvaise en soi. Elle n’est dangereuse et meurtrière que quand elle est ligotée. Moi tout ce que je veux c’est lui rendre sa liberté, la laisser s’échapper et filer tout droit en m’emportant avec elle. Je veux que cette force devienne mon alliée, quand bien même elle me pousserait à faire des trucs plus ou moins… inhumains. Surtout même.

Faut que l’animal tue le zombie, voilà comment ça marche. Faut que l’esprit mesquin et étriqué éclate en morceaux. Et l’animal en expansion pourra comme ça acquérir toute son ampleur et peut-être bien… va savoir, embrasser l’univers !

Ouais, c’est bien de ça qu’il s’agit. Ce qu’il y a de sauvage en moi doit reprendre le dessus sur l’automate chétif qu’on m’a appris à être. Je veux sentir ce que ça fait, d’être vivant. Je veux savoir ce que c’est.

Je voudrais faire comme dit Chuck Palahniuk. Parvenir à désapprendre tout ce que je sais pour me catapulter dans l’expérience brute. Réelle. Une putain de révolution, que ce serait. Quand je sens l’avidité de mon corps et de mon esprit, je me dis que je pourrai pas me satisfaire de moins que ça.

Ça fait maintenant 15 heures qu’on est partis, ils viennent de dire qu’on va bientôt amorcer la descente finale. Putain, j’y crois pas, mes pieds vont enfin fouler cette terre qui me fait saliver depuis des mois ! Je réalise pas, en fait. Je vais faire face à l’autre monde. Face à moi-même. Seule, comme je l’ai toujours voulu. Je vais enfin savoir de quoi je suis capable sans personne avec l’Inconnu droit devant. 

Merde, je vais enfin savoir ce que j’ai dans le bide.

Carnet de Route #2

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