Freestyle, Trucs & Astuces Zoë Hababou Freestyle, Trucs & Astuces Zoë Hababou

Devenir Écrivain : Les Grandes Étapes de la vie d’Auteur

Les êtres qui s’ébattent sur la scène de ta conscience se transforment en symboles, leurs répliques les plus justes sont enregistrées dans ton cerveau, un évènement devient un rouage, une expression de visage un personnage, la vie humaine se métamorphose et révèle son étrange essence parabolique avec laquelle tu vas farcir le moteur de la monstrueuse machine en train de s’assembler sous ton crâne.

Dire qu’on devient écrivain est sans doute un peu con, puisqu’il s’agit d’une vocation, et comme toute vocation, c’est quelque chose que tu sens en toi depuis toujours, qui possède des racines très profondes, très ancrées, et qui finiront par t’étrangler que tu t’y livres ou pas.

Mais la décision consciente de s’y mettre pour de bon amène de grands bouleversements dans ta vie et surtout dans ta manière de percevoir le monde…

Analyse de la formation d'un écrivain

Une machine à écrire et une tasse de café, éléments clés de l’écrivain ! Quelles sont les étapes qui président à la formation d’un romancier ?

LE POUVOIR DES MOTS

Y a de fortes chances que cette envie d’écrire qui te taraude provienne de ce que tu lis, et plus précisément de l’effet que ça te fait, de lire. Je sais que beaucoup d’auteurs avouent ne pas lire énormément, ce qui restera toujours pour moi un mystère insondé, même si c’est vrai qu’en devenant auteur à son tour, on devient de plus en plus critique sur le taff des autres, mais là n’est pas la question.

Si t’as eu un jour envie d’écrire, c’est fatalement que plus jeune, t’es tombé sur un ouvrage qui t’a fait un certain effet, et que t’as découvert la puissance des mots.

Le plaisir de lire commence souvent avec des ouvrages d’horreur, comme ceux de R.L. Stine et sa fameuse série Chair de Poule. Ici, Le Pantin Maléfique !

Il s’agit bel et bien d’un pouvoir magique, et le plus dingue, c’est que c’est même pas forcément la grande littérature et ces fameux classiques avec lesquels on t’étouffe à l’école qui te révèleront ce pouvoir, mais plutôt un bon vieil R. L. Stine, par exemple.

Un bon livre, c’est celui qui te plonge en état d’auto-hypnose, au point de faire disparaître le monde autour de toi (ta petite sœur qui pique sa crise, ton père qui te les brise, le bad boy du lycée dont l’ignorance t’atomise…).

Il est fréquent de commencer son aventure livresque avec les récits d’horreur au suspense haletant, et je trouve que c’est une porte d’entrée royale dans la littérature. Quand t’as appris à ouvrir un livre et à pénétrer dans cette autre dimension, tu deviens rapidement accro, parce qu’elle est bien plus palpitante que ce monde débile qui s’agite en vain au-delà des pages.

Une fois bien préparé, tu vas t’aventurer à lire d’autres genres, et la littérature t’ouvrira toujours de nouveaux univers, magnifiques, insensés, percutants. Transcendants parfois.

Comment de simples phrases alignées sur une page peuvent produire un tel effet ? Quelle est cette mécanique sournoise qui parvient à te faire trembler, pleurer, et rire aussi, tout en t’offrant une ouverture phénoménale sur le monde qui existe au-delà du tien ?

Si telle est ta vocation, tu finiras pas te dire que, bordel, toi aussi tu veux créer un monde.

DES YEUX DE TÉMOIN ET UN ENREGISTREUR DANS LA TÊTE 

Tu veux être écrivain. Tu te sens déjà écrivain. Comment tu le sais ? Oh, c’est simple : ton regard sur le monde a changé. Insensiblement, celui-ci a fini par devenir ton petit théâtre personnel de la condition humaine.

Les êtres qui s’ébattent sur la scène de ta conscience se transforment en symboles, leurs répliques les plus justes se gravent dans ton cerveau, un évènement devient un rouage, une expression de visage un personnage, la vie humaine se métamorphose et révèle son étrange essence parabolique avec laquelle tu vas farcir le moteur de la monstrueuse machine en train de s’assembler sous ton crâne.

Hunter Thompson en train de réfléchir et collecter des faits, étape essentielle pour tout écrivain qui se respecte !

Le signe qui ne trompe pas, c’est ce petit carnet dont tu as fait l'acquisition, et dans lequel tu notes fiévreusement chaque idée. Tu es en train de prendre un recul phénoménal avec les affaires humaines, parce que tes yeux sont devenus ceux d’un témoin. Tu observes. Tu t'interroges. Tu notes.

Et au fond de toi, tu jubiles quand ton destin te met face à une situation singulière ou dangereuse, parce que ça va enrichir ton expérience, ton imagination, et donc fatalement ton écriture.

Beaucoup de dessins humoristiques mettent en scène un écrivain en train de se faire dévorer par un monstre ou agonisant sous les roues d’une voiture, mais qui prend des notes comme un maboule en phase terminale.

Voilà ce que cette vocation fait de toi.

Mais ce recul, ce pas à côté de la ligne t’offre quelque chose de rare et de précieux pour un artiste : une vision.

Ton imagination malade va mûrir et transformer ton vécu en l'incorporant à ton œuvre. Un million de petites choses qui n’auraient aucune signification pour un non-artiste vont germer en toi pour aller au-delà du fait et devenir un élément de ton histoire (Haruki Murakami évoque ça avec davantage de précisions dans cet article).

La question est de savoir comment tu vas retranscrire tout ça.

RETOUR VERS LA LECTURE

Ce nouveau super-pouvoir visionnaire va te poursuivre jusque dans tes lectures. Ici aussi, ton regard s’est modifié. Même en lisant, tu te surprends à prendre des notes. Putain, mais elle pète, cette phrase ! Wow, la métaphore de malade ! Merde, mais comment il fait pour faire parler un simple regard comme ça ?

Ce genre de trucs. 

L’écrivain est tel un savant fou qui combine des choses observées dans le monde et les assemble grâce à son inspiration pour engendrer une histoire.

Inévitablement, un risque de léger (nan, énorme) plagiat entre en jeu, mais faut pas s’en faire. C’est normal de copier à mort le style d’un auteur. Ça permet de comprendre son mécanisme, comme si les mots que tu retraces, en passant par tes doigts et ton stylo, transfusaient leurs lois mathématiques à ton âme.

Tu t’imprègnes, tu ingères, tu t’exerces, tu te fais la main, quoi. Un jour viendra où tu trouveras ton propre style, et crois-moi, tu voudras plus le lâcher. Ta manière à toi de traduire en mots ces visions qui te possèdent.

Pour autant, arrêter de lire me paraît complètement incohérent. Déjà parce que quand on aime ça depuis tout petit, lire est une addiction, un refuge, et que je vois pas comment on pourrait s’en passer. Et ensuite, parce qu’on ne cesse jamais d’apprendre. L’infinité des histoires et des manières de les raconter est une source jaillissante qui abreuve ton imagination.

Dieu sait que je place le vécu et l’expérience personnelle au-delà de tout quand il s’agit d’avoir quelque chose à écrire, mais il n’empêche que se confronter sans cesse à d’autres visions artistiques élargit considérablement la tienne, et ça va bien au-delà de la littérature, d’ailleurs. Musique, film, art visuel, danse, un artiste, même quand il se croit accompli, reste une éponge qui se nourrit du contact avec… tout, et sait en faire une affaire personnelle. Puis, universelle.

I FUCKING DID IT !

Snoop Dogg avec un joint ! Symbole parfait de l’effet planant et stupéfiant que provoque la première publication d’un livre pour un écrivain !

La première publication est une étape stupéfiante. Si si, le mot est juste. Ça va te scotcher, et puis tu vas planer pendant un bon moment (profite, les suivantes ne font pas le même effet).

Ça peut sembler idiot, mais tenir son propre livre entre ses mains est une sensation unique, la concrétisation d’un lent processus dont les racines remontent à l'enfance pour arriver jusqu'à cet instant T où la perception que tu as de toi-même fait un bon quantique.

C’est comme si tu tenais la totalité de ce que tu es, là, dans tes mains, sous tes yeux.

Ta réflexion, ta lutte, ton imagination, ta volonté, ton vécu, tout ce que tu as laborieusement réuni, bricolé et assemblé, comme une sorte de conservateur de musée de monstruosités, pour engendrer ceci, un livre.

Ton livre. 

Plonger dedans est une véritable redécouverte. Voir tes mots imprimés comme s’il s’agissait de ceux d’un autre coupe le souffle, et provoque un déferlement d’émotions proche de l’extase. Ça non plus, ça va pas durer… Mais ce sentiment d’être quelqu’un d’autre, quelqu’un de nouveau (ou peut-être juste véritablement toi-même ?), en revanche, ne va plus te quitter.

Et j’ajouterai que le regard des autres aussi va s’en trouver modifié.

Un accomplissement ? Évidemment que oui.

UN VRAI ÉCRIVAIN

Hors de question de te reposer sur tes lauriers pour autant. Cette nouvelle force qui ruisselle en toi, tu dois la mettre à profit, et vite. Puisque désormais tu sais que tu peux le faire, faut que tu surfes sur la vague initiée par la publication. Pas de procrastination, pas de syndrome bidon de la page blanche, tu sais écrire, et c’est donc ce que tu vas faire.

Je garde toujours en tête l’histoire de cet écrivain célèbre (me souviens jamais lequel), qui s’était donné un temps imparti chaque jour pour écrire. Même s’il arrivait à la fin d’un roman, si le temps consacré à l’écriture du jour n’était pas écoulé, il se contentait d’écrire le mot fin au cul de son manuscrit, puis sortait une nouvelle feuille pour commencer son prochain roman.

Tu vois le délire ? Putain, ça c’est pas de l’écrivain en carton ! Voilà l’exemple à suivre !

Une machine à écrire Underwood. Il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers après avoir publié un ouvrage, mais en écrire tout de suite un autre !

Le truc, c’est que plus tu prends l’habitude d’écrire, plus ça vient facilement. Pas de tergiversations, pas de prétextes à la mords-moi-le-nœud. Puisque tu cries au monde depuis toujours que c’est ta vocation, bah vas-y, prouve-le. Et tu verras que l’habitude d’écrire chaque putain de jour que Dieu fait va s’ancrer en toi au point que t’auras plus le moindre désir d’arrêter. 

C’est juste un peu dommage que les publications suivantes ne recèlent plus la magie de la première, mais je suppose que c’est inévitable. Cela dit, je pense que ce serait pas mal de balancer un petit conseil à l’emporte-pièce : reste dans le présent.

Peu importe si tes livres se vendent peu, que l’extase s’est atténuée, que désormais quand tu lis ce que t’as publié, t’as envie de tout changer voire même de tout cramer, parce que c’est plus assez bon pour tes nouveaux critères. Évite de regarder en arrière, et te projette pas non plus dans le futur, en te disant que tu seras vraiment heureux quand tu pourras enfin vivre de ta plume.

Nope.

La seule chose qui doit t’importer, c’est cette putain de phrase que tu tritures depuis tout à l’heure pour qu’elle colle le plus possible à la vision qui hante ta tête et gémit dans ton âme. Cette unique phrase, rien d’autre.

VERS L’INFINI, ET AU-DELÀ…

Il existe des secrets que seule la pratique de l’écriture peut dévoiler. Bon, ouais, l’art en général y est acoquiné, mais je me demande si c’est pas plus difficile avec des mots, qui sont après tout des concepts. L’art visuel, la musique sont plus abstraits, et donc peut-être un peu plus en contact direct avec cette chose dont je parle.

L’écriture doit louvoyer pour l’atteindre, et le pire, c’est que ça résulte même pas d’un processus ou d’une volonté consciente, et qu’il est donc impossible d’appliquer une loi pour le produire ou le reproduire à l’infini. Et si on tente malgré de tout de le faire et de forcer le truc, ça tombe complètement à l’eau !

Quelle est cette diablerie ?

La portée symbolique. Ce qui fait qu’une œuvre est véritablement une œuvre d’art.

Alors, certes, c’est pas quelque chose qui s’apprend ou qui s’enseigne, et le premier livre d’un jeune auteur peut la posséder sans qu’il en ait conscience, et sans même qu’il sache comment il s’y est pris, tandis qu’un autre pourra s’escrimer toute sa vie durant sans jamais l’atteindre. Mais l’imaginaire, qu’il soit personnel ou collectif, est nourri d’expériences et de légendes, il résonne à travers le destin d’un être ou de l’humanité, que celui-ci soit réel, ou fictif.

Le symbole existe dans nos vies, ce n’est pas un artefact dont le but est juste de bouleverser le spectateur ou de hisser son œuvre au rang de classique. Un artiste doit savoir l’identifier, dans l’œuvre de ses prédécesseurs, ainsi qu’au sein de son propre monde.

Stephen King en parle dans son magistral Écriture : Mémoires d’un Métier (sérieusement, tout aspirant écrivain ou écrivain confirmé devrait se le procurer).

L’idée n’est pas de s’efforcer de créer du symbolique, mais de le reconnaître quand il apparaît, et de s’en servir comme boussole pour amplifier la portée de son message.

C’est bien connu, nombre d’artistes sont surpris par leur propres œuvres, qui prennent souvent des directions non planifiées, qui les mènent bien au-delà du propos de base. C’est le côté magique de la création. C’est là qu’on touche parfois au génie.

Et soyons francs, seul cet aspect universel du symbole peut véritablement parler aux autres, et leur apporter quelque chose.

L’artiste doit savoir danser un tango endiablé avec la transcendance et le symbolisme. Ainsi son œuvre va au-delà du simple divertissement.

Un artiste ne peut pas et ne doit pas se contenter de la surface des choses. En tant que créateur, il sait que son œuvre n’est rien de plus que l’exhumation d’une chose qui lui préexiste.

Il s’agit d’un squelette immense, éternel, dont il ne pourra jamais mettre en lumière qu’une infime partie. Mais c’est son devoir de creuser, d’excaver, de polir et de rendre à la vie ce qu’il a découvert.

Ce squelette est celui de l'inconscient collectif, auquel nous sommes tous reliés. C’est la raison pour laquelle une œuvre nous parle, à nous personnellement, ainsi qu’au monde entier.

Le symbole est un signe de cette vie profonde, retranchée en soi, souvent inconnue, qui nous anime pourtant tous et rayonne à l’intérieur. Parfois il nous parle sans qu’on s’en rende compte, mais sa portée, son message n’en est que plus réel, que plus efficient. 

Un artiste est un canal pour la transcendance, et son œuvre, un catalyseur.

Et même s’il ne pourra jamais maîtriser cette magie, son devoir consiste à apprendre à danser avec elle un tango endiablé. 


Les liens Amazon de la page sont affiliés. Pour tout achat via ces liens, le blog perçoit une petite commission.
Ainsi vous contribuez sans effort à la vie de ce blog, en participant aux frais d'hébergement.  


Lire la suite
Road Trip, Trucs & Astuces Zoë Hababou Road Trip, Trucs & Astuces Zoë Hababou

Leçons d’Errance : Ce que le Road Trip Solitaire change en Toi

Les circonstances te contraignent à devenir débrouillard, ça oui, parce que t’as pas le choix : le cerveau humain est ainsi fait que tant que t’es peinard dans ta zone de confort, t’es qu’un bon à rien passif et effrayé qui se noie dans un verre d’eau, alors que quand y s’agit de sauver ta peau, tu développes d’un coup des trésors d’intelligence et d'ingéniosité.

Il y a différentes sortes de voyage, depuis les petites vacances gentillettes jusqu’au tour du monde de plusieurs années, en passant par la pause sabbatique de quelques mois.

Cet article traite du vrai road trip solitaire, celui qui te cueille comme un bébé pour rendre à ta mère un warrior impossible à reconnaître. Celui que je pratique depuis plus de dix ans et que j’espère un jour transformer en voyage sans retour.

Road Trip Solitaire : Une autre vision de la vie ?

Un road trip en solo bouleverse à jamais ta vision de la vie, et de toi-même. A quels changements faut-il se préparer ?


20 ANS, 18 KILOS SUR LE DOS

Quand t’en parles avec tes potes dont les yeux brillent d’envie (lorsqu’ils réalisent que putain, tu vas vraiment le faire), en fait, tu sais pas de quoi tu causes. Parce que lire Jack Kerouac et mater Into The Wild ne suffit évidemment pas à te préparer à ce qui t’attend. Les quelques blogs ou guides touristiques que t’as vaguement feuilletés non plus. Être solitaire dans l’âme, j’imagine que ça aide un peu, mais pour autant y a aucune chance non plus que ça te soit d’une quelconque utilité quand il s’agira d’improviser avec les données du terrain dont t’ignores absolument tout.

Mon conseil ? Pas de conseil. Vas-y, n’écoute personne, et encore moins la petite voix de la peur qui gémit au fond de toi.

L’organisation dépend de la façon dont tu comptes vivre le truc. L’idée, c’est que plus tu pars longtemps, moins tu prends d’affaires. Tu te démerderas pour laver tes sapes et acheter sur place les produits de première nécessité. Après, c’est clair que sur un continent comme l’Amérique du sud, où tous les climats s’entrecroisent, va te falloir un short et un polaire, au minimum. Un peu moins évident que si tu pars que pour les Tropiques ou dans l’Himalaya, quoi. La question du logement entre aussi en compte. Si comme moi tu veux te la jouer wild, une tente et un sac de couchage s’imposent, de même que des gamelles et un réchaud. Voilà comment on en arrive aux fameux 18 kilos. Nan, je le conseille à personne. Vous voulez le détail ? C’est parti :

  • Sac Quechua de 80 litres (absolument ridicule)

  • Tente une place légère (ouais, mes couilles)

  • Sac de couchage confort -10 degrés (efficace à condition d’avoir un tapis de sol. Ah, merde, j’en ai pas)

  • Lot de gamelles : casserole, poêle, assiette, tasse, couverts, gourde (le tout en fer blanc, mais ça prend une putain de place)

  • Moustiquaire (m’en suis jamais servie, je l’ai larguée dans un hôtel)

  • Manteau de ski (WTF ?)

  • Serviette de plage énorme (mais pourquoi personne m’a dit que la microfibre existait, putain ?)

  • En fringues, que dalle : Deux jeans, un legging, un short, trois débardeurs, une chemise, un polaire, trois paires de chaussettes, dix culottes, deux soutifs, chaussures de randonnée

  • Trousse à pharmacie monstrueuse (merci bien les conseils aux voyageurs débiles)

  • Trousse de toilette (Dieu bénisse je connais déjà le shampoing solide et le savon d’Alep)

  • Appareil photo Canon compact (ah, enfin quelque chose d’essentiel !)

  • Guides de voyage Lonely Planet (sont gros)


On dirait pas comme ça, mais c’est beaucoup trop, et ça pèse un âne mort, sans compter qu’il me manque des trucs essentiels. On va y revenir.

Direct à la sortie de l’avion t’attend un putain de choc.

Débarquer dans un bled dont tu parles pas la langue, apprendre à jongler illico avec les taxis, les hôtels et les bus (en essayant de pas te faire enfler avec une monnaie qu’est pas la tienne), organiser ton itinéraire la veille pour le lendemain en décortiquant ton foutu guide (ce que je conseille, ne réserve rien, ne te projette pas, avance au jour le jour, à la limite en regardant une semaine dans le futur, maximum), et ben mon neveu, rien qu’avec ça t’as mûri de dix ans en l’espace de 24h.

Et tu sais quoi ? Ça te rend putain de fier !

HIT THE ROAD, JACK

Un hostal péruvien. Le voyage solitaire est fait de choix rapides guidés par l’instinct.

Le changement n’arrive pas immédiatement, cela dit.

Les circonstances te contraignent à devenir débrouillard, ça oui, parce que t’as pas le choix : le cerveau humain est ainsi fait que tant que t’es peinard dans ta zone de confort, t’es qu’un bon à rien passif et effrayé qui se noie dans un verre d’eau, alors que quand y s’agit de sauver ta peau, tu développes d’un coup des trésors d’intelligence et d'ingéniosité.

Même si t’es pas autant en danger que tu te l’imagines quand tu débarques dans un bled très différent du tien (et nettement plus pauvre), il n’empêche que tu dois tout le temps prendre des décisions très rapides, et que dans ces cas-là l’intuition devient ton seul recours : monter dans ce taxi plutôt que dans celui-là, faire confiance à ce guide, accepter de l’aide de ce mec, ou au contraire tracer droit devant en espérant être invisible. 

Le voyage éveille en toi une sorte d’intelligence instinctive, qui décrypte les messages codés d’une expression de visage, d’une inflexion de voix, si bien que t’es vraiment dans le pur présent, les sens aiguisés, aware comme jamais. En état d’hyperconscience, en fait.

C’est ce que je kiffe avec le trip solitaire. Partir entre amis ou en couple te prive de ce truc-là. T’es moins attentif, parce qu’au fond t’as amené ta zone de confort avec toi. Et tu sais quoi ? Tu ne vas jamais la quitter. Tant que tes potes ou ton mec te tiennent la main, réfléchissent avec toi ou déconnent et rigolent pendant les longues heures de bus, tu peux dire adieu à l’immersion. T’auras un contact bien moins franc avec les locaux et avec les autres voyageurs. Tu vas rester dans ta bulle, la même que celle de la maison. Tes proches te rappelleront toujours qui t’es censé être, sans possibilité de surprise ou d’évolution.

Et tu sauras jamais de quoi t’aurais été capable seul, ni si t’aurais pu devenir quelqu’un d’entièrement différent.

COWBOY SOLITAIRE OU TROUPEAU DE MOUTONS ?

Ruelles péruviennes. Voyager seul est une errance, une rencontre avec soi-même.

Des gens, tu vas en croiser beaucoup, et sache qu’il te sera toujours possible de te fondre dans une meute si t’y tiens vraiment. Pas mal de voyageurs sont avides de nouvelles rencontres et j’ai vu des gens partis seuls désormais à la colle avec d’autres.

Et je dis pas, c’est parfois cool de squatter un moment avec eux, sans compter que tu vas apprendre de leur expérience (notamment qu’il est indispensable d’avoir un petit sac en plus du gros, qu’on porte devant comme un bébé kangourou, ce qui permet de garder avec toi et de protéger tes trucs les plus précieux plutôt que de les larguer en soute dans le bus, et aussi de laisser ton Quechua à l’hôtel quand tu veux te faire un trek de quelques jours qui nécessite que quelques affaires qui rentrent dans le petit sac. Et aussi, qu’il existe ces putains de serviettes microfibres que tout le monde a sauf toi !).

Mais en vrai, c’est carrément bon de larguer le troupeau pour reprendre ta route solitaire.

Quand tu pars suffisamment longtemps, il se passe quelque chose avec le concept même de voyage. Tu connais ce proverbe qui dit que le chemin compte davantage que la destination ? C’est de ça qu’il est question.

Après plusieurs mois, le trip se transforme en errance. Et c’est là que tu pénètres dans la réalité de l’expérience.

FUSION

Le phénomène de fusion est celui qui se rapproche le plus de ce lent processus, peut-être encore davantage que celui d’immersion. Déjà, tu fusionnes avec ton sac (ouais, même celui de 18 kilos, il finit par faire partie de toi). Ensuite, ces pauvres fringues que tu portes jour après jour en viennent à retrouver leur fonction primordiale, comme disait Tyler Durden : de simples couches qui te protègent du froid ou du soleil et du regard libidineux de ce putain de chauffeur de taxi.

Mais tout ça, ça reste superficiel. Nan, le truc vraiment mystique, c’est ce qui se produit entre toi et la route.

Entre toi et le monde.

Cimetière péruvien. Après un long moment sur la route, tu fusionnes avec le monde, et ton âme appartient au voyage.

Arrive un moment où le voyage et toi n’êtes plus qu’une seule et même chose.

Tu peux plus dire qui court sur la peau de l’autre, qui pénètre au sein des territoires, qui avale les kilomètres sans sourciller.

Est-ce la Terre qui s’ouvre en deux pour toi, ou est-ce que c’est toi qui l’autorise à te pénétrer ? Est-ce que cette route sans fin t’éloigne de celui que tu étais, ou est-ce qu’elle t’y ramène ? Qui contemple l’autre ? Le chant de la jungle n’est-il pas en définitive celui des battements de ton propre cœur ? 

Voilà ce que je veux dire quand je parle de l’ignorance. De toutes ces jolies choses qu’on se raconte, qu’on s’imagine, qu’on évoque avant de partir. Cette chose que tes potes restés à la maison ne comprendront jamais, et qui faisait pourtant déjà briller cette lueur dans leur regard, comme s’ils contemplaient le souvenir de quelqu’un qu’ils auraient déjà perdu.

Nan, tu ne seras plus jamais le même. Parce que désormais, ton âme appartient au monde entier, et que tu pourras pas la ramener en totalité avec toi dans l’avion.

ON THE ROAD AGAIN

Ce sera ton unique obsession, tiens-toi le pour dit. Même si parfois t’auras l’impression que tout ça n’a été qu’un rêve, que tu seras effrayé par la façon dont c’est facile pour toi de te reglisser dans le triste quotidien amer que les autres n’ont jamais quitté, comme si t’étais jamais parti, tu porteras à jamais cette soif de l’Inconnu qui coïncide avec celle du moment présent.

Seul l’Inconnu possède cette force qui te happe, celle qui t’immerge dans un présent définitif, où la contemplation silencieuse a pris la place de la pensée. Certains appellent ça le sublime. Peu importe le nom qu’on lui donne.

Ton regard porte en lui la marque de tout ce qu’il a embrassé, et la seule manière de guérir de cette étrange mélancolie est de larguer à nouveau les amarres. 

Le truc cool, c’est que les kilos sur ton dos vont diminuer. Second trip, 12 kilos. Troisième trip, plus que 10, et c’était encore trop. On peut se passer d’un nombre faramineux de choses, et le minimalisme aide pas mal dans ce genre de cas. De toute façon y a de fortes chances que quand tu rentres tu n’aies plus aucun goût pour ces choses qui incitent tant de gens à sacrifier la totalité de leur salaire.

Si tu veux repartir, il te faut de la thune, donc la consommation décérébrée s’arrête d’elle-même et en vient finalement à te révulser.  

Graffiti sur des murs argentins. Le voyage te recentre sur l’essentiel, et modifie profondément tes valeurs et ta vision du monde.

Le fait d’avoir vécu avec si peu sur toi t’apprend que t’as pas besoin de te définir en fonction de ce que tu possèdes. Même sans ta bibliothèque remplie, tes fringues de bombasse et ton super PC, tu es encore toi, mais un toi plus vrai, plus profond, épuré de ce qui l’encombre.

Un toi réduit au strict minimum, infiniment plus riche que celui qui se camoufle derrière ces choses qui sont censées prouver aux autres sa valeur.

Le fait de porter sur ton dos tes affaires symbolise le poids physique et mental qu’elles ont sur toi. Leur emprise, la façon dont en réalité, elles t’écrasent. Alors, sans même y penser, tu t’en défais.

Désormais t’as qu’un livre sur toi, celui que t’es en train de lire, et que tu remettras en circulation au prochain book exchange d’un hôtel ou d’un bar. Tes liens avec tes proches aussi passent à l’essentiel. Fini de radoter au téléphone ou d’envoyer des messages à tire-larigot sans avoir rien à dire. Quand t’appelles ta mère après trois mois de silence (lors de mon premier trip, y avait pas de smartphone et pas de wifi), votre conversation taille dans le vif.

Bref, tes valeurs s’en trouvent profondément modifiées.

LONESOME COWBOY

L’errance est un enseignement sans maître, un voyage sans destination.

Et une voie sans retour.

Peu de choses dans la vie sont en mesure de révéler à l’Homme les pouvoirs enfouis en lui, si ce n’est les évènements les plus tragiques. Mais le road trip solitaire en fait partie, et il est la source d’une joie profonde, d’un rayonnement qui s’étend sur l’identité entière de celui qui s’y livre. 

C’est une sorte de rite initiatique qu’on décide pour soi, à des années-lumière de ceux mis en place par la société (études, mariage, enfants). Un apprentissage à la dure déguisé en quête qui dynamite tout ce qu’on croyait savoir sur soi et met en éveil nos forces inconnues, quelque chose qui t’endurcit tout en te rendant plus souple, plus flexible. 

Femme bolivienne assise devant une église. Le vroad trip en solo te transforme en voyageur du monde, dont la seule patrie est la Terre entière !

Les heures d’attente dans les terminaux d’autobus t’enseignent la patience. La pratique d’une nouvelle langue assouplit ton cerveau. Les décisions prises à toute vitesse aiguisent ton instinct. La rencontre de climats violents et les désagréments qui vont avec obligent ton corps à s’adapter. La découverte de coutumes différentes, de façons autres de voir l’existence chamboulent tout ce que ta culture t’a appris, tout ce que tu considérais comme normal ou essentiel, renversant ton conditionnement et t’offrant un regard sur le monde, celui des autres et celui dont tu viens, totalement différent, bien plus conscient, bien plus détaché. 

L’errance fait de toi un voyageur du monde, quelqu’un qui n’appartient plus à aucune culture, et plus à personne, si ce n’est lui-même.

Le passé ayant déjà cessé d’exister, le futur n’étant rien d’autre qu’une ligne noire qui se déroule à mesure que tu la suis, à l’image de cette destinée que tu découvres tout en la vivant. Les synchronicités s’enchaînent, les briques de l’expérience s’alignent, l’espace mental dégagé des automatismes et des attentes offre à ta vie l’ampleur nécessaire pour que la magie y revienne.

Débarrassée de ses chaînes, ta conscience s’étend et révèle son pouvoir quantique, celui qui laisse une empreinte sur la matière, qui créée à partir de ses rêves l’expérience de vie que tu désires, en appelant à toi les vibrations dont toi-même tu résonnes.

Si la liberté du Desperado a jamais possédé un visage, ça ne peut être que celui de cette route qui file vers l’Inconnu, tout en le ramenant mystérieusement à lui-même.


Lire la suite